Menace quantique : la France se prépare, les cryptos sous pression
L’ANSSI cessera dès 2027 de certifier les produits non résistants au quantique. Quelles conséquences pour Bitcoin, Ethereum et les blockchains ?
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L’ANSSI fixe une échéance claire pour le post-quantique
L’annonce a été faite lors de la conférence France Quantum 2026. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a indiqué mardi qu'elle cesserait dès 2027 de certifier les produits de sécurité ne disposant pas de mécanismes cryptographiques résistants aux ordinateurs quantiques.
D’ici 2030, les administrations françaises et les opérateurs d’importance vitale devront donc privilégier exclusivement des solutions dites quantum-safe. Sont notamment concernés les secteurs jugés critiques pour le fonctionnement du pays, comme l'énergie, le nucléaire, les infrastructures de transport, les réseaux de télécommunications, les établissements bancaires, les systèmes de paiement ou encore les barrages et infrastructures hydrauliques.
Cette bascule réglementaire s'explique par la perspective du Q-Day, le moment où les ordinateurs quantiques deviendraient capables de briser les systèmes cryptographiques actuellement utilisés sur Internet. Bien qu'aucune machine n'en soit encore capable aujourd'hui, les autorités considèrent ce risque comme suffisamment plausible pour imposer dès maintenant une migration vers des solutions résistantes au quantique.
L’objectif affiché est aussi de répondre au risque dit harvest now, decrypt later. Celui-ci repose sur l’idée que des cyberattaquants peuvent déjà collecter et archiver des données chiffrées aujourd’hui, même s’ils sont incapables de les lire. Lorsque les capacités de calcul quantique auront suffisamment progressé, ces données pourraient alors être déchiffrées, compromettant des informations parfois restées confidentielles pendant des années.
Pourquoi la menace quantique concerne directement les cryptos
La quasi-totalité des blockchains, à commencer par Bitcoin (BTC) et Ethereum (ETH), repose sur la cryptographie à courbe elliptique. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait théoriquement dériver les clés privées à partir des clés publiques exposées, ouvrant la voie à la compromission de portefeuilles entiers.
Le sujet préoccupe d'autant plus la communauté Bitcoin que plusieurs millions de BTC attribués à Satoshi Nakamoto reposent sur des adresses dont les clés publiques ont déjà été révélées sur la blockchain. Dans un scénario quantique avancé, ces fonds pourraient théoriquement devenir vulnérables avant même d'être déplacés.
Face à ce risque, plusieurs pistes sont déjà à l'étude. Côté Bitcoin, le BIP-360 propose un mécanisme permettant d'introduire progressivement des schémas de signatures résistants aux attaques quantiques. Et du côté d'Ethereum, les développeurs explorent depuis plusieurs années différentes approches de migration vers des signatures post-quantiques ainsi que des mécanismes permettant aux utilisateurs de transférer leurs actifs vers des adresses protégées avant l'arrivée d'une menace quantique crédible.
Les experts en sécurité estiment par ailleurs que l’intelligence artificielle accélère le calendrier quantique en optimisant notamment la correction d’erreurs, l’un des principaux goulets d’étranglement du secteur. Selon Alex Pruden, PDG de Project Eleven, « entre le quantique et l’IA, nous allons entrer dans un monde où la sécurité ne peut tout simplement plus être assurée de la manière dont vous aviez l’habitude de procéder ».
Trade Republic : acheter des cryptos et des actions en 5 minutesLes blockchains commencent à se préparer
Hormis Bitcoin et Ethereum, plusieurs écosystèmes majeurs ont déjà engagé leur migration. Zcash, Solana, Ripple et NEAR Protocol travaillent activement à des stratégies post-quantiques. Algorand a même dévoilé une feuille de route visant la résistance quantique d’ici 2028.
NEAR a annoncé l’intégration de la cryptographie post-quantique directement dans son infrastructure de comptes, permettant aux utilisateurs de changer de schéma cryptographique sans déplacer leurs actifs vers de nouveaux portefeuilles. Mais la transition reste lourde, car les algorithmes post-quantiques sont actuellement « très lourds et lents » selon Illia Polosukhin, cofondateur de NEAR.
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L’annonce de l’ANSSI envoie un signal politique fort, susceptible d’influencer les futurs standards européens de confiance numérique et, à terme, la régulation des infrastructures crypto opérant en Europe.
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