Qu'est-ce que la main invisible ?

La main invisible est une expression faisant référence à une théorie économique : chaque personne agit pour son intérêt personnel, et l'ensemble de ses actions contribuent à la création de la richesse et au bien commun.

Cette expression utilisée par Adam Smith a mainte fois été interprétée de manière différente et la définition que l'on trouve aujourd'hui diffère de la pensée originelle :

« Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du boulanger, ni du brasseur que nous attendons notre dîner, mais de leur considération pour leur propre intérêt, » Adam Smith.

Il voulait démontrer que les agents économiques agissent par égoïsme, pour leur intérêt personnel, apportent satisfaction à leurs clients et au bien-être général.

Si votre boulanger fait du bon pain, ce n'est pas par altruisme. Il sait que cela poussera le client à revenir et donc à améliorer ses ventes, son chiffre d'affaires et donc ses revenus personnels.

L'idée originelle d'Adam Smith s'arrête là. Les autres interprétations notamment dans le domaine financier et la spéculation l'entourant n'étaient pas voulues par le philosophe.

De cette théorie, on peut comprendre que la recherche du profit de la part des commerçants est une vision purement égoïste de leur part, mais cela contribue directement au bien commun de tous.

Voici un exemple classique de prise de décision de la part d'un commerçant pour augmenter sa production de richesse :

  • Il améliore la qualité du produit et/ou du service pour augmenter son prix et augmenter la valeur ;
  • Il travaille la réduction de ses coûts pour réduire son prix et vendre du volume.

Les consommateurs seront satisfaits d'une amélioration de la qualité ou d'une réduction de prix et c'est pour cette raison qu'ils continueront d'acheter chez les commerçants.

Cette production de richesse, appelée valeur ajoutée, est par la suite partagée entre tous les acteurs finançant, travaillant ou soutenant l'entreprise. En moyenne, le partage de la valeur ajoutée est de 2/3 pour le travail (les salaires) et 1/3 pour le capital (autofinancement, intérêts d'emprunt, dividendes...).

Cette recherche de profit profite donc à l'entreprise, aux actionnaires et aux salariés (augmentation des salaires, nouvelles embauches...).

En quoi cela régule-t-il et sécurise-t-il les blockchains décentralisées ?

Les différents algorithmes de consensus permettent de faire fonctionner de manière sécurisée les blockchains décentralisées.

La crypto-économie est une étude essentielle pour la conception d'un protocole. Le Bitcoin (BTC) par exemple à travers son algorithme de consensus de preuve de travail (ou Proof of Work), utilise un modèle de la théorie des jeux permettant aux nœuds d'un réseau décentralisé de se mettre d'accord sur la validation d'un bloc, et cela même s'ils ne sont pas capables de se faire confiance.

Cette théorie des jeux, comme toutes celles appliquées dans l'industrie des cryptomonnaies, permet donc aux validateurs de faire le choix le plus rationnel. Ce choix-là sera guidé par la volonté de maximiser les profits réalisés par les validateurs.

La chrématistique des êtres humains voulant accumuler de la richesse est à la base de la sécurisation (en terme économique) du Proof of Work.

Une personne ayant investi de l'argent va forcément jouer le jeu de l'honnêteté en validant le bloc qui fait consensus et obtenir sa récompense. Il n'a pas acheté de la puissance de calcul avec comme objectif de tricher et de multiplier les bitcoins vu qu'il ne peut y arriver (théorie des jeux).

Le moyen de multiplier les bitcoins est la fameuse attaque des 51%. Si un acteur arrive à posséder une telle puissance, cela se verra. Si une transaction permettant de créer des bitcoins est effectuée, alors les gens perdront confiance en la monnaie et sa valeur chutera. L'acteur aura de la puissance de calcul pour miner une monnaie sans valeur, les récompenses obtenues ne rembourseront jamais son investissement.

« Participer à une attaque des 51 % revient à faire brûler votre ferme d’ASICs, » Vlad Zamfir, chercheur d'Ethereum

Économiquement, il n'y a aucun intérêt à tricher, sauf si un acteur souhaite perdre de l'argent. Mais comme nous l'avons vu, les agents économiques recherchent le profit. Finalement, cette recherche de profit maintient le réseau Bitcoin, comme une sorte de main invisible.

Il en va de même pour la preuve d'enjeu (ou Proof of Stake) : les différents protocoles utilisant cet algorithme de consensus établissent des incitations et des pénalités pour valider les blocs en toute honnêteté.

  • Le validateur d'un réseau est incité financièrement à staker ses crypto-actifs ;
  • S'il triche ou tente de tricher, le validateur subira une pénalité financière.

Son égoïsme le poussera légitimement à participer honnêtement au réseau.

La finance se sert de la recherche du profit par les agents économiques comme base de réflexion et de régulation dans le monde de la cryptomonnaie. Beaucoup de protocoles de la finance décentralisée (DeFi) demandent un collatéral.

L'exemple de l'obtention du prêt est le plus connu. Le protocole demande une « caution » lors de la demande d'un prêt, cela permet de s'assurer que le prêteur remboursera bien son prêt.

Le protocole a été élaboré en ne partant pas du principe que l'Homme est bon et honnête. Ils savent que beaucoup tricheraient et prendraient des prêts sans les rembourser si les personnes sont anonymes. Le collatéral permet de s'assurer que le protocole fonctionnera et que les gens malhonnêtes n'ont aucun intérêt financier à tricher.

On peut en dernier exemple, aborder le sujet du trading, si la spéculation peut avoir du bon comme du mauvais pour un projet en lien avec les cryptomonnaies. Il est inéluctable que la chrématistique apporte du bon en termes d'arbitrage entre les plateformes.

Les monnaies étant gérées par l'offre et la demande dans chaque plateforme, les prix vont naturellement différer entre elles. L'arbitrage est donc une action bénéfique, car elle permet de faire concorder les prix d'une cryptomonnaie entre les différentes plateformes.

Et pourtant, ce n'est pas par altruisme que cette action est effectuée par un agent économique, mais bien pour son intérêt personnel : acheter une cryptomonnaie sur une plateforme pour la revendre plus cher sur une autre et obtenir une plus-value.

Siège de la BCE

Siège de la BCE à Francfort

L'intérêt personnel, le nouveau régulateur

Actuellement, les banques centrales gèrent la/les politiques monétaires d'un ou plusieurs pays. Ils s'occupent notamment de la monnaie et de son émission.

En Europe par exemple, la Banque centrale européenne (BCE) est une institution gérée par des fonctionnaires. Des personnes physiques travaillant pour le compte de l'institution en tant que salariés.

Ils n'ont pas directement un intérêt à ce que leur travail soit effectué de la meilleure des manières possibles. Que le taux directeur soit réévalué ou non, le salaire des employés de la BCE leur sera reversé à la fin du mois.

De plus, l'appareil politique a tendance à interférer dans la politique monétaire des banques centrales, renforçant encore plus les décisions court-termistes pouvant être prises (volonté de faire plaisir une population le plus tôt possible pour être réélu)

À l'inverse, le Bitcoin n'a pas une autorité légale pour le réguler, ce sont les validateurs qui gouvernent la monnaie. La gouvernance est faite par des agents économiques ayant investi leur argent, leur puissance de calcul et qui attendent un retour sur investissement. Ils vont donc chercher à optimiser le réseau du mieux possible.

Un agent économique rationnel ayant investi son propre argent pour miner une cryptomonnaie qu'il utilise tous les jours et auquel il accorde une grande confiance ne regarde pas l'évolution sur 6 ans (mandat d'un député européen, dont la gouvernance de la BCE en découle), mais sur du très long terme.

Alors que par le passé, c'étaient les politiques qui pouvaient décider de la politique monétaire d'un pays, dorénavant c'est directement nous via notre intérêt individuel qui régule et sécurise à travers les cryptomonnaies.

Même si l'on ne peut nier que de toute manière, dans les pays démocratiques, les politiques sont élus par le peuple. On peut dire que les cryptomonnaies permettent de donner la gestion et les choix monétaires directement au peuple.

Main invisible trading

Conclusion

Toute l'économie des cryptomonnaies décentralisées repose sur ses acteurs, validateurs et utilisateurs. Or, comment concilier les intérêts de chacun pour faire fonctionner convenablement le réseau ?

La crypto-économie s'appuie sur l'intérêt individuel pour faire réguler et sécuriser le réseau. Les validateurs ne valident pas les blocs et sécurise la cryptomonnaie par altruisme ou par bienveillance, ils le font pour leur propre intérêt, pour les récompenses obtenues. Et pourtant, cela permet de faire fonctionner des blockchains que l'on utilise. Cela est une sorte de main invisible qui amène le bien commun.

Que cela soit pour Bitcoin, Ethereum, les protocoles de la DeFi ou les algorithmes de consensus, le réseau utilisera notre égoïsme pour fonctionner de manière optimale.

👉 Pour aller plus loin : Qu’est-ce que le mouvement libertarien, fer-de-lance politique du Bitcoin ?

 

Cet article a été rédigé par Aymeric Labedan de l'association étudiante KryptoSphere.

👉 Lisez notre présentation de l'association blockchain étudiante KryptoSphere

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A propos de l'auteur : KryptoSphere

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KryptoSphere est la première association étudiante basée sur les cryptomonnaies et la blockchain. Elle est également spécialiste de l'intelligence artificielle et plus récemment de la réalité virtuelle, leur but étant de vulgariser ces concepts.
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