La France, championne crypto mondiale ? 120 dirigeants reçus à l'Assemblée nationale
La France a-t-elle encore une chance de dominer le secteur des cryptomonnaies et de la finance décentralisée ? Alors que Morpho est récemment devenue la première licorne de la finance onchain, les différents groupes politiques s'intéressent de plus en plus aux crypto.
120 dirigeants de la crypto réunis à l'Assemblée nationale
Hasard du calendrier ? À un an des élections présidentielles, les partis politiques montrent un goût prononcé pour le secteur des cryptomonnaies. Après David Lisnard, c'est au tour du groupe Ensemble pour la République, présidé par Gabriel Attal, de recevoir 120 figures de l'écosystème. L'occasion de savoir si la France peut devenir la championne des crypto.

Les 120 représentants du secteur crypto réunis à l'Assemblée nationale.
Et le petit monde des cryptomonnaies a bien changé depuis 2009. Désormais, autour d'une même table, des entrepreneurs « pure souche » côtoient les dirigeants de grandes multinationales, comme Société Générale ou Circle, toutes deux émettrices de stablecoin.
Le tout réuni, entre autres, sous l'égide d'une rapporteuse 100 % crypto, Faustine Fleuret, dont l'entreprise Morpho est désormais une licorne, valorisée à plus d'un milliard de dollars ; performance saluée par la ministre chargée du numérique Anne Le Hénanff en personne.
Cette grande diversité de profils se regroupe rarement, sauf lorsqu'elle est conviée à l'Assemblée nationale. Et, rien que pour cela, nous pouvons remercier Gabriel Attal, Paul Midy et l'Association pour le développement des actifs numériques (ADAN), présidée par Claire Balva.
Mais, au-delà du plaisir de se réunir, ce « hackathon » a-t-il servi à quelque chose ?
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Les 120 représentants de l'écosystème ont été répartis en 3 groupes, afin de travailler sur 3 axes majeurs : sécurité, fiscalité et attractivité. Ces groupes devaient ensuite se réunir afin de présenter leurs résultats.
La table ronde la plus intéressante fut probablement celle sur l'attractivité. La sécurité et la fiscalité sont, certes, des enjeux majeurs ; mais sans attractivité, il n'y a pas d'écosystème.
Pour guider les discussions sur ce sujet, l'ADAN avait préparé le terrain en suggérant plusieurs mesures. Par exemple, la reconnaissance du régime des Initial Coin Offering (ICO), c'est-à-dire des levées de fonds en tokens et en crypto. Et l'ouverture de ce régime aux SAS ainsi qu'aux sociétés immobilières. Ces mesures, saluées par les participants, étaient attendues.
Le Yield sur les stablecoins, levier d'attractivité ?
Une fois les discussions ouvertes, les débats se sont rapidement orientés vers d'autres sujets, comme l'importance du yield pour les stablecoins, la régulation, et la défense des stablecoins euro face à leurs homologues américains.
Par chance, Stéphanie Cabossioras, directrice générale de la stratégie et des affaires publiques internationales de SG Forge, et Coralie Billmann, PDG de Circle France, étaient dans la salle pour défendre leur point de vue et celui de leurs entreprises respectives. Pour rappel, Circle émet le stablecoin USDC, capitalisé à 78,3 milliards de dollars, deuxième plus gros stablecoin au monde.
La question pourrait d'ailleurs se poser de savoir si cette entreprise a vraiment à cœur le développement d'un stablecoin euro, rival du dollar. Le stablecoin n'est pas seulement un enjeu économique ; c'est un enjeu stratégique et de souveraineté pour la France et l'Europe.
Rappelons que Circle est basée aux États-Unis, participe fortement à l'économie américaine en achetant des bons du Trésor, et a dépensé plusieurs dizaines de millions de dollars pour soutenir la candidature de Donald Trump en 2024.
La polyphonie des cryptomonnaies
À défaut de savoir à qui les multinationales prêtent allégeance, le groupe de travail Attractivité a mis en lumière les intérêts parfois très éloignés des différents participants.
Certains veulent des mesures concrètes et rapides pour sauver leur entreprise face à une concurrence menaçante ; d'autres veulent jouer la carte du temps et modeler le paysage réglementaire européen à leur image. Cette opposition pourrait être grossièrement résumée au combat de petites entreprises face aux grands groupes.
Deux typologies d'acteurs avec un calendrier et des ressources différents. Signe de la « professionnalisation du secteur », ou perte de contrôle des entrepreneurs et des pionniers au profit des poids lourds de la finance ? Ces disparités témoignent-elles d'un schisme qui menace l'écosystème crypto français et sa « forte industrie locale » ?
Des intérêts irréconciliables ?
Selon Paul Midy, député du groupe Ensemble pour la République et soutien notoire du secteur crypto à l'Assemblée nationale, il faut voir le verre à moitié plein : « mettre des gens avec un agenda très compliqué dans la même pièce, ça fait déjà avancer les choses ». Il ajoute que les différents intérêts du secteur ne sont pas « irréconciliables ».
Mais l'écart entre les différents acteurs existe bel et bien. Un intervenant souligne que la régulation risque d'empêcher le développement de start-ups, et donc de l'innovation. En effet, quelle entreprise pourra se permettre de dépenser 1 million d'euros et de perdre 18 mois dans MiCA, simplement pour avoir le droit de lancer un produit et de tester le marché ?
De nombreux autres problèmes sont soulevés dans le groupe de travail Attractivité. Rien d'étonnant : l'attractivité, qui va de pair avec la compétitivité, est le nerf de la guerre.

Florient Gabriel, CEO de Blobb.io
Par exemple, il est question d'utiliser l'électricité des centrales nucléaires, vendue à perte ou simplement gaspillée, pour miner du Bitcoin. Ou encore de modifier les réglementations pour permettre aux assurances-vie de proposer des cryptomonnaies. Enfin, le problème de MiCA revient, avec une question clé : pourquoi la régulation est-elle plus couteuse et plus difficile à obtenir en France que dans le reste de l'Europe ?
La France n'a pas confiance dans les cryptomonnaies
Il semble que l'Autorité des marché financiers (AMF) soit plus exigeante que ses homologues européennes ; que les assurances-vie françaises soient plus frileuses à l'idée de proposer des cryptomonnaies ; que les banques françaises soient plus fermées à l'idée d'accepter de l'argent issu de ce secteur.
En un mot, il y a un problème de confiance. Après des années de lynchage médiatique, pour le plus grand bonheur des médias mainstreams et des politiques à court d'idées, les cryptomonnaies sont toujours vues comme des outils déviants. « Le régulateur a une vision héritée d'il y a 10 ans. Les banques refusent de récupérer l'argent des plateformes, elles ont peur », regrette un des participants.
La solution ? Un message fort, au niveau de l'administration, pour montrer que les crypto-actifs fonctionnent et sont fiables. Comme le paiement des amendes ou de certains impôts en stablecoins. Si l'initiative fait sourire, l'idée d'un signal venant du plus haut niveau de l'État fait son chemin.

Faustine Fleuret, Directrice des Affaires publiques de Morpho
Au moment de faire le bilan de ce groupe de travail mouvementé, Faustine Fleuret, la rapporteuse, résume : « la France a une industrie locale forte. Nous avons beaucoup de bonnes choses, et des compétences au niveau européen ».
Les participants se sont mis d'accord pour demander à l'État une communication positive, un ministère dédié au numérique, une meilleure représentation officielle et un cas d'usage concret de la part du pouvoir exécutif.
Enfin, de nombreux points soulevés par ce groupe de travail n'ont pas trouvé de réponse auprès des députés, car ils dépendent désormais de l'Europe. Si bien que les moyens d'action de la France pour son propre écosystème semblent limités ; et ce, quel que soit le vainqueur des élections présidentielles. Seule solution désormais : « travailler à l'émergence d'un écosystème crypto européen ».
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Mais, pour beaucoup, l'urgence est ailleurs. Le matin même de cette rencontre, nous apprenions qu'une fillette et sa mère venaient d'être libérées d'un énième enlèvement avec demande de rançon en cryptomonnaies.
Ce déferlement de violence est devenu quotidien. Lors des évènements, les personnalités ne se déplacent pas sans leurs gardes du corps. Et la situation s'est aggravée suite aux différentes fuites de données. Plus besoin d'être une célébrité ou un entrepreneur connu pour être une cible.
Des victimes sont torturées pour quelques milliers d'euros, le nombre de kidnapping explose et des sources proches des services de police parlent de 3 à 4 attaques par semaine.
👉 Le député Paul Midy propose de masquer les adresses des entrepreneurs
Face à cette vague de crimes et d'enlèvements, beaucoup d'entrepreneurs et d'investisseurs crypto se demandent ce que l'État met en place pour les protéger. Si la police et la gendarmerie, notamment la BRI et le RAID, ont fait preuve d'une efficacité redoutable, cela n'a pas diminué le nombre d'attaques.
Le groupe de travail sur cette question est revenu avec quelques propositions plutôt timides. Masquer les adresses des entrepreneurs dans les registres publics et les bases de données de l'État, par exemple. Ou utiliser la technologie blockchain du Zero Knowledge Proof afin de protéger les entrepreneurs et les investisseurs face au risque de fuite de données.
La dure réalité
Il s'agit d'un signal positif. Mais, dans les faits, les criminels ont désormais accès à des bases de données gigantesques. Ces dernières sont obtenues en recoupant toutes les fuites de données et vols d'informations, comme Waltio et Ledger pour identifier les cibles, puis Free ou France Travail pour retrouver les informations personnelles, et celles des proches.
Il existe même des bots, accessibles depuis Telegram, qui permettent d'extraire toutes les informations sur une victime en quelques clics. Avec un simple nom, le bot interroge les différentes fuites de données et fournit une fiche de « prospect » avec les adresses, la famille, les informations importantes, etc.
L'impunité et la « gamification » de la criminalité française pourraient faire sourire, s'il n'y avait pas des victimes séquestrées, torturées et en danger de mort. Face à la réalité de cette menace, une simple « caviardisation » des informations ressemble à un cache-misère.
Enfin, dernière proposition : permettre aux entreprises d'investir dans la protection de leurs salariés et de leurs proches, sans que cela ne soit considéré comme un abus de bien social par l'administration fiscale.
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À nouveau, cette mesure est bienvenue, mais elle est révélatrice. À défaut de pouvoir réellement aider les victimes ou protéger les français, l'État accepte gracieusement de ne pas infliger un redressement fiscal aux entrepreneurs délaissés qui voudraient se charger eux-mêmes de leur protection.
Cela signifie qu'il y a eu des condamnations par le passé. Cela signifie que des entrepreneurs qui ont voulu se protéger face au risque extrêmement réel d'enlèvement et de torture, ont été attaqués par l'administration fiscale. Difficile de savoir si ce cauchemar est dû à la machine administrative en général ou bien à la France en particulier.

Owen Simonin aka Hasheur, PDG de Meria et créateur de contenu
L'image négative des cryptomonnaies est déjà responsable d'une réglementation plus stricte et d'un manque de collaboration de la part des banques et de la finance traditionnelle française. L'État et la justice auraient-ils accordé moins d'importance aux attaques ciblant notre secteur ?
« Je ne pense pas… je n'espère pas », répond Paul Midy. Ce dernier reconnaît que « les mesures sur la protection des données, ce n'est qu'un levier parmi d'autres » qui ne fera pas disparaître les délinquants. En ce qui concerne le déferlement de violence qui vise l'écosystème crypto il y a bien « des préjugés qui jouent un rôle », mais pas du côté de l'État.
L'image négative des cryptomonnaie tue
« La caricature des détenteurs de crypto-actifs et des entrepreneurs impacte les délinquants », analyse Paul Midy. « Ils se disent "je vais pouvoir leur prendre de l'argent, et sans doute qu'ils l'ont gagnée de manière pas toujours honnête, sans trop travailler", selon les clichés qui circulent sur ce monde. »
Des clichés proches de ceux qui circulent sur d'autres groupes de la population, comme les personnes de confession juive. En 2006, une mentalité similaire avait poussé un certain Youssouf Fofana à torturer Ilan Halimi pendant 24 jours avant de le tuer. Un drame qui avait profondément choqué la France.
🟥 Liste des enlèvements et agressions liés aux cryptomonnaies en France
Pour Paul Midy, il y a une réponse technologique à apporter. Les criminels utilisent tout ce que la technologie offre pour organiser leurs attaques. Pourquoi pas l'État ? « Je suis favorable à ce qu'on utilise les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle et le partage des données pour aller taper les délinquants et les criminels », martèle-t-il.
Protéger vos cryptomonnaies avec un Ledger Nano Gen5 (10 € offerts)La fiscalité, levier d'attractivité et de sécurité ?
Enfin, le dernier groupe de travail de ce hackathon organisé à l'Assemblée nationale portait sur la fiscalité.

Le groupe de travail sur les cryptomonnaies
La fiscalité des cryptomonnaies est définie en France par la loi PACTE et n'a pas vraiment changé depuis. Les bénéfices sont taxés selon la flat tax, au même titre que les autres actifs. Ce qui est déjà une victoire en soi, puisque nous avons vu que les crypto-actifs pouvaient être jugés plus sévèrement par l'administration, l'AMF et les institutions financières dans de nombreux cas.
Pas de changement à apporter de ce côté-là ; la France ne va pas devenir un eldorado fiscal pour les beaux yeux des entrepreneurs crypto. En revanche, certaines mesures ont été proposées, notamment sur l'activité de trading et le risque de requalification en activité commerciale.
🚨 Impôt Crypto : Guide 2026 de la fiscalité des cryptomonnaies
Le report des moins-values et certains abattements ont également été évoqués, de même qu'une mesure visant à permettre aux protocoles de distribuer des jetons de gouvernance pour récompenser les développeurs et les soutiens des premières heures. Ces jetons seraient imposables au moment de la vente et non de la distribution, garantissant ainsi que seul l'événement générateur de revenus soit imposable.
Cette mesure avait déjà été proposée par le député Paul Midy lors du projet de loi de finances examiné à l'Assemblée nationale à la fin de l'année dernière, mais elle n'avait pas été retenue.
Finalement, la fiscalité est le sujet le moins clivant. Qui l'eût cru ? Il s'avère également qu'elle permet de mettre en place des mesures attractives, avec un cadre clair et attrayant, et de sécuriser les utilisateurs, au niveau de leurs données. Le fisc est-il le seul levier actionnable pour le bien-être des cryptomonnaies ?
« La fiscalité peut servir à beaucoup de choses », reconnaît avec un sourire Paul Midy.
Bilan du hackaton
Critique facile. Il y a beaucoup de choses à redire sur ce hackathon, et c'est normal. Rien n'est plus difficile que ce que Paul Midy, Gabriel Attal et l'ADAN ont entrepris. Réunir les différents représentants du secteur pour réfléchir ensemble à des problèmes complexes, globaux, qui touchent tout le monde mais appellent des réponses différentes : voilà une tâche bien herculéenne.

Marc-Antoine, journaliste pour Cryptoast
Critiquer, avoir des choses à redire, pousser les gens à se creuser la cervelle et chercher ce qui ne va pas : c'était justement le but d'une telle réunion. Après tout, nous cherchions le secret de la pierre philosophale, celle qui peut changer le plomb en or, transformer les start-ups en licornes et faire de la France la première puissance économique mondiale. Et nous cherchons encore ! Mais au moins, nous avançons.
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