Une progressive évolution et une acceptation des cryptomonnaies

Par certains assouplissements juridiques, l’implication d’investisseurs institutionnels, et même de certains États, les cryptomonnaies sont de plus en plus acceptées dans l’environnement économique.

En France déjà, depuis la loi Pacte de 2019, les crypto-actifs ont acquis un cadre juridique et le statut de prestataires sur les services du numérique a été créée. La Société Générale, à travers sa filiale Forge a ainsi pu émettre 100 millions d’euros d’obligations notées AAA par Moody’s et Fitch à travers la blockchain Ethereum.

De son côté JP Morgan, a lancé sa propre blockchain et son propre token, le JPM Coin et l’on pourrait multiplier les exemples avec la banque singapourienne DBS qui lance son propre exchange, avec l’état du Wyoming, aux États-Unis, qui approuve le statut de crypto-banque à l’exchange kraken et au groupe Avanti ou encore avec la BCE qui a lancé une vaste consultation en ligne sur l’usage de l'euro numérique.

Le Bitcoin, l’instrument ultime de la réserve de valeur ?

Le Bitcoin, une réserve de valeur ? Alors même que son cours est le plus volatile sur les marchés de change ? Cela peut paraître quelque peu surprenant. Pourtant, il pourrait bien s’avérer que la mère des cryptomonnaies possède tous les attributs qui ont permis à l’or de devenir une référence mondiale, et plus encore.

D’abord, la limite des 21 millions d'unités est une garantie de confiance, alors même que l’on attribuait à l’or un stock fini à court terme, la quantité de bitcoins tend vers une valeur fixe.

Ensuite, et même en dépit de certaines juridictions, la cryptomonnaie n’est pas une monnaie nationale, mais plutôt une monnaie à vocation universelle, c’est-à-dire que sa valeur ne dépend pas d’un cours légal, mais plutôt de son appréciation sur le marché des devises.

Enfin, là où l’or nécessitait des coûts de transports et du temps d’acheminement, la dématérialisation est un atout majeur puisqu’elle répond à cette double problématique, à savoir des coûts de transaction moins élevés et une facilité de transport.

Ainsi, ces éléments combinés contribuent à faire du Bitcoin une réserve pure de valeur telle qu’elle a été imaginée par Satoshi Nakamoto.

👉 Lisez aussi notre présentation complète de Bitcoin (BTC) 

Pourquoi des « Bitcoin Banks » se développeraient-elles ?

Le 30 décembre 2010, sur le forum Bitcointalk, Hal Finney, le premier homme à avoir reçu une transaction en BTC, nous donnait quelques éléments de réponse :

Hal Finney Banque Bitcoin

« En fait, il y a une très bonne raison pour que les banques adossées à Bitcoin existent, en émettant leur propre monnaie numérique, échangeable contre des bitcoins. Bitcoin lui-même ne peut pas s'adapter pour que chaque transaction financière dans le monde soit diffusée à tous et incluse dans la blockchain. Un niveau secondaire de système de paiement qui sera plus léger et plus efficient serait nécessaire. De même, le temps nécessaire à la finalisation des transactions en Bitcoin ne sera pas pratique pour les achats de moyenne à grande valeur.

Les banques soutenues par Bitcoin résoudront ces problèmes. Elles peuvent ainsi travailler comme les banques le faisaient avant la nationalisation de la monnaie. Les différentes banques peuvent avoir des politiques diverses, certaines plus agressives, d'autres plus conservatrices. Certaines sont des réserves fractionnaires, d'autres sont garanties à 100 % par des bitcoins. Les taux d'intérêt peuvent varier. L'argent liquide de certaines banques peut se négocier au rabais par rapport à celui d'autres banques.

Georges Selgin a travaillé sur la théorie compétitive du « Free Banking » en détail, et il a défendu l’idée qu’un tel système serait stable, résistant à l’inflation, et autorégulateur.

Je crois que cela pourrait être le destin ultime du Bitcoin, celui d’être la « monnaie toute-puissante » qui sert de monnaie de réserve aux banques qui émettent leurs propres monnaies numériques. La plupart des transactions en Bitcoins auront lieu entre les banques, pour mettre en place des transferts nets. Les transactions de Bitcoin par des particuliers seront aussi rares que... enfin, que les achats basés sur des bitcoins le sont aujourd'hui. »

On peut remarquer certaines évolutions depuis 2010, comme l’arrivée du Lightning Network, qui fonctionne comme une seconde couche à la blockchain, comme Hal Finney le supposait plus haut.

Mais on peut également relever quelques références idéologiques comme l’idée du « Free Banking » d’abord développée par l’économiste Friedrich Hayek dans son livre The denationalization of money de 1976 puis complétée par les travaux de Georges Selgin ou encore l’idée d’une « monnaie toute-puissante », un thème récurrent dans l’histoire de l’économie.

Ensuite, il est important de noter ce que cela signifie d’être une banque. C’est en effet un terme générique pour désigner un ensemble de services qui vont de la simple ouverture et tenue de compte, à des opérations de banque telles que l’attribution de crédits et autres opérations financières.

Pour ouvrir une banque, l’état est censé fournir un agrément de banque, un document vous autorisant à effectuer ces services. Cependant, des plateformes comme Kraken ou Binance réussissent à développer de plus en plus leurs services financiers grâce à l’obtention progressive de licences.

La crypto-banque a donc déjà dépassé depuis longtemps le stade d’idée. En revanche, le modèle de Hal Finney avec des banques émettrices de cryptomonnaies basées sur le bitcoin ne s’est aujourd’hui pas encore concrétisé.

👉 Lisez notre portrait d'Hal Finney, l'un des pionniers du Bitcoin

Une banque adossée au bitcoin, c’est bien ! Mais est-ce que c’est utile ?

Pour comprendre son intérêt, il faut remonter en 1810. La sortie du Bullion Report marque le début d’une controverse entre la Banking School et la Currency School. La question porte sur les stocks d’or. Si la première est d’avis que les banques peuvent émettre davantage de billets que ce qu’elle possède en stock d'or, la seconde s’y oppose fermement.

Et c’est donc vers l’Histoire qu’il faut se retourner, car ces deux écoles ont tour à tour laissé leur place. C’est la Currency School qui remporte la bataille en 1844 en Angleterre jusqu’à la fin du siècle avec un retour progressif de la Banking School. Mais en 1944, avec Bretton Woods, l’idéal de la Currency revient en force avec la fameuse expression sur le dollar « as good as gold », du moins jusqu’en 1971. Depuis les monnaies ont abandonné totalement leur convertibilité en or.

Ce qu’il faut retenir de ce mouvement de balancier, ce sont les avantages et les conséquences de chacune de ces doctrines. Du côté Banking, l’émission monétaire est un avantage, car elle permet de s’adapter à la vie économique, cependant elle peut facilement être sujette à une crise de confiance due à une émission excessive. Et là est la force de la Currency, avec une conversion totale, la confiance en la valeur de la monnaie est assurée. Cependant, c’est son absence de soutien à l’activité économique qui causa sa perte à de nombreuses reprises. Mais l’Histoire l’a montré, l’adossement total à l’or a été un facteur de confiance très important.

Et on peut espérer la même chose en ce qui concerne un adossement au Bitcoin. Dans une économie de « Free Banking », c’est-à-dire de coexistence des monnaies, une banque adossée au Bitcoin à davantage de raisons pour exister. En effet, les monnaies fiat ayant le monopole de l’émission pour soutenir plus ou moins bien l’activité économique selon les politiques monétaires, libère de cette mission les cryptomonnaies.

Une banque adossée au Bitcoin permettrait donc de garantir la valeur de sa monnaie face à des menaces hyper inflationnistes et ainsi permettre d’éviter l’apparition de marché noir.

👉 Consultez notre guide pour acheter du Bitcoin (BTC)

Quels services pour ces banques ?

Une banque qui se dit assurer une convertibilité à 100% en bitcoins sera forcément différente d’une banque traditionnelle, en particulier en matière de service. On peut imaginer quelles seraient l’étendue ou les limites de ces services.

D’abord en ce qui concerne les services de prêt : du fait d’une masse monétaire limitée, les crédits accordés par une banque adossée au Bitcoin seraient mathématiquement plus réduits. En effet, lorsque l’on fait un crédit simple, le banquier ajoute tout simplement de la monnaie sur votre compte et chaque remboursement correspond à une destruction monétaire. Il n’y a en soi pas de contraintes si ce n’est la confiance accordée au client et à sa capacité à rembourser.

En ce qui concerne les prêts de ces banques-bitcoins on peut imaginer deux solutions. L’une marchande, qui mettrait en relation les clients en besoin de financement et ceux qui peuvent apporter des capitaux, la banque serait un intermédiaire, et l’autre par l’utilisation d’un fonds de prêt géré par la banque. Concrètement, le service de prêt ne serait pas le plus intéressant pour les utilisateurs de cryptomonnaies, d’autant plus que des solutions non intermédiaires (en P2P) existe déjà avec la DeFi et les tokens ERC-20.

La pierre angulaire d’un tel service, se serait plutôt la conversion monétaire. En effet, disposer d’un compte bancaire faciliterait grandement la possession de monnaie fiat et de cryptomonnaie notamment pour effectuer des échanges internationaux. À la différence des monnaies fiats, le Bitcoin à une valeur internationale qui peut être plus facilement échangée sur chaque territoire. Les banques pourront alors s’échanger directement des bitcoins au lieu de passer par des systèmes complexes tels que le Target 2 en Europe ou par l’intermédiaire d’un marché de change. La possibilité d’ouverture de compte bancaire serait d’ailleurs un facteur de démocratisation pour les cryptomonnaies en général, et permettrait une plus grande flexibilité de gestion de son portefeuille.

Quels intérêts pour Bitcoin ?

Tout comme Hal Finney le signalait, le Bitcoin manque de scalabilité. Pour qu’une transaction soit validée, il est nécessaire qu’un bloc soit validé, et cela prend du temps. Si le Lightning Network résout le problème de manière technique, il n’empêche que cette solution reste encore dédiée à des connaisseurs et est toujours à l'était expérimental. Le passage par une banque rétablirait alors une confiance et faciliterait là encore le développement dans la sphère commerçante. Le passage du Bitcoin par une banque faciliterait ainsi sa vulgarisation.

Sur le plan de l’émission de tokens adossés au BTC, on peut imaginer également des ajouts. Dans la lignée du tzBTC, ces cryptomonnaies peuvent permettre d’ajouter des mises à jour au Bitcoin sans avoir à en modifier sa structure initiale. Car, depuis le lancement d'Ethereum, Bitcoin s’est confronté à des limites telle que l’absence de smart contracts programmables sur sa blockchain. De plus, avec l’arrivée de la grande mise à jour Ethereum 2.0, ces cryptomonnaies pourraient permettre de développer les services disponibles avec le Bitcoin.

Néanmoins, on pourrait regretter l’accélération d’une centralisation des BTC par ces banques. Alors que déjà des acteurs comme Binance, des fonds d’investissement ou des pools de minage participent à une centralisation d’un modèle qui n’a pas été prévu pour, il faudrait peut-être prévoir des banques fonctionnant elles-mêmes de manière partagée, tout comme des exchanges se sont développés de manière décentralisée.

👉 Pour aller plus loin - Les exchanges de cryptomonnaies risquent-ils de remplacer les banques ?

La méfiance institutionnelle

En dépit d’un récent mouvement d’acceptation des cryptomonnaies dans le monde, la défiance des états et des institutions reste tout de même encore un frein. Et finalement, même les décisions qui semblent encourager le développement de la blockchain restent teintées de méfiance envers le Bitcoin. D’abord parce qu’on l’accuse toujours de financer le terrorisme entre autres. Mais aussi parce que les états cherchent à garder en main leur souveraineté monétaire.

Malgré tout, des initiatives font leur chemin. Comme le projet de Julien Guitton, qui permettra grâce à un simple logiciel de « devenir une banque ». Sa société, Condensat, travaille en effet sur un moyen de développer des moyens de paiement et de tenue de compte. Avec un système qui s’appuie sur le Bitcoin et le Lightning Network, il serait intéressant de garder un œil attentif sur ce projet.

Cet article a été rédigé par Alex Joly de l'association blockchain étudiante KryptoSphere

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A propos de l'auteur : KryptoSphere

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KryptoSphere est la première association étudiante basée sur les cryptomonnaies et la blockchain. Elle est également spécialiste de l'intelligence artificielle et plus récemment de la réalité virtuelle, leur but étant de vulgariser ces concepts.
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