Sans confidentialité, l'euro numérique est voué à l'échec, prévient la CNIL
La BCE prépare l'euro numérique pour 2029, une monnaie publique dématérialisée censée remplacer le cash dans nos usages quotidiens. Mais entre architecture centralisée, pseudonymisation fragile et plafonds encore indéfinis, la bataille pour la confidentialité est loin d'être gagnée.
Une motivation politique : Souveraineté monétaire, résilience et vie privée
Le 13 mai 2026, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a publié, en collaboration avec son homologue allemand (le BfDI), un billet de blog dans lequel elle dresse un état des lieux de la confidentialité sur l'euro numérique.
Lancé à la fin de l'année 2020, l'euro numérique est d'abord et avant tout un projet politique. Dans un contexte géopolitique instable dans lequel les intérêts prennent le pas sur les alliances, la zone euro souhaite se doter d'une infrastructure de paiement entièrement européenne.
Ce projet vise également à préserver la position des banques européennes. La montée en puissance des stablecoins (majoritairement adossés au dollar) constitue un risque pour la politique monétaire de la BCE et le statut international de l'euro.
Enfin, comme le rappelle la CNIL : les dépôts bancaires sont un instrument monétaire privé qui dépend entièrement de la solvabilité de l'établissement financier. Ainsi, dans une économie qui se numérise, il n'est plus soutenable que les espèces constituent le seul moyen d'accéder au seul actif considéré comme un bien public (la monnaie de banque centrale).
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La BCE le clame haut et fort, l'objectif politique de l'euro numérique est d'être un équivalent des espèces. Mais pour se faire, comme le rappelle la CNIL dans son post, ce dernier doit respecter les mêmes propriétés de confidentialité que la monnaie fiduciaire.
Comme le montre l'étude SPACE de la BCE, en 2024, environ 62 % des Européens estiment qu'il est important d'avoir la possibilité de payer en espèces. Une seconde étude réalisée en 2025 montre que 81 % des adultes interrogés sont préoccupés par des atteintes à la vie privée.
Ainsi, les autorités chargées de la protection des données sont formelles : « la réussite de l'euro numérique en tant que forme de monnaie numérique, tant pour les citoyens que pour les acteurs économiques, dépendra de sa confidentialité ».
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Une architecture qui doit être techniquement centrée sur la confidentialité dès la conception
L'euro numérique fonctionnera selon 2 modes bien distincts. Le premier mode « en ligne » repose sur une infrastructure centralisée gérée par les banques centrales. Cela signifie que chaque transaction est enregistrée sur une blockchain et visible par les intermédiaires.
Avec cette approche, le risque réside dans la constitution d'un réservoir unique d'informations à forte valeur ajoutée. Ce dernier constituant une cible idéale pour les cyberattaques, les demandes d'accès gouvernementales et les détournements commerciaux.
Pour limiter les dégâts, le Comité européen de la protection des données (CEPD) a recommandé l'adoption d'un « seuil de confidentialité » pour les transactions de faible valeur.
Le second mode « hors ligne » offre en théorie une confidentialité proche du cash puisque les fonds sont stockés sur un cold wallet. Toutefois, il faut noter qu'un plafond de détention et de paiement seront mis en place afin de limiter l'impact sur la liquidité et la rentabilité des banques.
Pour que l'euro numérique honore sa promesse, la CNIL souhaite que le plafond de paiement en mode « hors ligne » se calque aux 1 000 euros actuellement autorisés avec les paiements en espèces. Difficile de prétendre remplacer le cash en faisant moins bien que lui...
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Par ailleurs, l'enjeu central se trouve dans la pseudonymisation des identités. Concrètement, votre banque connaît votre identité mais lorsqu'elle transmettra votre ordre à l’infrastructure centrale, ce dernier sera associé à identifiant technique anonyme.
Mais ce point de passage reste le maillon faible du système : il peut permettre de remonter jusqu’à l’émetteur du paiement. Pour limiter ce risque, les autorités recommandent des identifiants dynamiques. Reste à voir si cela est suffisant.
Vous l'avez compris, sans une approche de « privacy by design », jamais l'euro numérique ne pourra prétendre être l'équivalent numérique des espèces. Les citoyens européens ne feront confiance à ce nouvel outil que s'il respecte leur droit à la vie privée.
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