Les libertés individuelles comme point de départ

Le libertarianisme est une philosophie politique située en bas à droite du diagramme de David Nolan, fondateur du parti libertarien américain.

Ce diagramme imaginé en 1969 trace les opinions politiques selon deux axes, représentant la liberté économique et la liberté personnelle. Il élargit l'analyse des opinions politiques au-delà du clivage traditionnel unidimensionnel gauche-droite/progressif-conservateur, en positionnant le libertarianisme en dehors du spectre traditionnel :

Diagramme de Nolan
Le diagramme de Nolan et son créateur : David Nolan

Les libertariens souhaitent avoir la liberté sur le plan économique, mais aussi sur le plan sociétal et politique. On reconnaît les libertariens à travers la volonté de réduire au minimum les taux d’imposition et les prélèvements obligatoires.

Cette baisse des recettes de l’état est accompagnée d’une baisse des dépenses avec des économies à réaliser sur tout l’appareil étatique (frais de fonctionnement, transferts sociaux …). Il y a plusieurs tendances chez les libertariens, mais beaucoup s’accordent à dire que les dépenses de l’état doivent se limiter aux fonctions régaliennes (justice, police et armée). En France par exemple, cela reviendrait à « casser » le monopole de la sécurité sociale, supprimer des ministères comme celui de la culture, du sport ou de la transition écologique.

La volonté d’avoir des libertés sur le plan sociétal (mariage pour tous, droit à l’avortement, assouplissement des conditions d’immigration …) les différencie des libéraux des partis de droite traditionnelle comme les républicains (États-Unis et France) qui ont une tendance conservatrice et traditionaliste. Les libertariens sont alors généralement étiquetés comme progressistes et se rapprochent des partis de gauche sur le plan sociétal et politique.

Les libertariens se basent donc sur des concepts de droit naturel (le droit de propriété par exemple), mais aussi sur le principe de non-agression : aucun individu ni groupe d’individus n’a le droit d’agresser quelqu'un en portant atteinte à sa personne ou à sa propriété. Chacun est donc libre de faire ce qu’il veut tant que cela n’agresse pas autrui. Cette agression-là peut être physique (crime) ou économique (réglementation et impôt).

Aux États-Unis, un parti libertarien existe et il s'agit même du 3e plus important du pays. Il a recueilli 3,28% des votes (4,5 millions de personnes) aux dernières élections du pays en 2016.

Leur programme est centré sur le retrait de l’état dans les secteurs économiques, mais aussi au niveau militaire avec un non-interventionnisme et le retrait des troupes à l’étranger. La baisse des impôts, la légalisation des drogues, l’autorisation de porter une arme et le respect de la légitime défense sont aussi des composantes importantes du programme.

Partie Libertarien
Dan "Taxation is theft" Bermhan et son fameux chapeau, candidat à la primaire libertarienne de 2020

En France, les libertariens sont plus discrets et ne bénéficient pas d’une aura médiatique. Beaucoup de politiciens qualifient certains programmes sociaux-démocrates de programmes « ultralibéraux » alors que cela sera vu comme un programme de gauche aux États-Unis.

Cette différence de culture se retrouve aussi dans les dénominations avec le mouvement libertaire qui est bien différent des libertariens. Les libertaires peuvent être vus comme des libertariens de gauche, dans le sens où ils privilégient l’égalité à la liberté.

Par exemple, les groupes anticapitalistes anarchistes se définissent généralement comme libertaires, rejettent la propriété privée et ne veulent pas de « hiérarchie sociale ». Ils préfèrent des systèmes d’autogestion ou du collectivisme libertaire avec des modes de production basés sur du communisme.

Cela va à l’encontre des libertariens, qui eux estiment que la propriété privée est un droit naturel pour l’homme et que le capitalisme est le seul système permettant de jouir entièrement des libertés individuelles (et donc de tout).

 

Mais alors, quel est le rapport avec le Bitcoin ?

Les libertariens ne veulent pas d’état (ou du moins au pouvoir limité) ni de banque centrale étatique pour gérer une politique monétaire. Le Bitcoin (BTC) est apparu très vite comme une opportunité pour s’affranchir de cette institution étatique.

Après la crise des subprimes, en même temps que la création du Bitcoin, le mouvement Tea Party apparaît aux États-Unis. Il s'agit d'un mouvement contestataire sur la politique de Barack Obama demandant une baisse des impôts et du poids de l’état dans l’économie.

C’est à ce moment-là que les principes libertariens ont eu un regain d’intérêt. Pour beaucoup de libéraux, la crise des subprimes est directement liée aux banques centrales et donc cette volonté de gérer une politique monétaire par un état est créateur de crise économique. Une monnaie décentralisée n’appartenant à aucun appareil étatique sonne comme une apparition divine pour les libertariens.

Les premiers investisseurs ayant de l’influence pour en devenir les promoteurs ont été pour beaucoup des libertariens. En 2012, la Bitcoin Foundation est créée et elle fut la première association à promouvoir de manière intensive et efficace les cryptomonnaies à travers des apparitions dans des reportages distribués sur Netflix (Banking On Bitcoin) ou sur des chaines nationales pour toucher le plus grand monde possible.

Des entrepreneurs comme Jeff Berwick ou le « Bitcoin Jesus » Roger Ver ont promu le Bitcoin partout dans le monde et dans les médias, en se définissant comme des libertariens assumés.

Au fil du temps, cela a créé une proximité entre la communauté libertarienne et Bitcoin, a-t-elle point que les porte-étendards sur la scène politique américaine des cryptomonnaies sont des politiciens liés à la mouvance libertarienne. Rand Paul, le candidat le plus libertarien aux primaires républicaines, est le premier politicien américain à accepter les donations en Bitcoin pour sa campagne de 2016.

Le parti libertarien quant à lui est peuplé par des fans de l’univers des cryptomonnaies et le Bitcoin est devenu un moyen de paiement lors des rassemblements. Lors des dernières primaires de 2016 et 2020 du parti libertariens, le célèbre entrepreneur John McAfee (créateur de l’antivirus McAfee) a même été candidat.

Il est réputé pour un être une personne extravagante, défenseur des cryptomonnaies et ayant prédit un prix du Bitcoin à 500 000 dollars pour 2020.

 

En résumé

Les libertariens ont adopté massivement le Bitcoin, car ils trouvent que son aspect décentralisé, libre et non étatique, en fait un parfait exemple de liberté monétaire. Cette image de relation entre les libertariens et le Bitcoin vient du fait qu’ils partagent beaucoup de valeurs communes et que les premiers promoteurs du Bitcoin s’affichaient comme des libertariens convaincus.

Néanmoins, au-delà de ça, le Bitcoin n’a pas de « couleur » politique et les cryptomonnaies peuvent être utilisées et promues par toutes les étiquettes politiques. De plus, la technologie blockchain fait consensus chez les libertaires et le parti communiste français, qui y voient voit un moyen de « tuer » les institutions centralisées contre lesquelles ils combattent.

 

Cet article a été rédigé par Aymeric Labedan de l'association étudiante KryptoSphere.

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A propos de l'auteur : KryptoSphere

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KryptoSphere est la première association étudiante basée sur les cryptomonnaies et la blockchain. Elle est également spécialiste de l'intelligence artificielle et plus récemment de la réalité virtuelle, leur but étant de vulgariser ces concepts.
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