Les Network States : L'émergence des nations numériques sans frontières
Le modèle de l'État-nation, défini par des frontières et une souveraineté territoriale, fait face à l'émergence d'un nouveau paradigme : les Network States (États en réseau). Cette thèse, portée par une communauté technologique croissante, propose de dissocier la gouvernance de la géographie. Entre cités privées et protocoles décentralisés, découvrez ce concept dessine les contours d'une souveraineté fondée sur l'adhésion volontaire plutôt que sur la naissance.
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Le décalage structurel des institutions traditionnelles
L'État moderne remplit des fonctions historiques de sécurité et de gestion d'infrastructures. Cependant, à l'ère du tout numérique, la vitesse de coordination humaine dépasse celle des administrations. Ce phénomène entraîne une inertie institutionnelle : alors que les échanges sont instantanés et globaux, les réformes politiques restent lentes et localisées.
Ce décalage incite certains acteurs à explorer des systèmes parallèles. Plutôt que de chercher à réformer les structures existantes de l'intérieur, l'approche consiste à contourner les contraintes géographiques en déplaçant le capital et la gouvernance vers des environnements numériques plus agiles.
Qu'est-ce qu'un Network State ? De la communauté à l'État
Théorisé par Balaji Srinivasan, ancien directeur de la technologie de Coinbase, le Network State n'est pas qu'une simple communauté en ligne. Selon sa définition formelle, il s'agit d'une entité hautement alignée qui s'appuie sur le financement participatif pour acquérir des territoires partout dans le monde, reliés par un réseau numérique.
Contrairement au schéma classique où l'État occupe un territoire pour y administrer une population, le Network State inverse la logique :
- L'alignement moral : Il commence par une « startup society » partageant une mission unique (santé, liberté numérique, etc.) ;
- La preuve de consensus : La communauté prouve sa capacité d'action collective en ligne ;
- L'ancrage physique : Elle utilise ses ressources pour créer un archipel de points d'ancrage physiques (coworking, habitats, zones spéciales) ;
- La reconnaissance : L'objectif final est d'obtenir une reconnaissance diplomatique de la part d'États existants, en devenant une entité souveraine contractuelle : on choisit son « système d'exploitation » politique par consentement.

Parallèlement à l'affaiblissement relatif de la centralité des États, de nouveaux pôles de pouvoir apparaissent. Des entrepreneurs gérant des infrastructures de communication mondiales agissent désormais comme des entités souveraines de fait. Ils ne sont plus de simples prestataires de services, mais les garants de protocoles sur lesquels reposent la liberté d'expression et les échanges de millions d'individus.
L'arrestation de Pavel Durov, PDG de Telegram, en France en août 2024, est symptomatique de ce rapport de force. L'État a tenté d'appliquer la loi territoriale à un acteur dont l'infrastructure est globale et largement décentralisée dans son usage.
Cet événement a montré que les « barons du réseau » ne négocient pas comme des citoyens ordinaires : ils peuvent internationaliser un conflit judiciaire, mobiliser des communautés mondiales et opposer la loi du code (la cryptographie) à la loi du sol. C'est le signe que le pouvoir ne se mesure plus seulement en contrôle frontalier, mais en contrôle des protocoles.
La blockchain comme infrastructure de coordination
Pour exister durablement, une société en réseau doit s'affranchir du monopole monétaire et administratif de l'État. C'est ici que la blockchain intervient comme une couche de confiance décentralisée. Elle permet de gérer des registres de propriété, des systèmes de vote et des transactions sans intermédiaire.
Des projets comme Zuzalu utilisent par exemple Ethereum pour gérer des preuves de présence ou des systèmes de gouvernance interne. La blockchain offre un cadre juridique automatisé et transparent, indépendant des systèmes judiciaires nationaux.
Expérimentations physique : de Zuzalu à Prospera
Le concept de Network State commence à se matérialiser à travers divers prototypes :
- Zuzalu : Une expérience de vie commune de 2 mois au Monténégro, initiée par Vitalik Buterin. Elle a servi de preuve de concept pour la coordination sociale, technologique et médicale d'une communauté numérique dans le monde réel.;
- Prospera : Située au Honduras, cette zone économique spéciale dispose de son propre cadre juridique et fiscal. Elle représente une tentative d'intégration d'une gouvernance privée au sein d'un territoire national. Bien qu'elle subisse des pressions juridiques du gouvernement hondurien, elle reste l'un des archipels physiques les plus avancés du mouvement ;
- Praxis : Un projet visant à construire une cité physique pour une communauté déjà structurée en ligne. L'objectif est de créer un hub permanent pour les acteurs de la technologie et de la science, fonctionnant comme une cité-état moderne.
The Bitcoin Society : la vision d'Éric Larchevêque
Au sein de cet écosystème, Éric Larchevêque (cofondateur de Ledger) propose avec The Bitcoin Society (TBSO) une approche concrète de la souveraineté monétaire. D'après son site officiel, TBSO se définit comme la première entreprise cotée au monde à combiner un modèle de « Bitcoin Treasury Company » avec une activité de « Network Society ».

L'idée centrale n'est pas simplement de posséder un actif, mais de structurer une véritable force économique collective :
Un étalon monétaire de long terme : Pour TBSO, Bitcoin est considéré comme un « actif civilisationnel » et un bouclier contre l'érosion des monnaies traditionnelles (fiat). Le but est de convertir la monnaie dite « faible » en monnaie « forte » pour protéger le capital de la communauté.
L'agrégation de puissance : L'objectif affiché est de fédérer des dizaines de milliers de membres (entrepreneurs, épargnants, bâtisseurs) pour représenter une puissance financière capable de dialoguer d'égale à égale avec les institutions et d'influencer les débats réglementaires mondiaux.
Un cercle vertueux de souveraineté : Le modèle repose sur 3 piliers. D'abord, l'accumulation d'un trésor de guerre en bitcoins via le système financier classique (société cotée). Ensuite, l'utilisation de ce capital pour offrir des outils d'éducation et de défense de la liberté d'entreprendre. Enfin, la création de clubs premium pour accompagner les membres dans leur indépendance financière.
En s'appuyant sur la sécurité du protocole Bitcoin, cette société en réseau vise une autonomie financière totale, décorrélée des politiques monétaires des banques centrales. C'est une tentative de formaliser la souveraineté par le code et l'indépendance financière plutôt que par la fiscalité traditionnelle.
👉 En savoir plus sur The Bitcoin Society d'Éric Larchevêque
Conclusion : Vers une décentralisation ordonnée
L'émergence des Network States ne signifie pas la disparition brutale des États traditionnels, mais la fin de leur monopole. Nous pourrions passer d'un monde où la citoyenneté est une assignation géographique à un monde où elle deviendrait un choix protocolaire.
La puissance d'une nation ne se mesurerait plus bientôt à sa superficie en kilomètres carrés, mais à son PIB décentralisé : la richesse et la capacité de coordination de ses membres, qu'ils soient à Lisbonne, Buenos Aires ou Singapour.
Le défi reste toutefois immense. Comme l'a montré le projet Prospera, les États ne resteront pas spectateurs de leur propre obsolescence. La transition vers une tel modèle serait marquée par une lutte intense pour la souveraineté individuelle.
Au 21e siècle, la véritable révolution ne consisterait peut-être plus à voter pour un nouveau dirigeant, mais à choisir le système de règles dans lequel nous souhaiterions protéger notre épargne, échanger nos idées et construire notre avenir.
Pour aller plus loin, retrouvez notre vidéo complète sur les Network States 👇
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