Retranscription de notre interview de Vitalik Buterin

 

La 4e édition de l’EthCC, la conférence sur l’écosystème Ethereum, rassemble plus de 1500 personnes cette année à Paris. Les mois qui viennent de s’écouler pour Ethereum sont à l’image du succès de cette conférence. Le Vitalik Buterin de l’époque, en 2015, avait-il imaginé un tel succès pour sa création ?

Non, je ne pouvais pas l’imaginer. La communauté d’Ethereum a grandi très vite. Quand j’ai commencé le projet, en 2013, j’imaginais m’y consacrer une année ou deux avant de retourner à l’université. Mais Ethereum est devenu un projet très grand. Je me souviens du premier Devcon (une conférence de développeurs, ndlr) à Berlin en 2014 où nous n’étions qu’une cinquantaine.

Aujourd’hui, l’évènement rassemble 5 000 personnes comme beaucoup d’autres conférences de ce style dans le monde, dont l'EthCC. La communauté française d’Ethereum est d’ailleurs très grande. Et dans le monde entier, les communautés se sont bien développées.

 

Ces salons sont une occasion de rencontrer les équipes des projets qui font Ethereum. Quel rapport entretenez-vous avec ces derniers ?

Je discute avec beaucoup d’équipes, notamment celles présentes dans cette conférence ; Stani d’Aave, l’équipe de Status, Swarm, 1Inch… [Regarde les logos des entreprises présentes à la conférence, ndlr].

Je connais également Sergey Nazarov, le fondateur de Chainlink. À l’époque, son projet était petit et il venait à des workshops pour discuter des problèmes de la technologie. Mais il y a aussi beaucoup de nouveaux projets que je ne connais pas ; c’est une preuve que l’écosystème est devenu très grand !

 

Vous avez pris la parole sur la grande scène de l’Ethcc afin d’impulser une nouvelle dynamique pour Ethereum dans les mois à venir. Sur quelles thématiques l’écosystème doit-il se concentrer ?

Je pense qu’il est temps d’aller au-delà des applications de la finance. Il y a beaucoup de projets DeFi sur Ethereum, mais on peut aussi avancer sur d'autres projets : les réseaux sociaux décentralisés, les ENS, les NFTs, ou encore les identités décentralisées. Pour faire ces projets, il faut résoudre les problèmes liées à la scalabilité du réseau (sa capacité à traiter de plus en plus de transactions, ndlr.)

Pour faire une transaction sur le réseau, il faut payer entre 5€ et 10€ de frais. Si c’est dommageable, mais fonctionnel pour les applications de la finance décentralisée, ça ne fonctionnera pas pour les projets de type réseaux sociaux ou les NFTs.

Nous résolvons actuellement ces problèmes avec les rollup et autres solutions de Layer 2. Il faut se rappeler qu'en en 2018, le sharding (une des solutions de passage à l'échelle du réseau, ndlr) n’était qu’une idée ; dans quelques mois il y aura un testnet opérationnel. Une fois que ces solutions seront installées, Ethereum pourra traiter beaucoup plus de transactions. Il me semble donc pertinent de commencer à travailler sur ces thématiques.

 

Ce jeudi 5 août donne le top départ de l’EIP-1559. Êtes-vous confiant pour son lancement ?

Je suis très confiant. C’est un projet sur lequel on travaille depuis 4 ans avec une grande équipe. C’est une chose très importante pour l’écosystème.

 

Que répondez-vous aux détracteurs d’Ethereum qui l’accuse d’être trop centralisé aujourd’hui ? Est-ce que cette centralisation peut être dangereuse dans un monde où Ethereum 2.0 deviendra la norme ?

Je ne pense pas que cela soit un grand problème si les nœuds sont utilisés par les utilisateurs eux-mêmes. Mais cela pourrait le devenir si beaucoup de validateurs utilisent les services cloud d’Amazon AWS ou Google. Nous avons réfléchi à cette problématique ; si un validateur est le seul à rencontrer un problème, il perdra peu d’Ethers. Mais si ce validateur a un souci en même temps que beaucoup d’autres, ils perdront davantage d’Ethers.

C’est une solution que nous avons imaginée contre la centralisation. Si beaucoup de validateurs utilisent déjà les services de cloud d’Amazon AWS, les nouveaux ne devront pas mettre le leur sur le même service, afin de ne pas rencontrer de souci en même temps que les autres être lourdement pénalisés. Il faudra alors héberger son propre noeud, ou s’orienter vers un autre service de cloud.

Le combat contre la centralisation est quotidien. Il existe notamment d’autres soucis, liés à la forte utilisation du service Infura notamment (un outil de développement sur Ethereum, ndlr.). Si ce dernier tombe en panne, c’est un souci. Pour tenter de résoudre ce problème, nous essayons de rendre le protocole le plus simple possible pour ne plus passer par ce type d’intermédiaires à l’avenir.

Si le format audio vous intéresse, retrouvez notre interview de Vitalik Buterin, exceptionnellement en français, sur notre chaîne YouTube :

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A propos de l'auteur : Valentin Demé

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Passionné par la technologie Blockchain et les crypto monnaies, je suis la voix du podcast de Cryptoast. J'écris également beaucoup sur les sujets DeFi.
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