Cet article s'inspire de travaux publiés par Charles Edwards.

Là où de nombreuses monnaies numériques ont échoué à l’instar de la B-money de Wei Dai, ou encore du Bitgold de Nick Szabo. Bitcoin a réussi à s’imposer en tant que monnaie numérique crédible. Et il se pourrait qu’il ne soit pas seulement l’accomplissement d'un projet de monnaie numérique. Il est parvenu à devenir la « monnaie énergie » dont Henry Ford avait dessiné les contours.

Pour comprendre comment le roi des crypto-monnaies a pu devenir l’aboutissement de cette Energy Currency, penchons-nous sur les travaux de Ford. Cela nous permettra de souligner une valeur souvent occultée, qui demeure intrinsèque à la monnaie de Satoshi. Il s'agit d'une valeur énergétique résidant dans la matière première nécessaire à la création et l'utilisation du BTC : l’électricité.

 

Comment est née l’Energy Currency ?

Ce concept vient tout droit de l’esprit d’un des plus grands visionnaires de l’industrie américaine, Henry Ford. Il est célèbre pour avoir introduit le travail à la chaîne en adaptant les principes Tayloriens au secteur automobile. Mais la raison de sa mention dans le présent article n’est pas liée à son travail sur l’organisation de la chaîne de production. Elle résulte de sa conception d’une nouvelle monnaie intitulée : Energy currency, mentionnée pour la première fois en 1921.

Une du NY Tribune du 4 décembre 1921 à propos de la monnaie énergie de Ford

Source : https://chroniclingamerica.loc.gov/lccn/sn83030214/1921-12-04/ed-1/seq-1/

 

La finalité de cette nouvelle devise imaginaire, à l’époque, était de mettre un terme définitif aux guerres. Comme il le dit lui-même dans le New York Tribune.

"Le mal essentiel de l’or dans sa relation avec la guerre est le fait qu’il puisse être contrôlé. Brisez le contrôle et vous arrêtez la guerre."

En d’autres termes, l'or est le nerf de la guerre. La raison pour laquelle des nations entières se livrent des batailles impitoyables, est de déposséder l’autre de sa richesse. Richesse qui se mesurait avant tout en or, à l’époque où l’étalon-or était de mise. C’était un système monétaire reposant sur cette ressource précieuse. Toute transaction réalisée par un agent économique reposait sur un collatéral du métal précieux en question. Dès lors, on comprend mieux pourquoi les États y accordaient tant d’importance. Étant donné qu’il n’est présent qu’en quantité limitée sur le globe, un État pouvait accroître sa puissance par rapport à un autre, en augmentant ses stocks. Ce qui nous mène indirectement à la guerre.

L’intérêt est donc de mettre fin à cet étalon-or afin de le substituer par une nouvelle monnaie. Néanmoins, la problématique majeure est de mettre en place une monnaie qui ne constitue pas un frein aux échanges internationaux. Et surtout qui puisse être disponible pour tous. C’est pourquoi H. Ford proposait une monnaie sous forme d’énergie, dont la « richesse naturelle » est impérissable. Étant exprimée en KWh, elle pourrait être échangée à travers le monde. Et ce, sans qu’aucun taux de change ne s’applique, puisque le KWh est une unité universelle.

Imaginez également toutes les problématiques monétaires de dévaluation des monnaies disparaître tel que ce fut le cas après Bretton Woods, ou encore le serpent monétaire européen. Bien sûr, un système avec une devise internationale unique admet d’autres problématiques, notamment individuelles pour un pays. Il ne s’agit aucunement de défendre le modèle comme étant parfait, mais de mettre en valeur son apport. Et comme vous pourrez le constater, la monnaie digitale de Nakamoto a pu apporter les bénéfices recherchés autrefois.

Également, la monnaie dont traite l’article du New York Tribune est impérissable. Si l’or a de la valeur, c’est grâce à sa rareté et ses propriétés, à savoir d’être anti-corrosif et anti-oxydant. Cependant il n’est pas invulnérable, certains agents chimiques peuvent l’altérer. L’énergie, elle, ne peut en aucun cas se dégrader.

 

Dans les faits comment fonctionne cette monnaie ?

Selon les dires d'Henry Ford :

"Dans le système de monnaie énergétique, la norme est qu'une certaine quantité d'énergie exercée pendant une heure serait égale à un dollar."

Autrement dit, l’énergie étant exprimée en KWh, on pouvait définir un système de parité avec le dollar.

Avec ce système, il a aussi proposé d’adosser toute transaction à de l’énergie. Ce qui signifie qu’aucun transfert de valeur ne pourrait être réalisé à partir de rien. Aucune création monétaire ne pourrait être effectuée sans que de l’énergie soit générée en contrepartie. Tout ceci ne vous rappelle rien ? Le Proof of Work émerge déjà dans votre esprit. Mais avant d’en venir à notre monnaie cryptographique, concluons sur le modèle de Ford.

Ce modèle n'a jamais été concrétisé pour des raisons indéterminées, bien qu'on soit en mesure de deviner approximativement lesquelles. Tout d'abord, parce que la mise en place d'un tel système est très complexe. On se doute également que les États disposant des plus grandes réserves d’or n’auraient jamais donné leur accord à un tel système. Qui peut croire que les États-Unis, l’un des principaux détenteurs d'or à l'époque, puisse accepter de voir sa suprématie s’éteindre en renonçant à l’avantage de la détention de ses réserves ? Et quand bien même ils auraient accepté, la valeur de l'or ne serait pas devenue nulle, mais la puissance étasunienne en aurait été considérablement affaiblie. Ainsi, sans la présence de puissances majeures dans un système de devise qui se veut international, minces sont les chances qu’il devienne pérenne. Et, à l'inverse de Bitcoin, c’était une valeur difficilement transmissible et stockable. Deux freins considérables à son adoption.

 

Le rapport au Bitcoin ?

Bitcoin ressemble de manière très surprenante au prototype de monnaie décrit précédemment. Et pour cause, il est à l’instar de l’Energy Currency : impérissable, et produit par de l’énergie (KWh). Même si, la consommation annuelle se mesure en Twh sur l’actif numérique en question, une transaction est calculée en Kwh. En revanche, son unité de compte est mesurable en BTC (par rapport à une devise fiduciaire) et non pas en unité d’énergie. Alors pourquoi peut-on le comparer à la devise d’Henry Ford ?

Tout simplement parce que Bitcoin est lui aussi fait d’énergie. Nous savons que pour miner, extraire, créer des bitcoins, le réseau exige de la puissance informatique pour fonctionner. Une puissance qu'on ne peut fournir que par le biais d’une dépense énergétique conséquente. En effet, le minage de cryptomonnaie, et notamment de bitcoin, requiert une consommation électrique conséquente. En l’occurrence, vous ne pouvez percevoir des pièces que si vous témoignez de cet effort énergétique. Témoigner d’un effort, nous renvoie directement à la preuve de travail. Le Proof of Work, qui est l’algorithme de consensus de la pièce de Nakamoto, implique que vous fournissiez « une preuve » de votre effort pour être rémunéré. Cette preuve se traduit par un hash, une solution mathématique complexe obtenue par une débauche d’énergie. C’est donc après avoir communiqué la preuve de son travail qu'un mineur est récompensé.

Ce protocole rejoint directement celui de la "monnaie énergie", puisqu'on ne peut émettre cette devise que par le fait d’une dépense en énergie. En outre, on ne peut émettre un jeton ou une pièce qu’à partir d’une consommation d’énergie transformée en puissance informatique. Et tout comme le modèle de 1921, on ne peut émettre davantage de monnaie que si l’on consent à fournir de l’énergie.

 

Une nouvelle approche avec Karl Marx

Dernièrement, un tout autre point de vue nous permet de démontrer en quoi l’énergie dépensée fait que le roi des crypto-actifs a de solides fondamentaux. Dans cette optique, on doit considérer la valeur de la monnaie, non pas par son usage, mais par le travail qui a été incorporé pour la produire. Il s’agit d’une approche purement marxienne, qui consiste à traiter la crypto-monnaie plus comme un bien que comme une devise. Le raisonnement n’est pas erroné, puisque ce sont des biens avec une valeur qui ont longtemps servi d’instrument d’échange. L’or, en ce sens, en est un parfait exemple.

Ainsi, cette approche convient à définir d’une certaine manière que la valeur d'un bitcoin provient du travail nécessaire à sa "fabrication". Certaines théories affirment même que le prix demeure constamment au-dessus du coût de production.

Exemple : selon certains, le prix d'un bitcoin n'est pas allé sous les 4000 $ car c'était le coût moyen payé par les mineurs chinois pour miner un bitcoin, et ces derniers étaient majoritaires sur le réseau (66%). Attention, ce n’est que pure supposition.

Finalement, si le bitcoin a une valeur concrète de par l’énergie qu’il incorpore, c’est le marché qui définit son prix. La loi de l’offre et de la demande est la première constante à définir sa valeur. Cependant, on peut considérer que les acteurs du marché opèrent leurs arbitrages en partie selon les caractéristiques de l'actif.

A contrario de la monnaie fiduciaire dont la valeur repose sur la confiance dans les institutions émettrices. Bitcoin est hautement plus complexe et dispose d’une valeur intrinsèque véritable. C’est celle de l’effort énergétique concédé pour le produire, là où les banques centrales n’ont que quelques opérations comptables à réaliser pour créer de monnaie.

Certes, la valeur du crypto-actif repose aussi sur de la confiance qu'on lui accorde. Néanmoins, cette confiance ne se base pas uniquement sur des institutions centralisées, qui ont souvent fait preuve de défaillances graves ayant mené à des crises importantes.

un bitcoin posé sur des billets de dollars

Source : Coindesk

 

Alors, quelle est la valeur de Bitcoin ?

Il se pourrait, pratiquement un siècle après que Ford ait proposé son modèle, qu'il ait finalement été concrétisé. La finalité de la comparaison avec ce qui a été proposé en 1921 est de montrer la valeur du Bitcoin. Il ne s’agit pas seulement d’une réserve de valeur en devenir, ou d’un nouvel intermédiaire de paiement de pair à pair. C’est aussi une unité de compte qui a une valeur énergétique. Cette valeur, c’est l’investissement que chacun des mineurs engage pour sécuriser le réseau et valider les blocs. Finalement, Satoshi, le père dd Bitcoin, aura réussi là où Ford avait échoué. Il aura permis la conversion de l’énergie en une monnaie digitale. Cette caractéristique intrinsèque souvent oubliée et pourtant évidente, est un argument supplémentaire contre l’accusation fréquente portée à l'encontre du Bitcoin, accusé d'être exclusivement destiné à la spéculation.

Cet article a été rédigé par Valentin Rousseau de l'association étudiante KryptoSphere.

A propos de l'auteur : KryptoSphere

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KryptoSphere est la première association étudiante basée sur les cryptomonnaies et la blockchain. Elle est également spécialiste de l'intelligence artificielle et plus récemment de la réalité virtuelle, leur but étant de vulgariser ces concepts.
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