La Chine, véritable terre d'accueil de la blockchain ?

La Chine ne cache pas son intérêt grandissant pour la blockchain. Depuis quelques années, le gouvernement chinois, mené par Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste, encourage les entreprises du pays à tout miser sur la chaîne de blocs.

Pour Pékin, la blockchain est même l'un des piliers de la quatrième révolution industrielle aux côtés de l’intelligence artificielle et l’Internet des objets (IoT). Grâce à ces technologies en plein boum, la Chine cherche à prendre le pas sur les États-Unis.

Sous l'impulsion du gouvernement, de nombreuses entreprises blockchain ont vu le jour en Chine au cours des dernières années. En 2020, plus de 10 000 entreprises spécialisées dans la blockchain sont d'ailleurs apparues en République Populaire.

Actuellement, on trouve un total de 84 410 entreprises basées sur la chaîne de blocs dans le pays. Cette augmentation s'accompagne d'une hausse des brevets liés à la blockchain déposés en Chine. D'après un rapport d'Astamuse, 60% des brevets liés à la blockchain dans le monde proviennent d'ailleurs de la Chine, avec une domination locale de Tencent et d'Alibaba.

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La Chine développe une blockchain privée et centralisée pour améliorer ses services sociaux

Surtout, la Chine ambitionne de s'appuyer sur la blockchain pour améliorer les services administratifs de l'État destinés à régir la vie des citoyens. Ce projet s'intitule le « Blockchain Service Network ».

Dans cette optique, plus de 140 agences gouvernementales basées dans la capitale utilisent déjà cette blockchain pour optimiser leur fonctionnement, assurait Pékin en août 2020.

L'ambition finale de la Chine est de mettre en place une blockchain privée et centralisée qui recense tout l'historique et toutes les données disponibles sur un ressortissant chinois.

Application Sesame Credit L'application Sesame Credit, ancêtre du crédit social chinois

 

En se basant sur cette blockchain privée, le Parti Communiste ambitionne de sécuriser son inquiétant système de crédit social. Concrètement, ce système attribue à chaque citoyen une série de points en fonction de leurs actions, de leurs revenus (revenus, achats, factures impayées) et de leurs parcours.

Si un individu accumule plusieurs bonnes actions (comme des activités communautaires ou des services rendus à la collectivité), son nombre de points augmentera. Il pourra alors profiter de certains privilèges et récompenses : réduction sur les factures d'eau ou d'énergie, des facilités de paiement ou de réservations d'hôtel.

Par contre, si un individu enchaîne les mauvaises actions (ivresse sur la voie publique, impolitesse, non-respect du code la route ou dettes impayées notamment), il perdra des points. Le gouvernement appliquera alors des sanctions.

Le citoyen sanctionné ne pourra plus voyager en train ou en avion, ne pourra plus obtenir de prêts, trouver une garderie pour ses enfants ou louer quoi que ce soit (appartement, voiture...). Actuellement proposé sur la base du volontariat, ce système de crédit social sera peu à peu imposé à toute la population chinoise.

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Les avantages de la blockchain pour les services sociaux 

Cette base de données sécurisée sera accessible à toutes les administrations chinoises. La technologie blockchain garantira aux autorités que toutes les informations sont exactes, mises à jour en temps réel et infalsifiables. Ce registre est appelé à servir de passerelle entre les administrations régionales et les administrations nationales.

Dans un premier temps, la blockchain déployée par le gouvernement chinois va permettre de lutter efficacement contre la fraude sociale. Dans un pays où toutes les actions d'un citoyen sont consignées, étiquetées et classées dans un livre numérique, les tentatives de fraude seront rapidement déjouées.

De la même manière, le monde de l'agroalimentaire utilise la blockchain pour améliorer la traçabilité de leurs produits. Même son de cloche sur le marché de l'Art où artistes et collectionneurs s'appuient sur cette technologie pour consigner des informations cruciales sur les œuvres.

« La technologie blockchain peut protéger les données sensibles ou les informations confidentielles et permettre un partage et une circulation horizontale des données avec la garantie que les informations n'ont pas été falsifiées, » met en avant Pékin.

De plus, la mise en place d'une blockchain d'État promet d'accélérer tous les processus administratifs. Imaginez : une administration A n'aura plus besoin d'attendre que l'attestation délivrée par une administration B parvienne au bureau C.

Toutes les informations nécessaires au bon fonctionnement des services sociaux seront accessibles dans une même base de données. L'accélération des processus administratifs est une amélioration indispensable pour les citoyens, surtout ceux qui dépendent des allocations versées par l'État pour survivre.

Yuan numérique

D'ailleurs, la mise en place du yuan numérique chinois devrait in fine accélérer les versements des allocations et autres prestations sociales. Couplé à la blockchain développée par Pékin, le yuan chinois va fluidifier les interactions entre le citoyen chinois et les administrations. Depuis le mois de mai 2020, la Chine propose d'ailleurs déjà de rémunérer ses fonctionnaires avec le crypto-yuan. Dans les années à venir, son utilisation va se généraliser à tous les niveaux.

D'après un rapport de 145 pages publié par le gouvernement chinois en juillet dernier, la blockchain mise en place a déjà fait ses preuves du côté de ses services sociaux. Tout d'abord, la base de données a permis de réduire de 40% les coûts associés aux services sociaux de la ville de Pékin. Selon le rapport, la blockchain a surtout réduit les coûts de transfert et de stockage de données entre les divers bureaux administratifs. Pour optimiser les échanges de données, le gouvernement s'est notamment appuyé sur les smart contracts ou contrats intelligents.

Pour entrer en contact avec n'importe quel service social de la capitale, les résidents de Pékin doivent communiquer leur identité numérique enregistrée sur la blockchain. Cette identité en ligne contient toutes les informations nécessaires au bon déroulement d'une demande administrative. Cette identité numérique va plus loin que le projet d'identité numérique porté par le programme France Identité Numérique. Grâce à la technologie du protocole Bitcoin, toutes les données qui constituent cette identité sont mises à jour en temps réel, croisées avec d'autres départements et services et sont garanties authentiques.

De même, la quantité de données recensées est bien plus importante dans le cadre du système chinois. En effet, les données reçues par les services sont notamment croisées avec les algorithmes de reconnaissance faciale qui équipent les caméras disséminées dans la ville ou encore avec les banques.

Faut-il s'inspirer de la Chine et de sa blockchain ?

Évidemment, on ne souhaite pas que les pays occidentaux s'inspirent intégralement de l'exemple de la Chine en matière de blockchain. En effet, l'initiative du gouvernement chinois pervertit complètement les attributs originaux de la blockchain, comme la décentralisation et l'absence d'autorité de contrôle. À l'opposé, la blockchain déployée en Chine est sous le contrôle total du Parti communiste.

Symbole de la philosophie autoritaire, un haut fonctionnaire chinois estimait d'ailleurs que « l’essence de la blockchain est la "désintermédiation". Il n’y a aucun moyen de se débarrasser du centre, » rapporte le site Usbek et Rica. Enfin, les informations contenues dans le registre ne sont pas accessibles au grand public. Elles sont uniquement consultables par les autorités. Sans surprise, la dictature chinoise se réserve donc l'accès total à l'information.

Le « Blockchain Service Network » a d'ailleurs rapidement suscité les craintes des experts et des défenseurs des droits de l'Homme. Dans une étude publiée en 2018, le Dr Arthi Manohar, chercheur à l'université de Northumbria, estime ainsi que la blockchain est un « outil de surveillance de masse » entre les mains de la Chine.

Dans une interview accordée à nos confrères de Blocs, Frank Braun, célèbre figure du crypto-anarchisme met lui aussi en garde contre les dérives totalitaires de la blockchain.

« Si vous combinez une blockchain d’identification avec une blockchain de paiement, une blockchain de propriété de voiture, une blockchain de suivi de vaccination, etc [...] Vous vous retrouvez dans une situation où chaque humain et toutes ses actions sont stockées de manière permanente et publique. Les humains sont finalement étiquetés et surveillés comme du bétail, » regrette Frank Braun.

Néanmoins, la blockchain peut effectivement permettre aux gouvernements de transformer le fonctionnement de leurs services sociaux, trop souvent embourbés dans un labyrinthe de bureaucratie.

Pour éviter les dérives liberticides, les gouvernements doivent respecter les caractéristiques initiales de cette technologie. Plutôt qu'une blockchain privée et centralisée, on souhaitera donc la création d'un registre décentralisé, public et respectueux de la vie privée des citoyens.

« La mise en œuvre d'une blockchain privée signifie que l'efficacité est votre objectif principal, pas la décentralisation. Mais si vos objectifs sont la décentralisation, l'interopérabilité et une sécurité indépendante du pouvoir, mettre en place une blockchain publique est bien plus important, » souligne Brian Forde, maître de conférence spécialisé sur la blockchain au MIT et ancien conseiller en nouvelles technologies de la Maison-Blanche lors d'une interview.

 

On espère que ce dossier consacré à la blockchain et son impact sur les services sociaux chinois vous a intéressé. Si une erreur s'est glissée dans ce dossier malgré notre vigilance, ou si vous avez une réflexion à ajouter sur le sujet, on vous invite à nous en faire part dans les commentaires ci-dessous.

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A propos de l'auteur : Florian Bayard

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