L'émergence de l'Internet de la valeur grâce à la blockchain et aux crypto-actifs

« La révolution des crypto-actifs concrétise l'émergence d'un nouvel Internet : un Internet de la valeur ». Première phrase du rapport rédigé par Blockchain Partner by KPMG, elle résume à elle seule l'apport de la blockchain pour nos sociétés. Bien qu'ils ne soient pas la seule application de la blockchain, les crypto-actifs en sont l'étendard en étant à la fois l'application la plus ancienne, la plus avancée et la plus médiatisée.

Pourtant, les crypto-actifs souffrent, encore aujourd'hui, d'une image dégradée par certains médias ou institutions qui redoutent leur émergence. Malgré cette méfiance, souvent injustifiée, les actifs numériques sont un sujet stratégique comme le rappelle l'avant-propos du rapport. En outre, l'année 2020 fut une année charnière avec le 3e halving de la blockchain bitcoin, l'explosion de la finance décentralisée (DeFi) et la remontée des cours, le tout saupoudré par la crise provoquée par le Covid-19. Surtout, l'année 2020 a vu l'arrivée des institutionnels dans le secteur des crypto-monnaies

Le rapport en question tombe donc à pic et son objectif principal est de révéler « toute la richesse des différents outils et technologies constitutifs du nouvel univers des cryptomonnaies ». Cet article a vocation à résumer de manière succincte le rapport.

Le bitcoin : la révolution toujours en marche

La révolution classique : le bitcoin en tant que monnaie et réserve de valeur

Tout d'abord, le rapport a rappelé les essentiels de la blockchain bitcoin. Ses caractéristiques lui permettent notamment d'être un actif anti-inflation. Dans ces certains pays, il peut se substituer à des monnaies nationales en dévaluation constante. La consécration ultime de cette institutionnalisation est venue du Salvador qui, le 9 juin 2021, a fait du bitcoin une monnaie ayant cours légal, aux côtés du dollar américain, le Salvador n'ayant plus de monnaie nationale depuis 2000.

En plus d'être un actif anti-inflation, le bitcoin est une véritable réserve de valeur, au même titre que l'or. Cette comparaison avec le métal jaune ne date pas d'hier et le rapport énumère un à un les arguments au soutien de cette théorie. Les auteurs expliquent aussi en quoi le bitcoin serait une meilleure réserve de valeur que l'or, en particulier grâce à une meilleure divisibilité, accessibilité et conservation. On ne peut être qu'en accord avec cette démonstration puisqu'il est nettement plus facile de posséder du bitcoin que de l'or physique.

Toutefois, nous pensons que l'or conserve l'aura d'un actif multimillénaire, dans lequel tout le monde a confiance et qui a longtemps servi d'actif sous-jacent à la monnaie fiduciaire. L'or sert également à enrichir certains objets de la vie quotidienne comme les bijoux. Bien qu'il en prenne le chemin, le bitcoin a encore du chemin à faire pour arriver à convaincre autant que l'or.

La révolution moderne : l'adoption par les institutionnels et les nouveaux applicatifs

La décennie 2010 aura été celle du bitcoin des particuliers. Et si la décennie 2020 était celle des institutionnels ? Difficile de prédire l'avenir, mais une chose est sûre, l'institutionnalisation du bitcoin est en marche. De MicroStrategy à Tesla, en passant par Square et PayPal, toutes ces grandes entreprises ont, à leur manière, ouvert leur trésorerie au bitcoin dans un objectif de diversification et de réserve de valeur.

En outre, le rapport nous apprend que l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC), l'ACPR américain chargé de surveiller l'activité du secteur bancaire, a pour objectif de donner des licences bancaires aux banques décentralisées, tout en croyant à l'immense potentiel de la DeFi. Si le rapport présente très bien les apports de cette institutionnalisation, nous ajouterons que le bitcoin va devoir éviter les pièges tendus par cette dernière. En effet, certains de ces institutionnels vont vouloir obtenir la mainmise sur le marché des cryptomonnaies. On le voit déjà avec la folie engendrée par chaque tweet important d'Elon Musk.

Enfin, côté technique, le rapport résume en une petite page les nouveaux applicatifs du bitcoin (Lightning Network, RGB...), qui lui permettent d'ajouter de la valeur qu'il n'y a pas lieu de détailler ici.

La présence des monnaies fiduciaires sur la blockchain

Le rôle clé des stablecoins

Le second chapitre du rapport est consacré aux stablecoins et MNBC. Voilà un acronyme que vous découvrez peut-être ! Il s'agit des monnaies numériques de banques centrales, la traduction française des CBDC (central bank digital currencies).

Selon les auteurs, les stablecoins présentent un double avantage : exposer à la blockchain ceux dont la volatilité des crypto-actifs classiques fait fuir, utiliser un actif présentant des avantages similaires à celui d'autres crypto-actifs. L'exemple donné est la possibilité d'instaurer des logiques d'automatisation à travers les smart contracts. Des choses que nos lecteurs les plus assidus connaissent déjà. Ainsi, l'existence des stablecoins a, selon le rapport, conditionné l'arrivée des institutionnels dans le monde des crypto monnaies.

Les bénéfices apportés par les stablecoins

Du point de la finance traditionnelle voire de l'État, les stablecoins permettent de réaliser un meilleur audit des transactions. En effet, si la blockchain est publique, tout un chacun peut avoir accès à l'ensemble des transactions. Toutefois, pour certains, un audit peut ici être synonyme de surveillance. Il est en effet bien plus facile de tracer nos transactions en stablecoins qu'en cash…

Côté technique, le rapport souligne très justement l'interopérabilité des stablecoins avec d'autres actifs sur une même infrastructure, prenant l'exemple des NFTs avec Sorare.

Quand la politique et les banques s'en mêlent : de Libra/Diem aux MNBC

Le rapport différencie très justement les stablecoins répondant aux principes classiques de la blockchain des « faux » stablecoins. L'exemple topique est celui du projet Libra, renommé Diem, notamment lancé par Facebook pour, officiellement, permettre à certaines populations de ne pas subir la dévaluation de leur monnaie nationale et l'inflation. Ce que fait le bitcoin au Salvador en somme…

Diem est une cryptomonnaie centralisée, reposant sur une blockchain privée et potentiellement dépendante de certaines institutions. En un mot, tout l'inverse des crypto-actifs classiques ! S'apparentant à une monnaie privée numérique, Diem est aussi dans le collimateur des États qui ont réagi avec les projets de MNBC.

Une MNBC est tout simplement la blockchainisation d'une monnaie fiduciaire. Par exemple, un éventuel e-euro créé par la Banque centrale européenne (BCE) serait une MNBC.  Sur le principe, peu de différences avec le Diem, avec en plus le fait que tout soit centralisé par le système financier actuel. Une donnée que n'a pas manquée le rapport en relevant que cela engendrerait pour un citoyen de « donner le contrôle total sur sa liberté financière à une banque centrale ».

L'avantage des MNBC sera d'optimiser le système financier. Mais, ne voulant pas donner le beau rôle aux banques centrales, le rapport est très critique sur les MNBC. Pour les auteurs, « plutôt que de chercher à adapter leur infrastructure et leur monnaie à l'internet de la valeur, elles cherchent à s'approprier la technologie pour la centraliser » en faisant un parallèle avec la France et son Minitel face à internet. Un sentiment que nous partageons.

Les États-Unis sont un cas à part et préfèrent, pour l'instant, appuyer l'innovation en soutenant, de manière plutôt indirecte, les stablecoins adossés au dollar (USD Coin, Tether, BUSD...). Toutefois, ce que ne précise pas l'article, c'est que les Américains n'ont pas d'intérêt à aller à l'encontre des stablecoins puisque 99 % de ces derniers sont adossés au dollar américain !

Les apports de la DeFi et de la tokénisation des actifs

Le rapport consacre un long développement à la DeFi, développement sur lequel nous n'allons pas revenir. Il en donne les bénéfices, notamment celui de la rapidité. Une ouverture de compte peut par exemple se faire en quelques secondes contre quelques heures avec une fintech et quelques jours avec une banque classique. Mais, comme vous le savez probablement, il y a bien d'autres bénéfices (ouverte à tous, transparence, nativement numérique...).

En somme, le rapport a peu d'intérêt pour les connaisseurs de la DeFi parce qu'il s'adresse en priorité à des novices en la matière. En revanche, il est plus intéressant sur le système hybride entre la finance traditionnelle (TradFi) et la DeFi. L'objectif est alors d'adapter les principes de la DeFi à la finance traditionnelle pour en corriger certains défauts. Bien entendu, un tel projet supposerait d'utiliser le KYC, tout le contraire de la DeFi à l'heure actuelle (mais peut-être plus pour longtemps).

Cette hybridation serait notamment utile pour la tokénisation des actifs. Cela permettrait de « rendre les actifs plus liquides, de créer un marché secondaire accessible pour les actifs non cotés et de bénéficier d'applications tierces sur lesquelles le jeton peut circuler ». Le rapport prend l'exemple d'un bien immobilier que l'on peut aisément tokéniser sous forme de jetons.

Le Web 3, le futur d'internet ?

Les auteurs du rapport s'essaient à imaginer l'avenir d'internet dans lequel la blockchain aurait toute sa place. Pour faire simple, ils opposent le Web 2.0, celui de la centralisation au travers de plateformes (les GAFAM pour ne pas les citer) et le Web 3, celui de la décentralisation. Ce Web 3 serait « l'étape finale dans l'évolution de l'internet des contenus » : ère de la distribution (Google), ère de l'abonnement (Spotify, Netflix) et future ère de la possession (rémunération, NFT).

Les principaux apports du Web 3 face au Web 2.0

Le Web 3 serait profitable en priorité aux utilisateurs, notamment en ce qui concerne la gestion et le stockage des données personnelles. Pour ce faire, l'infrastructure du Web 3 devra être fiable et sécurisée. Surtout, la souveraineté des données personnelles et l'identité numérique reposeraient désormais sur les utilisateurs eux-mêmes.

Exemple topique du Web 3, le protocole décentralisé IPFS censé remplacer le HTTPS. Avec ce protocole, il serait possible « d'accéder à du contenu uniquement grâce à un identifiant unique attribué à chaque donnée » et tout échange de contenu se ferait de pair-à-pair. Ainsi, plus besoin d'un email type Gmail pour transférer du contenu d'une personne A à une personne B.

La protection des données personnelles, l'enjeu crucial du Web 3

Système anticensure et protecteur de la vie privée, le Web 3 se verrait le chantre de la protection des données personnelles. L'idée serait alors de proposer « un modèle alternatif à l'authentification centralisée : la Self Sovereign Identity (SSI) ». Elle permettrait de « conférer une plus grande maîtrise de son identité numérique » grâce à une technologie comme Zero Knowledge Proof (ZKP).

L'objectif de cet article n'est pas de présenter en détail le ZKP. Retenez simplement qu'il met l'accent sur la preuve de la possession des données personnelles plutôt que le partage de ces dernières.

👉 Pour aller plus loin : Blockchain et RGPD : une cohabitation en question

Conclusion

Après lecture des 68 pages de ce rapport, on peut rester sur sa faim si l'on est fin connaisseur du secteur. On n'y apprend pas grand-chose que l'on ne sait pas déjà. Mais c'est l'objectif de départ dudit rapport : destiné aux novices, il se propose de reprendre en détail les principes de base et donne les perspectives permises par ces principes.

Sur le fonds, nous partageons tout ce qui est abordé dans ce rapport, de l'apport du bitcoin à la critique des MNBC, en passant par les promesses de la DeFi. On reste en revanche plus dubitatif sur le Web 3 qui semble parfait sur le papier. Or, on sait que dans ce monde, la perfection n'existe que sur papier. Tim Berners-Lee, le créateur du World Wide Web, n'avait jamais prévu les GAFAM et Satoshi Nakamoto n'avait jamais prévu la spéculation actuelle sur le bitcoin. Les belles idées sont donc souvent dénaturées de leur principe… mais nous espérons nous tromper sur ce point !

👉 Sur le même thème – Blockchain et identification numérique – Une révolution en marche pour la France ?

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A propos de l'auteur : Benjamin Allouch

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Juriste spécialisé en droit du numérique et des données personnelles. Il s’est très vite intéressé au bitcoin et à la technologie blockchain, et a fondé le blog bitcoin-blockchain.fr. Il s’intéresse à l’émergence du droit de la blockchain et aux conséquences juridiques de cette technologie.
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