Petit rappel : Bitcoin, un réseau décentralisé et a priori non censurable…

Avant toute chose, il faut rappeler l’indépendance de Bitcoin (BTC) par rapport aux gouvernements. La plus grande cryptomonnaie a été créée pour exister en dehors des systèmes financiers classiques, et surtout pour ne pas être contrôlable ni censurable par une seule entité. Le whitepaper de Bitcoin débute ainsi :

« Une version purement en pair à pair d’espèces électroniques permettrait à des paiements numériques d’être envoyés directement d’une partie à l’autre, sans avoir à être traités par une institution financière. »

C’est tout l’intérêt de Bitcoin, et de la cryptomonnaie en général. Il repose sur un réseau de mineurs et utilisateurs très étalé, ce qui veut dire qu’il n’est pas contrôlable. Par ailleurs, il est impossible d’annuler une transaction en BTC, ce qui rend infalsifiables les registres distribués. In fine, cela en fait un réseau de paiement non censurable, qui nécessite simplement d’avoir accès à Internet pour être utilisé.

…Avec quelques limitations

Mais dans les faits, la décennie d’existence de Bitcoin a permis de faire émerger quelques limitations, qui mitigent un peu cette vision idéaliste. À l’origine, le mining de Bitcoin pouvait être un marché ouvert et inclusif par excellence : n’importe qui pouvait miner du BTC avec son ordinateur personnel. En 2020, ça n’est plus le cas : les coûts du mining sont devenus tellement prohibitifs que seuls ceux qui peuvent se le permettre pratiquent l’activité. Cela concentre effectivement le hashrate entre les mains d’une fraction des utilisateurs de Bitcoin.

Et cette fraction est majoritairement située dans une seule zone géographique. Aujourd’hui, entre 60 et 70% du hashrate du Bitcoin est concentré en Chine, où les coûts de l’électricité particulièrement bas ont attiré de nombreux mineurs. Cela pose donc la question de la possible influence du gouvernement chinois sur ces acteurs du réseau.

👉 Pour aller plus loin : Bitcoin est-il trop dépendant de la Chine ?

Des gouvernements qui ont déjà interdit le Bitcoin

Quoi qu’il en soit, le Bitcoin est suffisamment performant pour attirer l’attention des gouvernements ces dernières années. Dans certains pays, l’utilisation de bitcoins est déjà illégale. Cela dit, dans l’immense majorité des cas, les achats de Bitcoin sont autorisés, est ce sont uniquement certains usages qui sont restreints. Mais il arrive aussi que des pays interdisent purement et simplement la cryptomonnaie (en rouge sur cette carte) :

Carte pays Bitcoin BTC interdit illégal

Source : Habarithor via Wikimédia Commons (CC BY-SA 3.0)

Les pays qui interdisent tous les usages des cryptomonnaies incluent :

  • L’Algérie
  • La Bolivie
  • L’Équateur
  • Le Maroc
  • Le Népal
  • Le Pakistan

À savoir que si certains gouvernements interdisent officiellement le Bitcoin, dans les faits peu de poursuites sont effectuées à l’encontre de ceux qui tradent des BTC. Cela a cependant un effet annexe : cela empêche des sociétés cryptos locales de se développer. Les conséquences sur l’industrie sont donc bien réelles.

Pourquoi des gouvernements pourraient vouloir interdire Bitcoin ?

L’interdiction absolue de Bitcoin, avec des traders qui seraient poursuivis ou qu’on empêcherait d’exercer leur activité, n’est donc pour l’instant pas franchement une réalité. Le scénario est cependant envisageable. Si Bitcoin n’est pas inquiété, c’est aussi qu’il ne menace pour l’instant pas réellement les systèmes financiers traditionnels, qui s’appuient sur des devises fiat, comme l’euro ou le dollar. Mais si son usage se démocratisait réellement, on verrait sans doute un sursaut réactionnaire de la part des institutions financières et des régulateurs. Le cas échéant, une éventuelle interdiction s’appuierait sur plusieurs arguments :

L’excuse du Darknet et des transactions illégales

Les anti-cryptos utilisent souvent un argument jugé imparable : le Bitcoin serait utilisé sur des réseaux illégaux, notamment sur le Darknet, afin d’approvisionner les marchés de produits illicites. Dans la réalité, la part des transactions en BTC utilisées sur le Darknet est dérisoire par rapport aux usages légitimes. Un rapport de Chainalysis paru en début d’année 2020 expliquait ainsi que si l’on prend en compte l’intégralité des transactions en cryptomonnaies entrantes, les transactions sur le Darknet ne représentaient que 0.08 % en 2019, et 0.04 % en 2018 :

Part cryptomonnaies Darknet

Source : Chainalysis

L’argument du Darknet semble donc parfois être un épouvantail. Oui, certains criminels utilisent le Bitcoin et les cryptomonnaies, mais pas dans des proportions qui semblent justifier des lois liberticides. Les gouvernements et régulateurs s’appuient cependant fortement sur cette rhétorique.

👉 Plus d’infos dans notre dossier : Bitcoin est-il une monnaie de CRIMINELS ?

La protection de la monnaie fiat

Ce qui semble motiver plus profondément les régulateurs de tous bords, c’est la protection des monnaies fiat. Le Bitcoin et les cryptos représentent une économie parallèle, qui échappe au contrôle des gouvernements. On imagine donc pourquoi un scénario où ils seraient utilisés massivement est inquiétant pour les régulateurs. Déjà, plusieurs leaders d’ampleur ont sorti les dents au sujet des cryptomonnaies. À l’été 2019, Donald Trump avait ainsi expliqué qu’il n’était « pas fan des cryptomonnaies ».

Plusieurs banques centrales ont également adopté un positionnement hostile : en août dernier, la Banque de France réchauffait de vieux arguments pour tacler Bitcoin… Tout en poursuivant son projet d’euro numérique maison. Et le gouverneur de la banque centrale du Royaume-Uni avait aussi déroulé l’argumentaire classique au début du mois de septembre.

D’où un numéro d’équilibriste pas toujours réussi par certains pays, qui souhaitent ne pas se laisser dépasser par les nouvelles technologies, tout en contrôlant les cryptos. Un exemple parlant est la Chine, qui mise sur la blockchain… Mais a serré la vis aux cryptomonnaies. Même topo du côté de l’Inde, qui a passé l’année 2020 à interdire, autoriser, et peut-être interdire à nouveau le trading de cryptomonnaie.

Le Bitcoin sera-t-il attaqué par les gouvernements en cas d’adoption massive ?

Tout cela fait naître un argument récurrent au sein de la communauté crypto : le Bitcoin serait autorisé à exister parce qu’il reste pour l’instant marginal. S’il prenait de l’ampleur, il pourrait être interdit selon certains commentateurs, dont l’investisseur de renom Jim Rogers. Il expliquait au mois de juin 2020 :

« Les devises virtuelles au-delà de l’influence du gouvernement ne seront pas autorisées à survivre. Le prix du Bitcoin se dirige vers zéro. Si la cryptomonnaie réussit en tant que monnaie réelle, plutôt qu’en tant que jeu d’argent comme c’est le cas aujourd’hui, le gouvernement rendra les cryptomonnaies illégales et les éliminera. »

Que l’on adhère à cette vision catastrophiste ou non, le fait est : les gouvernements ont montré un inconfort suffisant en ce qui concerne Bitcoin pour que la question se pose. On peut donc essayer de déterminer ce qu’il se passerait s’ils décidaient de l’interdire.

👉 Découvrez notre guide : Comment acheter du Bitcoin (BTC) ?

 

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Que se passerait-il si les gouvernements décidaient d’interdire Bitcoin ?

Pour l’instant, les gouvernements mondiaux n’ont pas monté de réelle campagne pour empêcher l’utilisation d’une cryptomonnaie. Mais un altcoin en particulier peut nous montrer ce qu’il se passe lorsque les régulateurs s’acharnent : Monero (XMR). L’altcoin s’est retrouvé sous le feu d’attaques ciblées au cours de l’année 2020, parce qu’il propose des paiements anonymes – bien qu’il soit loin d’être le seul à proposer cette fonctionnalité. Récemment, CypherTrace expliquait qu’il pouvait pister les transactions en Monero. Et plusieurs exchanges ont annoncé qu’ils délistaient l’actif à la fin de l’année 2019, car ils craignaient les représailles des régulateurs. S’il ne s’agit bien évidemment pas d’une interdiction d’utiliser le XMR, cela restreint cependant l’accès à l’actif, et donc sa portée. Une stratégie de contrôle de Bitcoin pourrait donc s’appuyer sur des tactiques similaires.

L’interdiction : vouée à l’échec, selon l’exemple chinois ?

Une autre stratégie consiste à interdire purement et simplement une cryptomonnaie. On l’a déjà évoqué, la Chine a tenté cette approche ces dernières années, et le résultat est très mitigé. Le gouvernement avait rendu illégales les plateformes d’échange de cryptomonnaies en 2017. En 2018, la banque centrale avait par ailleurs ordonné aux institutions financières de cesser d’épauler les activités liées aux crypto-actifs. Dans les faits, ça n’a pas suffi à empêcher les investisseurs d’acheter des cryptomonnaies. Le trading « Over the Counter » (OTC) a ainsi explosé en Chine.

Par ailleurs, la commission d’arbitrage de Pékin avait expliqué au cours de l’été 2020 que les cryptos étaient légales… À condition de ne pas être utilisées comme alternative aux monnaies fiat. Un positionnement qui semble déjà voué à l’échec : l’explosion incroyable de Tether (USDT) est partiellement due aux investisseurs chinois, qui souhaitent contourner les régulations sur le fiat. L’interdiction totale ne semble donc pas viable, la nature des cryptos leur permettant d’être échangées librement, que le gouvernement le veuille ou non.

Entrer en compétition : le vrai risque ?

Une autre stratégie pour les gouvernements consisterait à entrer en compétition avec les cryptomonnaies comme le Bitcoin. Selon certains, c’est même là qu’un risque réel existe. La population générale a tendance à faire confiance à des systèmes financiers existants, par commodité, mais aussi par peur. Un sondage paru en avril indiquait ainsi que 54 % de la population serait prête à adopter une crypto gouvernementaleMais pas un actif décentralisé, par crainte des risques.

C’est donc ce créneau que pourraient commencer à occuper les gouvernements. L’utilisateur Twitter Rhythm l’explique avec ironie dans un scénario qui laisse songeur :

« Les gouvernements pourraient stopper le Bitcoin assez simplement. Comment ? En arrêtant la surveillance financière, l’inflation, les taux d’intérêt artificiels, le déficit budgétaire, le système de réserve fractionnaire bancaire et le contrôle des capitaux. »

Blague à part, le fait est que si les gouvernements proposent un actif numérique suffisamment performant, qui joue le même rôle que Bitcoin, ils pourraient profiter de leur influence considérable pour phagocyter l’écosystème crypto.

Influencer le cours du Bitcoin de manière durable

Un autre scénario improbable offre également matière à réflexion. Que se passerait-il si des gouvernements décidaient de peser de tout leur poids financier pour influencer le cours du Bitcoin ? Les conséquences seraient particulièrement néfastes, selon l’économiste Alex Krüger :

« [Les gouvernements pourraient] le shorter. Gardez-le sous les 1 000 dollars pendant un long moment, et observez les gens perdent leur intérêt de manière permanente. Même pas besoin d’attaque à 51 %. »

Le scénario est bien sûr hautement improbable, mais il montre que les gouvernements pourraient influencer Bitcoin de bien des manières. Krüger rappelle cependant que les gouvernements ont surtout intérêt à taxer le Bitcoin et les cryptomonnaies, qui représentent une manne financière, plutôt que de les interdire complètement.

Conclusion

Les gouvernements qui ont interdit des parties de l’écosystème crypto à ce jour ont montré qu’il reste difficile d’avoir un contrôle sur une monnaie numérique décentralisée. Une interdiction pure et simple ne semble donc pas probable. Par contre, il est tout à fait envisageable que les réglementations se durcissent encore, comme l’a prouvé la première vague de recommandations du GAFI l’année dernière. Le cas échéant, les utilisateurs de cryptos seraient suffisamment freinés pour que cela menace l’adoption massive tant voulue par les partisans de la cryptomonnaie.

On peut craindre ce scénario potentiel, ou bien on peut le considérer sous un autre angle. Bitcoin ne prouvera en effet qu’il est viable qu’en passant par ce type d’épreuves, et sa démocratisation reposera forcément sur un rapport de force à un moment ou un autre de son existence… Les levées de boucliers des gouvernements prouvent donc indirectement la valeur de Bitcoin et des cryptomonnaies dans leur ensemble.

 

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A propos de l'auteur : Marine Debelloir

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Intriguée par le Bitcoin depuis plusieurs années, je me suis prise de passion pour les crypto-monnaies et les technologies novatrices qui en découlent. J’aime dénicher les infos les plus croustillantes pour les partager avec vous et aider à démocratiser cet univers passionnant. Mais je ne m’arrête pas là ! J'aime également analyser les projets liés aux cryptos et aux blockchains, qui me fascinent tout autant.
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