Histoire, nature et philosophie de la crypto-monnaie

 

qu'est-ce que la crypto-monnaie : définition et explication

 

Depuis la mise en place de l’euro, nous autres Européens, avons pris l’habitude de partir en vacances à l’étranger sans prendre en compte les taux de change et autres spécificités monétaires locales. Et pourtant, ce n’est pas le cas de tout le monde : partout en dehors de l’Europe, le moindre passage de frontière entraîne des frais indésirables, et l’on se retrouve souvent avec des billets inutilisables au fond des poches lorsque le voyage est terminé.

L’idée tout à fait séduisante d’une monnaie universelle existe certainement depuis bien plus longtemps que l’euro, mais ce n’est que récemment que nous avons pu assister à la naissance d’un prototype réel : le Bitcoin. Toutefois, de nombreuses questions se posent. Le Bitcoin peut-il être une monnaie mondiale ? Qu’en est-il des autres crypto-actifs ? Sur quels critères juger les crypto-monnaies ? Ou encore, quel sera leur futur ?

Pour y répondre, nous allons devoir observer la naissance du Bitcoin ainsi que de ses précurseurs, mais aussi le développement de tout l’écosystème des crypto-actifs actuel. Ensuite, nous étudierons la nature et la philosophie des crypto-monnaies de manière générale afin de réfléchir aux problématiques rencontrées en 2018.

 

Partie 1 : Le Bitcoin, ses ancêtres et ses cousins

Pour plus de détails sur le Bitcoin et ses mécanismes de fonctionnement, veuillez vous orienter vers notre précédent article.

 

La naissance du Bitcoin

En 2007, une crise financière majeure frappe le monde, des pays les plus développés à ceux classifiés de « tiers-monde ». Plusieurs événements simultanés entraînent une défaillance soudaine d’une grande partie du système financier mondial. La population perd alors une grande partie de la confiance qu’elle avait envers les institutions.

Et les événements des années suivantes n’ont rien fait pour améliorer cet état de fait : on citera notamment l’exemple du peuple chypriote, qui s’est vu confisquer ses économies par le gouvernement et le Fonds Monétaire International, pour partie afin de rembourser les dettes accumulées par les banquiers locaux…

Tous ces événements ont marqué durablement les classes moyennes et inférieures de la société mondiale, et ont très probablement été le catalyseur de l’apparition des crypto-monnaies, avec l’avènement du Bitcoin en 2008.

Finalement, le 1er novembre 2008, date qui restera certainement dans les annales, Satoshi Nakamoto publie le livre blanc du Bitcoin. Cet inconnu, ou groupe d’inconnus, dont la véritable identité reste encore inconnue à ce jour, révolutionne alors l’un des piliers de la société moderne : l’argent.

En effet, le Bitcoin représente tout simplement la première monnaie ayant véritablement le potentiel d’universalité, et permettant de s’affranchir des divers problèmes rencontrés ces dernières années : prélèvements forcés sur les comptes épargne, inflation disproportionnée

On retrouve tout particulièrement cet esprit de contradiction dans l’introduction du livre blanc : il y est expliqué que le bitcoin est « un système de monnaie électronique purement pair-à-pair », n’ayant pas besoin de « passer à travers une institution financière ».

Mais le Bitcoin représente-t-il vraiment un concept novateur d’un bout à l’autre ? Après tout, lorsqu’on parle de tous les crypto-actifs qui ne sont pas le Bitcoin, on parle d’altcoins, ce qui implique qu’ils sont secondaires, et que le Bitcoin est objectivement le centre du monde de la cryptomonnaie.

En vérité, tout cela n’a aucun fondement : outre les éléments de fiction tels que les « crédits » de Star Wars, dont on retrouve des équivalents sous divers noms et formes dans d’autres œuvres, il existe d’autres monnaies cryptographiques qui ont bel et bien vu le jour avant 2008.

Quelles étaient-elles, et pourquoi sont-elles tombées dans l’obscurité ?

 

Les précurseurs du Bitcoin, des fossiles numériques à peine enterrés

A l’avènement d’Internet et la popularisation des ordinateurs personnels, dans les années 1990, un grand nombre de projets ont été lancés afin de mettre en place des systèmes de monnaie électronique. Bien évidemment, ils ne correspondaient pas tous aux critères que l’on fixe aujourd’hui lorsqu’on mentionne les cryptomonnaies ; toutefois il est intéressant de les mentionner afin de remettre le Bitcoin à sa place : celle d’un prototype un peu plus abouti que les autres, tout simplement.

On pourra citer notamment, parmi les ancêtres du Bitcoin ayant trépassé sans devenir célèbres :

  • Le DigiCash, ecash ou encore Cyber Bucks, imaginé par David Chaum en 1983, et lancé en 1995. Ce dernier collaborait directement avec les institutions américaines afin de mettre en place un réseau fiable et légal. Toutefois, le réseau imaginé étant centralisé et onéreux à l’utilisation, il ne s’est pas développé et la société a fait faillite.
  • Le CyberCash / CyberCoin, imaginé en 1994 et lancé peu après. Encore un autre système centralisé, il a vraisemblablement souffert de problèmes de sécurité et du bug de l’an 2000, ayant entraîné de grosses pertes financières à cause d’un phénomène de double dépenses. La société a fermé ses portes en 2001 suite à ces événements.
  • Le NetCheque, les cartes Danmont ou le système Mondex, entre autres, devaient servir de monnaie, non pas universelle mais bien électronique. Ils ont tous disparu avec l’adaptation des banques au monde d’Internet, qui ont rapidement cessé d’avoir besoin de ces intermédiaires.

Si vous souhaitez lire ce que les journalistes des années 1990 pensaient de ces solutions, vous trouverez notamment dans cet article de 1994 un aperçu des idées véhiculées à l’époque.

Le plus intéressant de tous les ancêtres du Bitcoin reste cependant l’e-gold. Il s’agissait d’une monnaie électronique dont la valeur était calculée à partir du prix de l’or, à l’instar de nombreux jetons existant aujourd’hui, tels que le PureGold Token. Fondée en 1996, la société qui a distribué l’e-gold n’a commencé à avoir du succès que bien plus tard. C’est donc en 1999 que le Financial Times décrira l’e-gold comme « la seule monnaie électronique ayant atteint une masse critique sur le web ».

Entre les années 2000 et 2004 environ, l’e-gold était en partie comparable au Bitcoin : il permettait les micro-paiements instantanés par internet, il était relativement connu, et était notamment relié à de nombreuses plateformes d’échange de métaux précieux, ce qui permettait à ses utilisateurs d’effectuer de l’arbitrage. Toutefois, il s’agissait d’un système centralisé, ce qui a provoqué sa chute.

En effet, les criminels se sont emparés de l’e-gold tout comme ils se sont ultérieurement emparés du Bitcoin : arnaques, schémas de Ponzi, ventes bidon et piratage ont proliféré. Tout naturellement, le gouvernement américain a ordonné la disparition de ce système, pour que ces problèmes disparaissent avec.

Aujourd’hui, plus personne ne parle de l’e-gold et peu s’en souviennent. C’est une leçon à retenir pour les maximalistes Bitcoin, qui confèrent bien trop souvent au Bitcoin un statut quasi-divin.

Comme vous avez pu le constater, le Bitcoin n’est donc même pas le premier à avoir proposé une solution suffisamment sécurisée et pratique pour devenir populaire. Alors pourquoi a-t-il eu un tel succès ? C’est en vérité très simple : il réunit toutes les caractéristiques appréciables des réseaux précédents, en y ajoutant une nouvelle : la décentralisation. Car c’est la centralisation qui a entraîné la chute de ses ancêtres, et notamment celle de l’e-gold qui a disparu suite à la décision des tribunaux américains. Le Bitcoin, de par sa nature décentralisée, ne pourra pas subir le même destin.

Les circonstances de crise économique ont également favorisé son développement. A partir de 2008, un système monétaire à l’abri de toutes les manipulations bancaires et politiques imaginables était idéal aux yeux de tous, et a su immédiatement se constituer une base d’utilisateurs de bonne taille.

Aujourd’hui, de nombreux successeurs, cousins et clones du Bitcoin ont vu le jour, certains plus utiles que d’autres. Nous allons donc étudier les principales crypto-monnaies existant en 2018, ainsi que quelques autres ayant déjà disparu dans les méandres du Web.

 

Les cryptoactifs en 2018

Après la publication du livre blanc de Satoshi Nakamoto, de très nombreuses crypto-monnaies nouvelles ont vu le jour.

La première d’entre elles a été Namecoin : son objectif n’est pas la décentralisation de la monnaie, mais celle des noms de domaine internet. En effet, ces derniers sont essentiellement régulés par des autorités américaines, une alternative décentralisée permettrait l’avènement d’un Internet plus libre. Aujourd’hui, bien que Namecoin existe encore, son réseau semble désert, comme en témoigne cette étude datée de Juin 2015, dans laquelle il est notamment expliqué que sur les 120 000 noms de domaine Namecoin, seuls 28 sont véritablement utilisés par leurs détenteurs…

Sont ensuite venus le Litecoin et le Ripple, deux systèmes de monnaie alternatifs au Bitcoin.

Le Litecoin est essentiellement un clone du Bitcoin, mais apporte un nouvel algorithme de validation des transactions, le Scrypt, est encore considéré aujourd’hui comme l’un des crypto-actifs les plus importants. Toutefois, cette importance découle en vaste majorité de son ancienneté, cette crypto-monnaie n’ayant apporté aucun élément véritablement novateur au niveau technique, et souffrant au final des mêmes problèmes de scalabilité que le Bitcoin.

Le Ripple fait également partie des crypto-actifs encore considérés importants en 2018, mais il présente l’intérêt d’être une création entièrement originale. En effet, il a été imaginé à partir de 2004 et a finalement vu le jour en 2012, n’ayant donc que peu de points communs avec le Bitcoin. Il est en effet beaucoup plus centralisé, car à ce jour, les seuls nœuds réseau existants ont été sélectionnés directement par la société Ripple Labs. Beaucoup reprochent également au Ripple sa distribution inégalitaire (exemple 1 et exemple 2) : en effet, il semblerait que plus de la moitié, et peut-être jusqu’à 80% de l’intégralité des Ripple existants soient détenus entre les mains d’une seule personne (individu ou société).

Sont ensuite apparus des crypto-actifs de nature plus originale : on mentionnera notamment le Monero, l’Ethereum, puis les crypto-actifs basés sur les DAG tels que le NANO.

Apparu en 2014, le Monero a pour objectif de pallier à un problème majeur du Bitcoin : la non-fongibilité des pièces Bitcoin. C’est-à-dire que, du fait de la nature du Bitcoin, le trajet que chaque Bitcoin a parcouru depuis son minage est enregistré, catalogué, et peut être tracé. En conséquence, un bitcoin ayant été utilisé pour une activité criminelle est par conséquent « sali » à tout jamais.

Cela fait partie des problèmes dont les spécialistes en cryptographie parlaient déjà en 1994 dans l’article que vous avez pu lire : sans fongibilité de l’argent électronique, c’est la mort de la vie privée. Monero est donc une première tentative de solution à ce problème. Et plusieurs ont d’ailleurs décidé d’en faire leur propre copie avec les modifications de leur choix : il existe donc aujourd’hui tout un écosystème de cryptomonnaies basées sur le Monero.

En 2015 est ensuite apparu l’Ethereum. Créé par Vitalik Buterin, un étudiant Russo-canadien, il s’agit du premier crypto-actif conçu dans le seul but de faciliter la mise en place des contrats intelligents, ou smart contracts. Il s’agit en fait de programmes existant sur une blockchain et permettant d’accomplir certaines tâches de manière complètement indépendante.

D’autres projets avaient imaginé de tels concepts auparavant : on mentionnera notamment Ripple Labs qui avait conceptualisé ceci sous le nom de Codius en juillet 2014, bien que rien n’ait finalement vu le jour avant 2018.

Enfin, on a pu constater ces derniers temps l’avènement d’une dernière catégorie de crypto-actifs : ceux basés sur les graphes orientés acycliques. Plutôt que de toujours placer les blocs dans un ordre prédéfini, les DAG ont une nature chaotique et ne rangent pas forcément les transactions dans un ordre unique. Ce mode de fonctionnement leur permet d’atteindre des vitesses de transaction inégalées par la blockchain à ce jour, malgré l’apparition occasionnelle de quelques autres soucis relatifs au consensus ou à la centralisation.

Parmi les crypto-actifs basés sur le DAG, le plus célèbre est certainement le NANO : anciennement dénommé Raiblocks (XRB), cette cryptomonnaie a été créée par Colin LeMahieu, autrefois programmeur chez Dell puis AMD. La méthode de distribution choisie, celle du faucet, ainsi que la rapidité incroyable des transactions ont rapidement propulsé ce crypto-actif au sommet de Coinmarketcap.

Toutefois, il ne s’agit pas du seul cryptoactif basé sur les DAG, ni le plus vieux. En effet, on citera notamment dans cette catégorie l’IOTA, dont l’objectif est de servir aux micropaiements dans le cadre de l’Internet des Objets, ou le Byteball, un crypto-actif méconnu qui a notamment été le premier à permettre la mise en place de contrats intelligents sur un DAG…

Nous l’avons donc constaté, le terme de crypto-actifs comprend très clairement un ensemble hétéroclite d’objets basés sur des technologies complètement différentes. Cela empêche-t-il pour autant de donner une définition générale aux crypto-actifs, ou encore de séparer le bon grain de l’ivraie ? Pour y répondre, nous allons observer plus particulièrement le livre blanc du Bitcoin, qui a été le catalyseur de cette révolution.

 

Partie 2 : Nature et philosophie des cryptomonnaies

Lors du lancement du Bitcoin en 2008, les objectifs de Satoshi Nakamoto étaient relativement clairs. Bien qu’aucun paragraphe ne soit dédié aux raisons de son projet ou à sa philosophie, certaines phrases et expressions interpellent tout particulièrement. Nous vous invitons donc à lire ce livre blanc par vous-même avant de reprendre la lecture de cet article. Il se trouve à l’adresse vers laquelle pointe ce lien.

 

Une monnaie électronique purement pair-à-pair

Les tout premiers mots du livre blanc nous indiquent déjà quel est l’objectif principal du Bitcoin : la création d’une monnaie électronique purement pair-à-pair. Qu’est-ce que cette expression signifie ? La réponse est simple : un système pair-à-pair est un système fonctionnant sans aucun intermédiaire entre les participants. Chacun est égal au sein du système.

Une monnaie électronique purement pair-à-pair doit donc fonctionner sans banques et sans gouvernements, et doit permettre aux particuliers d’opérer un transfert de valeur de la même manière dont ils s’échangent des pièces sonnantes et trébuchantes. Ce qui n’était pas le cas des prédécesseurs du Bitcoin que l’on a vus ci-dessus, puisque ces derniers fonctionnaient uniquement par le biais de serveurs appartenant aux sociétés les ayant créés. La plupart étaient anonymes et cryptographiquement protégées, mais leur existence était conditionnée par celle de la société les ayant créés.

La fonction de monnaie électronique est-elle pour autant la seule qui soit véritablement importante ? Difficile de le dire. D’un point de vue sociétal, c’est bien le pouvoir de contrôler l’argent qui est au centre du conflit invisible entre la crypto-monnaie et les institutions du monde.

Toutefois, comme ont pu le démontrer de nombreux cryptoactifs tels que l’Ethereum, le NEO ou le Lisk, il n’est pas nécessaire d’être utilisé comme monnaie pour générer de la valeur et apporter quelque chose à notre société. Le simple fait de permettre la mise en place de nouveaux procédés peut ouvrir la voie à de nouvelles professions, à de nouveaux modes d’échange et de création de richesse.

En outre, il n’est pas non plus nécessaire d’avoir été créé comme monnaie pour être utilisé comme monnaie : par exemple, malgré son statut de plateforme de création de jetons et de contrats intelligents, l’Ethereum est très souvent proposé en alternative au Bitcoin par les commerçants qui acceptent des paiements en crypto-monnaie.

Les crypto-actifs, quel que soit leur catégorie, semblent donc tous avoir le même objectif, bien que ce soit par des chemins divers et variés : il s’agit de permettre aux particuliers de devenir financièrement indépendants de toute entité extérieure. Mais la réalité n’est pas toujours aussi simple, et c’est en se penchant sur le problème de la confiance et du consensus que l’on pourra déterminer quelles crypto-monnaies poursuivent véritablement cet idéal.

 

La question de la confiance

Les deux notions de confiance et de consensus, brièvement mentionnées dans le livre blanc du Bitcoin, restent malgré cela au centre de l’idéal de liberté promu par la révolution des crypto-actifs.

La confiance, d’abord, est fondamentale car c’est ce qui confère à toute monnaie sa valeur.

Dans le livre blanc du Bitcoin, Satoshi Nakamoto faisait référence aux intermédiaires dans le cadre des paiements en ligne : les tiers tels que PayPal par lesquels les paiements transitent. L’objectif minimal d’une crypto-monnaie digne de ce nom serait donc à priori de permettre un transfert de valeur direct entre deux personnes, de manière instantanée et sans l’intervention d’un tiers.

Mais voyons les choses d’un autre angle : fondamentalement, lorsqu’on échange de l’argent liquide contre des biens et services, chacune des parties à la transaction accorde implicitement sa confiance à l’entité émettrice de ladite monnaie.

Ainsi, l’utilisation d’une crypto-monnaie digne de ce nom devrait en principe permettre de se passer de toute confiance envers une entité tierce puisque le code et les lois mathématiques doivent être seuls maîtres en la matière. Ce qui disqualifie d’ores et déjà un grand nombre de crypto-actifs actuels : beaucoup permettent la création spontanée de pièces ou jetons par leurs créateurs ; d’autres n’ont pas de règles véritablement fixes quant au montant total existant… Notre confiance doit être entre les mains de ces personnes.

En fait, même le Bitcoin est dans une certaine mesure soumis à la volonté de tiers : depuis 2014, c’est une société dénommée Blockstream, composée de gens auxquels Satoshi Nakamoto avait confié certains codes importants, qui s’occupe de maintenir et d’améliorer le code du Bitcoin. C’est donc cette société qui décide seule des améliorations technologiques à apporter au Bitcoin, et par conséquence, pourrait du jour au lendemain changer des règles majeures en ce qui le concerne.

La crypto-monnaie idéale est donc libérée de ce boulet qu’est la confiance, et ne doit être soumise qu’aux règles mathématiques définies par son code.

Ce n’est toutefois pas la seule chose à analyser, puisque la méthode de consensus utilisée est tout aussi importante.

 

Le problème du consensus, dépourvu de solution parfaite à ce jour

Comme vous le savez certainement déjà, les méthodes de consensus sont, en matière de crypto-monnaie, les procédés mathématiques par lesquels la validation des transactions est opérée. Pour le Bitcoin, il s’agit de la Preuve de Travail. Pour d’autres, plus expérimentaux, divers procédés ont été imaginés, et tous ont leurs avantages et inconvénients.

Mais plutôt que de parler de technique, nous allons parler de pouvoir. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit : la méthode de consensus détermine en fait de quelle manière le pouvoir est réparti au sein de la communauté. Et c’est là que les mots « centralisation » et « décentralisation » font leur apparition : plus le pouvoir est détenu par un grand nombre de gens à parts égales, plus une  cryptomonnaie est décentralisée. Et plus le pouvoir est centralisé, plus il est détenu par un nombre restreint de gens.

Cette notion est parfois floue : il ne faut pas la confondre avec celle de la distribution, qui est un problème entièrement différent.

Pour faire simple, la distribution est le problème de la concentration des richesses, alors que la centralisation est le problème de la concentration du pouvoir.

Dans les sociétés traditionnelles, la concentration du pouvoir et des richesses vont souvent de pair. Tandis que dans le monde de la crypto-monnaie, les choses sont parfois très différentes. En fait, tout dépend de la méthode de consensus.

Car certaines méthodes de consensus se rapprochent par nature de l’oligarchie, ce qui signifie que les riches ont un pouvoir supérieur aux autres. Il s’agit notamment des systèmes de Masternodes, lesquels demandent d’immobiliser une quantité non négligeable d’actifs avant de détenir un quelconque pouvoir sur le réseau.

Est-ce pour autant que le Bitcoin et sa célèbre Preuve de Travail sont inatteignables par toute critique ? Difficile de le prétendre. En effet, à l’échelle d’un réseau de spécialistes, très peu usité, la Preuve de Travail permet à tous les mineurs de faire entendre leur voix. Mais dès que le réseau grandit et que la quantité d’utilisateurs augmente, catastrophe : les fermes de minage et les coopératives de mineurs font leur apparition, à la recherche de la rentabilité.

Et que sont les fermes de minage exactement, si ce n’est un ensemble de super-ordinateurs tous contrôlés par un seul homme, ou parfois une seule société ? Quant aux coopératives de mineurs, ce n’est pas beaucoup mieux : bien que beaucoup de mineurs y participent, le « directeur » de la coopérative reste le seul véritable maître à bord.

Or, dans le cas du Bitcoin, à l’heure actuelle, si l’on considère uniquement les quatre plus grosses sources de calculs effectués, on arrive à plus de 50% de la totalité de la puissance de calcul fournie au réseau par l’humanité.

Ce qui signifie, en somme, que les quatre personnes détentrices des entités qui génèrent cette puissance de calcul possèdent un pouvoir énorme sur le Bitcoin. Et, si elles le souhaitaient, ces dernières pourraient tout à fait s’allier pour modifier la blockchain selon leurs désirs.

C’est donc un problème remettant en cause la validité du Bitcoin dans son intégralité. Car si l’on se penche bien sur le livre blanc, Satoshi Nakamoto y écrit notamment la phrase suivante : Pour résoudre cela, nous avons proposé un réseau pair-à-pair utilisant la preuve de travail pour enregistrer un historique public des transactions, qui devient rapidement informatiquement incommode à modifier pour tout attaquant si des nœuds honnêtes contrôlent la majorité de la puissance de calcul.

Mais comme cela a été si bien écrit, cette sécurité n’est valide que si des nœuds honnêtes contrôlent la majorité de la puissance de calcul.

Autrement dit, la décentralisation et la sécurité du réseau Bitcoin se reposent sur un idéal dans lequel il existe un nombre immense de mineurs dont la puissance de calcul est égale, et où il est donc impossible de corrompre suffisamment de mineurs pour altérer la blockchain.

Cet idéal est mort il y a bien longtemps, lorsque le BTC a pris de la valeur et que les premières fermes de minage sont apparues. A partir de là, le déséquilibre entre les mineurs a grandi et la centralisation a commencé.

En outre, beaucoup de gens ne comprennent pas la manière dont la sécurité du réseau fonctionne. Je pense notamment à tous les maximalistes Bitcoin, prenant plaisir à éructer systématiquement le terme d’attaque à 51%. C’est en fait une simplification à l’extrême du principe du minage avec la preuve de travail, supposant qu’une modification de la blockchain par une seule entité n’est possible que lorsque cette entité détient plus de 51% de la puissance de calcul totale.

Cette supposition est entièrement fausse. En effet, comme vous pourrez le comprendre dans ce document, ce mythique chiffre de 51% ne représente en fait que le moment à partir duquel la probabilité de succès est de 100%. Mais à partir de 30% de puissance de calcul détenue par une seule entité, la probabilité de réussir à créer de « faux blocs » est déjà d’environ 50%.

Vous comprendrez donc qu’aujourd’hui, même le Bitcoin, qui représente pour beaucoup un idéal, est centralisé. Et c’est malheureusement un défaut inhérent à la Preuve de Travail telle que nous la connaissons. Ainsi, à terme, toutes les crypto-monnaies basées sur une preuve de travail modélisée sur celle du Bitcoin finiront par souffrir du même problème si leur valeur augmente. Des fermes de minage et coopératives de mineurs apparaîtront, et prendront le contrôle sur le réseau par le biais d’une supériorité écrasante de puissance de calcul. Bien évidemment, cela n’est pas la garantie d’une attaque de dépenses doubles, mais seulement la garantie de la possibilité d’une attaque de dépenses doubles. En quelque sorte, c’est un petit peu comme la différence entre la garantie que le moteur de votre voiture va exploser au prochain démarrage, et la garantie que le moteur pourrait exploser au prochain démarrage. Toute personne saine d’esprit amènera cette voiture à la casse plutôt que de la conduire encore, même si le risque est faible.

En outre, ce problème soulève une autre question : que se passe-t-il si la communauté se rend compte d’une manipulation par une entité détenant la majorité de la puissance, et rejette cette manipulation ? Alors un fork se produira, et une nouvelle crypto-monnaie apparaîtra. Mais cette nouvelle crypto-monnaie sera très certainement basé sur le même algorithme… Ce qui signifie que quelques temps plus tard, le même problème risquera de réapparaître.

La possibilité de fork ne fait donc que décaler le problème et ne résout rien, à moins qu’un changement de méthode de consensus soit opéré au moment du fork.

En somme, le Bitcoin et sa preuve de travail sont tout aussi critiquables que les autres systèmes de consensus inventés dernièrement. A ce jour, aucun n’est parfait, et chacun de ces systèmes décide de faire différents compromis. Certains sont plus rapides et moins sécurisés, et cetera.

On ne peut donc pas vraiment dire qu’une crypto-monnaie ne mérite pas cette appellation si son système de consensus est imparfait. Le seul critère que l’on peut appliquer pour déterminer si une crypto-monnaie dispose d’un un système de consensus acceptable est le suivant : est-il conçu pour être centralisé ?

Si c’est le cas, alors de manière générale, la crypto-monnaie qui l’utilise n’est en vérité qu’une monnaie Monopoly déguisée, désirant profiter de la notoriété du Bitcoin. Car c’est uniquement par la décentralisation que les utilisateurs de crypto-monnaies atteindront une véritable forme de liberté financière, qui est l’objectif recherché de cette révolution.

 

La distribution, ou le problème de la concentration des richesses

Nous avons brièvement mentionné ci-dessus la différence entre distribution et centralisation.

Pour faire simple, une distribution inégalitaire est à rejeter. Cela, pour plusieurs raisons :

  • Plus la distribution est inégalitaire, plus le prix monte vite. Pourquoi? C’est tout simple. Dans ce cas, seul un petit pourcentage du total est acheté et vendu par les gens situés hors du cercle des « heureux élus » détenteurs de la majorité. Alors, le crypto-actif semble être rare, et les gens sont prêts à l’acheter plus cher qu’ils ne le devraient. Ce qui, à son tour, augmente la capitalisation du crypto-actif concerné, et le propulse au sommet des sites tels que Coinmarketcap. Il s’agit d’une forme insidieuse de manipulation visant à faire apparaître le crypto-actif comme plus important qu’il ne l’est vraiment, grâce à une capitalisation indûment gonflée.
  • Plus la distribution est inégalitaire, plus il y a une possibilité de division immédiate du prix par 10, 20, ou plus. Imaginez que, du jour au lendemain, 50% de tous les Bitcoins soient revendus au prix du marché : le résultat serait catastrophique, avec un Bitcoin à moins de 50€ en quelques minutes. Cela permet en outre aux manipulateurs de racheter immédiatement à bas prix en capitalisant sur la peur des petits détenteurs qui seraient poussés à leur vendre pour une fraction de la valeur antérieure, permettant ainsi de générer de l’argent ET de racheter tous les jetons vendus juste avant.
  • Plus la distribution est inégalitaire, plus les gros détenteurs seront tentés de manipuler le marché de diverses manières, que ce soit par le biais de campagnes de désinformation, par le placement de faux murs de vente, ou encore par des intox méticuleusement élaborées.

Tout ceci conduit à exclure notamment le Ripple de la liste des crypto-actifs méritant votre attention. En effet, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, il semblerait que plus de 80% des jetons Ripple soient entre les mains de moins de dix personnes. L’objectif de Ripple est donc clair et défini : fabriquer de la monnaie à l’infini pour le seul et unique bénéfice de ce petit groupe. Rendez-vous bien compte : ces gens ont fabriqué des dizaines de milliards de dollars à partir de rien.

A l’opposé de Ripple Labs, il existe des gens comme Colin LeMahieu, créateur du NANO, également mentionné ci-dessus. Le NANO, alors dénommé Raiblocks (XRB), a été distribué de manière équitable par le biais d’un site internet demandant une action quotidienne pour obtenir une petite somme, tout à fait gratuitement, jusqu’à ce que suffisamment de gens en aient obtenu. Ceci a notamment permis à de nombreuses personnes défavorisées d’Amérique du Sud de sortir de la misère. Lequel des deux, entre Colin LeMahieu et la société Ripple, semble le plus honnête ? La question ne devrait même pas être posée.

En soi, la distribution d’une monnaie ne prouve rien sur la nature de la technologie, ou le véritable potentiel du crypto-actif en question, mais c’est un indice permettant de déterminer les intentions exactes de ses créateurs. Et si les intentions des créateurs sont néfastes, alors il vaut généralement mieux se tenir à l’écart.

 

La protection de la vie privée, élément essentiel et pourtant souvent oublié

L’un des éléments le moins souvent commenté dans le livre blanc du Bitcoin se trouve être le paragraphe portant sur la protection de la vie privée.

Satoshi Nakamoto y explique brièvement les différences entre le modèle traditionnel et le sien : en fait, il s’agit d’arrêter le flux d’information accessible au public à un endroit différent. Plutôt que de tout cacher, le Bitcoin ne cache que ce qui est nécessairement caché : l’identité réelle des parties aux transactions.

Toutefois, cela pose un problème de taille que Satoshi Nakamoto n’a pas manqué de souligner. En effet, il prend le temps de préciser qu’une nouvelle clé doit être utilisée à chaque transaction pour éviter de permettre au public de relier des sommes à un propriétaire commun.

Et le risque était déjà évident en 2008 : si le propriétaire d’une clé voit son identité révélée, il suffit alors de retracer ses pas sur la blockchain pour connaître toute son activité.

Le Bitcoin n’offre donc en pratique aucune protection réelle de la vie privée, et Satoshi Nakamoto le savait. Est-ce pour autant que la protection de la vie privée n’a aucune importance ? Comme l’ont prouvé de nombreuses évolutions sociétales de cette décennie, les fuites d’éléments de la vie privée peuvent détruire la vie de tout un chacun. On mentionnera notamment les différents condamnés à mort pour apostasie parce que leurs opinions religieuses ont été révélées suite à des « fuites » d’éléments publiés sur des réseaux sociaux (exemple 1, exemple 2).

Nous pourrions un jour souffrir du même destin pour des raisons beaucoup plus anodines. Par exemple, que se passerait-il si vous achetiez de l’alcool avec du Bitcoin et que vous alliez ensuite voyager dans un pays où la détention d’alcool est punie de prison, comme ce fut le cas aux États-Unis au siècle dernier ?

En outre, gardez toujours à l’esprit que ce qui est légal aujourd’hui ne sera pas forcément légal demain. Si jamais un régime fasciste de croissantophobes voyait le jour, vous pourriez bien finir en prison pour avoir acheté un croissant avec du Bitcoin.

En effet, la blockchain du Bitcoin laisse une trace indélébile de toutes vos transactions, ce qui confère en retour une puissance incroyable à quiconque détient le secret de votre identité. C’est pour cette raison et bien d’autres encore que la protection de la vie privée est fondamentale.

Là encore, le Bitcoin échoue donc totalement à proposer une solution viable.

Comment peut-on déterminer quelles crypto-monnaies méritent votre intérêt ?

Tout simplement, il faudra favoriser celles permettant un véritable anonymat des utilisateurs du réseau, quel que soit le moyen employé. Les crypto-actifs proposant de telles fonctionnalités sont encore peu répandus à ce jour, mais nous vous conseillons de vous renseigner sur tout l’écosystème basé autour de Monero, qui propose des transactions protégées par certaines des meilleures techniques cryptographiques visant à garantir l’anonymat.

En outre, un grand nombre d’autres crypto-actifs sont apparus autour de Monero : quelques concurrents, mais aussi et surtout, beaucoup d’imitateurs ayant ajouté ou retiré diverses fonctionnalités.

Aujourd’hui, difficile de juger les crypto-actifs en fonction de leurs méthodes de protection de la vie privée, étant donné que cette partie de l’équation a été relativement peu explorée. Heureusement, nous pourrons certainement constater dans les années à venir la maturation de cet écosystème un peu à part. Cela permettra sans nul doute l’avènement d’une véritable crypto-monnaie ayant toutes les caractéristiques idéales, parmi lesquelles l’anonymat.

 

Conclusion

La crypto-monnaie a encore de beaux jours devant elle, mais également un long chemin ardu et tortueux. De nombreux écueils doivent être contournés, autant par les créateurs que par les investisseurs, et de nombreux objectifs entrant parfois en conflit les uns avec les autres doivent être atteints.

Aujourd’hui, les crypto-actifs existants ne sont au final que des prototypes, quoiqu’en disent les divers prêcheurs que l’on peut trouver sur Internet. Mais peut-être qu’un jour, une crypto-monnaie parfaite verra le jour ; et peut-être qu’elle sera véritablement universelle, de pair-à-pair, répartie équitablement, décentralisée, sans nécessité de confiance, et anonyme.

Ce jour semble encore lointain, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut perdre de vue ces objectifs. Car si un seul de ces éléments venait à disparaître entièrement de l’écosystème, alors ce serait la preuve que la révolution des crypto-actifs a échoué. Et le peuple resterait soumis aux classes dirigeantes et aux banquiers, qui ont bien trop souvent de grands pouvoirs sans aucune responsabilité.

Je vous fais confiance, chers lecteurs, pour investir dans les projets qui le méritent. Ce n’est pas forcément évident, mais le futur de tout un pan de la société est en jeu.

 

Notre top 10 des crypto-monnaies sur lesquelles investir en 2019

 


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Benjamin

Passionné de crypto à ses heures perdues, Benjamin est un juriste originaire du Sud de la France. Il est également philosophe, et il aime le foot, les échecs et les porte-bonheurs chinois.

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