Fin de l’hégémonie du dollar : quels sont les risques et les opportunités ?

Les économistes le disent et le répètent : l’hégémonie du dollar va devenir une figure du passé. Le changement de statut de la monnaie de la plus grosse économie mondiale se fera progressivement, mais les transformations engendrées n'en seront pas moins profondes. Est-ce la catastrophe annoncée par certains, ou une opportunité pour des économies en devenir ? On fait le point sur ce sujet.

Fin de l’hégémonie du dollar : quels sont les risques et les opportunités ?

L’hégémonie historique du dollar américain

L’hégémonie du dollar est telle qu’on oublie souvent qu’elle est (relativement) récente. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, c’était plutôt la livre britannique (GBP) qui était dominante. Par ailleurs, d’autres monnaies ont historiquement eu des périodes d’influence marquées – dont le franc français au XIXe siècle. Mais les accords de Bretton Woods tenus en 1944, au sortir du conflit mondial, viennent drastiquement changer la donne.

Le système monétaire mondial s’organise alors autour du dollar américain, et la tendance va durer. Jusqu’à notre époque, l’hégémonie du dollar américain n’a jamais été remise en question, et elle a été renforcée à mesure que des pays variés ont adopté la devise, considérée comme plus stable que leur devise native.

Mais cela serait-il simplement le signe d’une stabilité géopolitique, plutôt que des vertus intrinsèques du dollar ? Oui, selon un rapport de la Banque de France paru à l’été 2022. Il avance que les siècles précédents ont vu une plus grande diversité des monnaies dominantes… Mais aussi plus de conflits :

« Une plus grande concentration de la dominance monétaire est en effet négativement corrélée à la prévalence de crises financières durant deux siècles. »

Ce que cela veut aussi dire, c’est que la remise en question du statut du dollar américain serait donc liée à des crises politiques et financières, ou tout du moins à plus d’instabilité.

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Une influence qui a commencé à se dissiper

En effet, bien que le statut du roi dollar ait déjà commencé à être questionné, tout s’est accéléré depuis le début de la guerre en Ukraine. Les sanctions internationales qui pèsent sur la Russie – et qui ont été portées particulièrement fermement par les États-Unis – ont eu un effet déclencheur. Les moyennes et grandes économies du monde ont semble-t-il pris conscience de la nécessité de construire des systèmes non atteignables par les États-Unis. C’est-à-dire existant en dehors du système SWIFT notamment. Et cela passe aussi bien sûr par une diminution du recours au dollar.

Déjà, plusieurs régions du monde on affirmé leur intention de se détacher du dollar. À commencer par la colossale économie chinoise, qui a pris un peu d’avance. Pékin mise gros sur sa monnaie numérique de banque centrale (MNBC), et sur une réduction de l’influence du dollar. Les pays anciennement émergents, qui pèsent de plus en plus sur l’économie mondiale, se sont par ailleurs réunis pour discuter spécifiquement des moyens de s’éloigner de la monnaie étatsunienne.

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Un monde « multipôlaire » ?

L’on parle en effet de plus en plus des « BRICS », c’est-à-dire un groupement de pays dont l’économie est maintenant suffisamment développée pour agir en contrepoint de celle des États-Unis. Le groupe rassemble le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Dès 2019, ils avaient envisagé l’élaboration d’une monnaie commune.

On l’a vu, la Russie a un intérêt particulier à se détacher du dollar, car elle fait l’objet de lourdes sanctions internationales. Elle s’est par ailleurs associée au Venezuela, afin de trouver des alternatives au système SWIFT. À ce sujet, le président de ce pays d’Amérique latine affirmait récemment que l’abandon progressif du dollar était désormais « inévitable ».

De leur côté, les pays d’Asie du Sud-Est ont affirmé une volonté similaire en avril dernier. Ils ont expliqué vouloir s’éloigner à la fois du dollar et de l’euro, afin de ne pas courir le risque d’être sanctionnés économiquement, mais aussi pour améliorer la résilience de leurs économies. Et en Afrique aussi, des solutions émergent. Au Zimbabwe, une nouvelle monnaie numérique adossée à l’or vise elle aussi spécifiquement à diminuer le recours aux dollars américains.

De semaine en semaine, les déclarations de dirigeants et hauts placés de ces pays se multiplient donc pour faire passer le message : le monde va se « dé-dollariser » progressivement. Et cela suscite bien sûr des inquiétudes du côté occidental.

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Une redistribution bienvenue ou un risque pour l’économie mondiale ?

Les banques centrales mondiales ont montré des signes de nervosité en ce qui concerne le statut de l’USD. En début d’année, six d’entre elles ont lancé une action coordonnée pour soutenir le dollar. Par ailleurs, plusieurs économistes et autres commentateurs occidentaux ont ces derniers mois alerté sur les dangers d’une réduction de l’influence de la monnaie des États-Unis.

C’est le cas du prix Nobel d’Économie Paul Krugman, qui a récemment alerté sur la « dé-dollarisation » du monde. Il estime que le problème, c’est que le monde s’est organisé autour d’une monnaie dominante – dollar ou autre. Réduire le recours à cette dernière pourrait donc créer d’importants blocages de liquidité :

« Le risque d’un point de vue de défaut de dette, ça n’est pas qu’une autre devise prenne la place clé qui est actuellement occupée par les titres financiers réglés en dollar. Le risque, c’est qu’aucune devise ne sera disponible pour prendre sa place, et donc que les marchés financiers pourront être perturbés par le manque d’accès à un actif sécurisé et liquide. »

Une analyse partagée par l’Institut américain pour la recherche économique, qui affirmait dans une publication récente qu’il ne s’agit pas d’un simple remplacement :

« Remplacer simplement la devise fiduciaire de la plus grande économie mondiale par la ou les devise(s) fiduciaire(s) d’économies plus réduites n’est pas une stratégie viable. »

Le rapport note par ailleurs que le dollar est la monnaie non pas officielle mais de facto courante dans divers pays, dont le Salvador, le Panama ou encore le Zimbabwe. Par ailleurs, 22 banques centrales mondiales ont adossé leurs monnaies au dollar. Une réduction de l’importance de cette monnaie pourrait donc aussi déstabiliser ces pays, par ricochet.

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Pour d’autres régions, une opportunité plutôt qu’un risque ?

Ces analyses, souvent occidentales, sont cependant contrebalancées par les attitudes des pays qui souhaitent se détacher du dollar, et qui voient là une vraie opportunité pour rebattre les cartes. Car il faut rappeler que dans les faits, le dollar a dû être manuellement soutenu par les banques centrales : la déstabilisation existe donc déjà. Un système qui repose sur la confiance – c’est le cas de toutes les monnaies – ne peut en effet pas survivre à des remises en question fortes.

Il est alors possible d’envisager des effets positifs à cette « dé-dollarisation ». D’une part, elle décentralise le pouvoir économique et financier mondial. La centralisation étatsunienne donne en effet un poids conséquent au gouvernement américain sur les autres gouvernements mondiaux. C’est donc un enjeu global qui va au-delà de la finance, et qui permettrait de réduire le statut de « gendarme du monde » des États-Unis.

De l’autre, la dé-dollarisation peut laisser de la place pour de nouveaux systèmes financiers… Dont ceux reposant sur des technologies novatrices, y compris les cryptomonnaies. À l’heure où la majorité des banques centrales ont fait le choix de la blockchain pour créer leurs monnaies numériques (MNBC), on voit que le changement est autant idéologique que technologique.

Les partisans d’une dé-dollarisation y voient donc un avantage pour redistribuer le pouvoir financier, et mettre également en question la place prépondérante occupée par les banques. Cela bénéficiera-t-il aux cryptomonnaies ? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais il s’agit évidemment des portes de sortie envisagées par un nombre grandissant de personnes.

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Sources : Banque de France, Paul Krugman via Twitter, Institut américain pour la recherche économique

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