Décentralisation et distribution

 

explication de la décentralisation et ses différences avec la distribution

 

Le mot « décentralisation » se retrouve très fréquemment dans tous les contenus relatifs aux crypto-actifs. Pourtant, c’est un terme très souvent mal compris de ceux qui l’emploient, et souvent employé dans un cadre tout à fait différent : celui de la répartition des richesses. Nous allons donc apporter ici une définition claire et complète à la notion de décentralisation, ainsi qu’à celle de la distribution.

 

Qu’est-ce que la décentralisation ?

La question qui se pose lorsqu’on parle de décentralisation est celle du pouvoir. En effet, il s’agit en fait de se demander qui a la possibilité d’influencer sur le réseau, et dans quelle mesure ?

Dans le cadre des blockchains, cette notion d’influence sur le réseau se traduit par la possibilité de modifier la blockchain en ajoutant des blocs. Si le réseau permet à tout participant volontaire d’effectuer des modifications, alors c’est un réseau d’apparence décentralisé. Au contraire, si une catégorie restreinte de personnes a la possibilité de modifier la blockchain, alors c’est un réseau centralisé. Blockchain publique vs blockchain privée.

Mais la distinction n’est pas toujours aussi simple. Et le meilleur cas d’école que l’on puisse mentionner est le Bitcoin. En effet, Satoshi Nakamoto avait imaginé le Bitcoin comme un réseau véritablement décentralisé, à l’épreuve de toute manipulation, grâce à la Preuve de Travail.

Malheureusement, il n’avait visiblement pas analysé et calculé l’effet qu’une augmentation de sa popularité aurait sur la décentralisation : avec l’augmentation de la valeur du Bitcoin, le nombre de mineurs a énormément grossi, et la difficulté de minage s’est envolée.

Aujourd’hui, il est très difficile de miner du Bitcoin sans réaliser d’abord un investissement conséquent, le matériel informatique nécessaire étant très onéreux. Ce qui a pour effet, indirectement, de restreindre la possibilité d’influer sur le réseau à ceux disposant d’un certain capital.
En d’autres termes, le réseau Bitcoin est aujourd’hui, bien plus centralisé qu’à ses débuts puisque seuls les « riches » peuvent y avoir une quelconque influence. En tout cas, quelques grands acteurs centralisent une forte puissance de minage.
Une totale décentralisation s’agit malheureusement plus d’un fantôme que d’une réalité.

Le constat est plus ou moins le même pour toutes les blockchains dont le consensus est basé sur la Preuve de Travail : avec la popularité, une certaine centralisation s’installe.
C’est pour cette raison parmi d’autres que de nouveaux systèmes de consensus ont été inventés. Parmi ces derniers, la Preuve d’Enjeu, permettant de valider des transactions de manière décentralisée et rapide puisque l’ajout de blocs ne se repose pas sur la réalisation d’opérations mathématiques complexes, et ne demande donc pas de matériel informatique trop cher. Cependant, attention à la distribution, sujet que nous abordons dans la partie suivante.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut assumer que tous les autres mécanismes de consensus sont décentralisés : certains sont conçus d’une manière extrêmement centralisée, comme c’est le cas de la Preuve d’Enjeu Déléguée d’EOS, avec laquelle un seul groupe de 21 personnes contrôle tout le réseau. Cependant, ce consensus de Preuve d’Enjeu Déléguée correspond à une élection. Les possesseurs de jetons EOS votent pour ces 21 représentants qui s’occupent de maintenir le réseau. Ainsi, ce système peut se rapprocher d’une démocratie.

Maintenant, peut-on dire que la décentralisation d’un réseau est absolument essentielle ? En fait, cela dépend des objectifs recherchés. Pour un crypto-actif ayant vocation à servir de monnaie, la décentralisation est le critère le plus important de tous. Par contre, si l’on parle, par exemple, d’une blockchain utilisée par des administrations pour transmettre des données, alors la centralisation n’a aucune importance…

Pourquoi cela ? C’est simplement parce que la décentralisation permet, entre autres choses, de supprimer tout besoin de confiance envers l’émetteur des informations. Elle permet de s’assurer que des informations sont vraies même si elles proviennent d’inconnus. Mais ce n’est pas nécessaire dans le cas où les sources sont reconnues publiquement comme fiables… Ce qui est notamment le cas des administrations s’envoyant des données entre elles, comme mentionné ci-dessus.

 

Qu’est-ce que la distribution ?

Notion souvent confondue avec la décentralisation, la distribution représente simplement la répartition des richesses en ce qui concerne un crypto-actif défini.

Par exemple, certains disent que le Ripple est centralisé, et donnent pour argument que la société Ripple détient une quantité colossale de jetons. C’est en fait parfaitement faux : si le réseau Ripple est centralisé, ce n’est pas pour cette raison. Il l’est car seuls quelques acteurs s’occupent du maintient du réseau et de la validation des transactions.

Mais il est véridique que la distribution des jetons Ripple est extrêmement inégalitaire, et que des détenteurs comme vous et moi ne se partagent que des miettes du gâteau à côté de la société et de ses dirigeants qui détiennent ensemble plus de la moitié des jetons.

Observer la distribution d’une cryptomonnaie permet donc surtout de déterminer si la méthode utilisée pour la répartition initiale des jetons a été juste et équitable. Parfois, elle permet de déterminer exactement le degré de cupidité de ceux l’ayant mise en place. Souhaitez-vous vraiment financer le projet de gens dont l’intérêt primaire est leur propre richesse ? Là est la question.

Il faut également savoir que les crypto-actifs distribués de manière très inéquitable sont soumis à des possibilités accrues de manipulation de prix : il suffit qu’un des plus gros détenteurs vende tout très rapidement pour faire s’effondrer le prix, ce qui permet à cet hypothétique détenteur de provoquer un mouvement de panique. Pendant que le public vend, il a la possibilité de racheter ce qu’il possédait, à un prix inférieur… Ce qui lui permet de gagner de l’argent sans perdre de cryptomonnaie.

Cela étant dit, beaucoup de crypto-actifs ont commencé avec une distribution inégalitaire et ont fini par voir les richesses des plus gros détenteurs diminuer avec le temps (en termes de pourcentage du total). C’est par exemple le cas de l’Ethereum, pour lequel les 10 plus grosses adresses (parmi lesquelles plusieurs sites d’échange) ne possèdent que 10% de la quantité totale, ce nombre étant de 40% il y a quelques années.

Les crypto-actifs à distribution très inégalitaire sont donc, de manière générale, à éviter, si vous préférez des actifs moins susceptibles d’être manipulés.

 

Preuve d’Enjeu, centralisation et distribution

Dans le cas des crypto-actifs fonctionnant sur la base de la Preuve d’Enjeu (et autres variantes), il convient d’observer la distribution plus en détail que pour les autres actifs. En effet, lorsqu’un réseau fonctionne avec la Preuve d’Enjeu (Proof of Stake), la richesse équivaut à la capacité de chacun à créer de nouveaux blocs. C’est donc un système qui favorise les gros propriétaires, et met en place un cycle vicieux dans lequel les petits détenteurs n’ont aucune chance d’influencer le réseau.

Si un crypto-actif basé sur une variante de la Preuve d’Enjeu est distribué de manière très inégalitaire, alors il est centralisé. Il faut donc y faire très attention.

 

Conclusion

La décentralisation est souvent d’une importance capitale pour le fonctionnement et la sécurité du réseau, mais la distribution n’est généralement importante que pour les questions éthiques que vous pourriez vous poser. Il faut faire attention à ne pas confondre les deux, afin de juger correctement quels crypto-actifs méritent votre investissement.

Une blockchain (avec sa crypto-monnaie rattachée) idéale serait à la fois décentralisée, distribuée, et permettrait une quantité de transaction par seconde élevée, tout en conservant une sécurité sans faille.
Pour le moment aucune blockchain ne semble capable d’une telle prouesse. Ces caractéristiques sont souvent combinées, mais il y en a toujours une qui fait défaut.
Par exemple, Bitcoin est très sécurisé, décentralisé (cela dépend de la difficulté de minage) mais ne permet pas un nombre élevé de transaction par seconde.

D’autres solutions existe, notamment les DAG (Directed Acrylic Graph), dont NANO est le plus connus. Ils permettent de combiner décentralisation, rapidité des transactions, distribution mais posséderaient encore quelques lacunes en terme de sécurité.

 


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Benjamin

Passionné de crypto à ses heures perdues, Benjamin est un juriste originaire du Sud de la France. Il est également philosophe, et il aime le foot, les échecs et les porte-bonheurs chinois.

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