Qui est Blockstream ?

En novembre 2014, Adam BackPieter Wuille, Jonathan Wilkins, Gregory Maxwell et Matt Corallo lancent Blockstream, une entreprise entièrement dédiée au développement de Bitcoin (BTC).

Centrée sur l'innovation et sur les valeurs de Satoshi Nakamoto, créateur du BTC, la firme ambitionne de « créer l’infrastructure financière du futur » en se basant uniquement sur le protocole Bitcoin.

« Nous construisons une infrastructure crypto-financière basée sur Bitcoin, la blockchain la plus robuste et la plus sécurisée […] et nous investissons massivement dans la recherche et le développement pour renforcer l'écosystème et le protocole Bitcoin, » explique Blockstream sur son site web officiel, soulignant aussi que « le bitcoin est au coeur de tout ce que nous faisons. »

Basée au Canada, l'entreprise est financée par une vingtaine d'investisseurs réputés du secteur des cryptomonnaies, comme Blockchain Capital ou Digital Currency Group par exemple.

Actuellement, Blockstream emploie plusieurs développeurs Bitcoin, quelques cryptographes et dispose d'une dizaine de salariés éparpillés dans trois bureaux (Victoria, Montréal et Mountain View). Le Dr Adam Back, cofondateur de la firme, occupe le poste de PDG depuis 2016.

adam back blockstream

Comment Blockstream étend-il son emprise sur le Bitcoin ?

Depuis sa création en 2014, Blockstream s'est surtout focalisé sur le développement des surcouches du réseau Bitcoin. En se concentrant sur les sidechains, ces réseaux annexes à la blockchain du BTC, l'entreprise a pu mettre au point une multitude d'innovations.

Parmi les réalisations majeures de l'entreprise canadienne, citons le Lightning Network. Toujours en phase de test, cette surcouche décentralisée permet de réaliser des paiements pair-à-pair, instantanés et quasi-gratuits et résout le problème de scalabilité de Bitcoin.

Avec des firmes comme Lightning Labs et ACINQ, Blockstream est essentiel au développement du Lighting Network. Au cours des dernières années, la firme d'Adam Back a d'ailleurs développé plusieurs applications qui s'appuient sur le Lighting Network, comme Blockstream Store, une boutique en ligne qui accepte les paiements via le réseau Lightning, ou Lightning Charge, une API qui permet d'implémenter aisément le paiement Lightning sur un site web.

Surtout, l'entreprise a développé « sa propre implémentation ouverte du protocole Lightning Network, c-lightning » afin de faciliter l'utilisation du réseau par les développeurs.

En parallèle à son travail sur le Lighting Network, Blockstream a développé le Liquid Network, une sidechain de Bitcoin destinée aux exchanges de cryptomonnaies et aux acteurs financiers du secteur.

Concrètement, cette chaîne latérale permet aux gros acteurs financiers de réaliser des transferts de cryptomonnaies de façon encore plus confidentielle (les montants et le type d'actifs sont masqués) et d'émettre des actifs (« issued assets ») sur la chaîne. Contrairement à la blockchain du Bitcoin, Liquid n'est pas un réseau décentralisé : chaque transaction passe par un organe central composé d'une fédération d'acteurs concernés.

En 2019, Blockstream a aussi annoncé Blockstream Mining, une importante infrastructure de minage éparpillée entre le Québec, les États-Unis, le Canada et la Géorgie. Comme la plupart des fermes de minage, les infrastructures de Blockstream sont essentiellement alimentées par des barrages hydroélectriques. Grâce à ces fermes, l'entreprise dispose d'un total de 300 mégawatts pour miner des bitcoins.

Néanmoins, les infrastructures mises en place ne sont pas utilisées pour miner du BTC à son compte. La firme loue ses fermes de minage et des infrastructures réseau à sa clientèle, essentiellement composée d'entreprises du secteur des cryptomonnaies. À terme, l'initiative s'ouvrira aux particuliers souhaitant se lancer dans le minage sans devoir passer par d'importants investissements en matériels.

 

Enfin, Blockstream est surtout connu pour Blockstream Satellite, une initiative qui vise à émanciper le Bitcoin et la blockchain d'Internet. Depuis 2017, l'entreprise canadienne diffuse en effet la chaîne de blocs dans l'espace grâce à quatre satellites géostationnaires autour de la Terre.

Concrètement, le projet permet à n'importe qui de se connecter au réseau Bitcoin, 24 sur 24, 7 jours sur 7 et sans la moindre interruption. Les intentions de l'initiative sont louables. En diffusant la blockchain depuis l'espace, la firme émancipe le BTC des nombreux acteurs en mesure de censurer Internet, comme les gouvernements, les fournisseurs d'accès Internet ou les opérateurs de télécommunication. Dans certains pays, il n'est en effet pas rare que les autorités coupent l'accès à Internet afin d'étouffer une révolution par exemple.

« Il y a une corrélation entre les pays souffrant de problèmes d’accès au réseau Internet et ceux touchés par des problèmes de monnaies volatiles. Les gens qui ont le plus d’intérêt à avoir recours au bitcoin sont ceux qui n’ont pas d’accès stable au bitcoin, » expliquait Adam Back en 2017 lors du lancement du projet.

👉🏻 Lire également : le Bitcoin peut-il fonctionner sans Internet ?

Un danger pour la décentralisation de la mère des cryptomonnaies ?

Depuis ses débuts, Blockstream assure lutter contre la centralisation du Bitcoin. Lors du lancement de Blockstream Mining, la firme affirmait d'ailleurs avoir lancé ses fermes de minage afin de préserver la décentralisation du minage de BTC, indispensable afin de se protéger contre les attaques à 51% (double spending).

D'après une étude de TokenAnalyst publiée en avril 2020, la décentralisation du minage est en effet en péril. Les pools de mining AntPool, BTC.com, BTC.top, F2 Pool et ViaBTC détiennent à eux seuls 49,9% de la puissance du réseau. En théorie, une coalition de ces 5 groupements de mineurs pourrait in fine prendre le contrôle du réseau Bitcoin.

« Nous avons commencé nos opérations minières Bitcoin en 2017 motivés par la préoccupation généralisée quant au déclin de la décentralisation minière. À l'époque, il est apparu que les parties impliquées dans la fabrication, l'hébergement et la manufacture d'Asics devenaient une force centralisatrice et empêchaient Bitcoin d'atteindre son plein potentiel, » annonçait Blockstream en 2019.

En cherchant à contrebalancer le pouvoir détenu par les pools de mining, Blockstream concentre une partie non négligeable de la puissance du réseau. Selon Samson Mow, chef de la stratégie de Blockstream, les infrastructures de minage du groupe représentent d'ailleurs en moyenne 10% du hashrate mondial.

Néanmoins, le responsable souligne que l'essentiel de la puissance de calcul des infrastructures de Blockstream est dédiée exclusivement à ses clients. Seule une infime partie des fermes est réservée au minage de BTC en son nom propre.

« Blockstream Mining est un service d'hébergement, il rend beaucoup plus facile pour les entreprises de démarrer des opérations minières. Cela augmente le nombre de participants qui sécurisent le réseau Bitcoin - décentralisant ainsi la prise de décision - au lieu de laisser le minage à des grands acteurs établis, » fait valoir Samson Mow, estimant au contraire que Blockstream Mining permet d'accentuer la décentralisation du minage, lors d'une interview accordée à Cryptoast.

Pour rassurer ses détracteurs, Blockstream explique aussi utiliser BetterHash dans son pool minier. Ce protocole de minage permet aux mineurs de s'émanciper de l’autorité des opérateurs de pool et de contrôler les transactions à inclure et les blocs à extraire. L'utilisation de ce protocole limite le pouvoir de Blockstream, et des opérateurs de pools en général, sur les fermes de minage.

« Notre pool optionnel Blockstream Mining est basé sur le protocole BetterHash, qui permet aux mineurs individuels de contrôler totalement les transactions incluses dans les blocs, améliorant ainsi la résistance globale à la censure du réseau Bitcoin, » avance Blockstream sur son site web.

Cette précaution empêchera Blockstream d'accaparer trop de pouvoir. Cependant, le hashrate dépend malgré tout d'un seul acteur et même acteur : Blockstream. D'un point de vue purement théorique, la firme pourrait donc dicter ses conditions à ses clients et contrôler une partie conséquente du hashrate.

 

Enfin, Blockstream inquiète surtout depuis le lancement de Blockstream Satellite. En émancipant le Bitcoin d'Internet, et des acteurs en mesure de bloquer le réseau, Blockstream pourrait s'accaparer le monopole de la cryptomonnaie dans l'espace. Pour l'heure, Blockstream est en effet la seule firme qui diffuse la chaîne de blocs dans l'espace.

En cas de panne d'Internet, ou de censure, tous les utilisateurs de Bitcoin pourraient se retrouver à la merci de Blockstream, de son infrastructure et de l'équipement permettant de se connecter à celle-ci. Sur son site web, l'entreprise canadienne commercialise en effet des récepteurs satellite, entre 399,99 dollars et 899,99 dollars.

« Nous vendons maintenant des kits satellite Blockstream afin que les usagers puissent être opérationnels le plus rapidement possible, » explique Samson Mow.

Néanmoins, des tutoriels en ligne permettent de développer son propre kit satellite pour se connecter à la blockchain diffusée par Blockstream sans ces équipements. Quoi qu'il en soit, même si vous vous passez de l'équipement vendu par Blockstream, vous serez dépendant de ses satellites géostationnaires placés en orbite. In fine, Blockstream s'impose donc comme le premier « fournisseur d'accès à la blockchain dans l'espace ».

Dans le cas où le projet venait à se populariser et à rendre Internet inutile pour réaliser des transactions en bitcoins, le groupe dirigé par Adam Back pourrait obtenir le contrôle intégral du réseau. Le Bitcoin deviendrait donc dépendant des satellites de Blockstream et des investisseurs qui financent la firme. La société pourrait-elle décider de rendre son réseau satellite payant afin d'en tirer profit ? Interrogé sur le sujet, Samson Mow assure que ce n'est pas à l'ordre du jour.

« Nous ne prévoyons pas de facturer le service aux utilisateurs. Nous n'avons d'ailleurs aucun moyen d'identifier qui sont les utilisateurs de Blockstream Satellite - les émissions sont unidirectionnelles et peuvent être captées par toute personne disposant d'une antenne satellite ordinaire - nous ne pourrions même pas les faire payer si nous le voulions, » explique Samson Mow.

L'enfer est pavé de bonnes intentions. En cherchant à maintenir la décentralisation du Bitcoin, Blockstream s'est mis à concentrer un important pouvoir sur le secteur, notamment avec des innovations comme Blockstream Satellite.

Pour l'heure, les craintes formulées dans ce dossier restent évidemment au stade de la théorie. Depuis sa création, Blockstream s'est toujours montré fidèle aux valeurs originelles du Bitcoin et de Satoshi Nakamoto, comme le respect de la vie privée, l'indépendance et la décentralisation des pouvoirs.

La réponse de Blockstream

Pour obtenir l'avis de Blockstream sur le sujet, nous avons contacté Samson Mow, chef de la stratégie de Blockstream. Pour faire taire les détracteurs de Blockstream, le directeur stratégique de la firme rappelle d'abord que la plupart des technologies développées par le groupe sont proposées en open source.

« Nous fournissons la grande majorité de nos logiciels en open source, gratuits afin que quiconque puisse s'en servir, les utiliser ou les modifier. Une seule entité ne peut pas 'décentraliser' Bitcoin. C’est le travail de nombreuses personnes et entreprises de contribuer et de travailler ensemble, c’est ce que nous constatons actuellement, » explique Samson Mow.

Enfin, Samson Mow assure que seule « une minorité de bitcoiners très bruyants » sont vraiment inquiets de l'omniprésence de la firme sur le secteur. Et vous ? Que pensez-vous de l'omniprésence de Blockstream dans le domaine ? On attend votre avis dans les commentaires ci-dessous.

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A propos de l'auteur : Florian Bayard

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Je suis ici pour raconter des choses parfois compliquées avec des mots toujours simples.
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