Dans les pays en crise, la popularité du Bitcoin grimpe en flèche. En Grèce, au Venezuela, en Argentine ou encore au Liban, de nombreux investisseurs préfèrent se tourner vers la cryptomonnaie et faire une croix sur la monnaie nationale. Dans ces nations au bord de la faillite, le Bitcoin est en effet considéré comme une planche de salut face à l'inflation galopante des monnaies fiduciaires et aux restrictions imposées par un système bancaire en déroute. Néanmoins, le BTC peine encore à s'imposer durablement dans la plupart des pays en crise à cause de la fracture numérique.

Bitcoin est souvent perçu comme une réponse à la crise économique de 2008. Indépendante des banques et des États, la mère des cryptomonnaies n'est indexée sur aucun actif traditionnel et dispose de sa propre politique monétaire. Véritable alternative aux devises traditionnelles, le Bitcoin a été conçu pour prospérer pendant les crises du système financier, et in fine, éviter ses abus. Dans ces conditions, il est logique qu'il profite des périodes de crise économique. On vous explique pourquoi.

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Pourquoi le Bitcoin prospère-t-il en temps de crise économique ?

Les raisons expliquant la popularité du BTC dans les pays traversant une grave économique sont multiples. Tout d'abord, de nombreux investisseurs cherchent à protéger leurs économies contre l'inflation des monnaies nationales. Dans la même optique, certains se tournent vers l'or, valeur refuge par excellence, l'immobilier ou encore l'achat de biens, comme une voiture. Dans ce contexte, le Bitcoin permet de lutter contre l'inflation des monnaies fiat. Contrairement aux monnaies papier émises par les institutions bancaires, le Bitcoin est insensible à l'inflation.

En Argentine par exemple, la monnaie nationale, le Peso, a connu une inflation record de 53,8 % en 2019. En parallèle, la demande de Bitcoin a grimpé de 1028% entre 2017 et 2019, affirme une étude d’Arcane Research. Selon un sondage de Statista, 16% des Argentins possèdent d'ailleurs des cryptodevises.

bitcoin pays crise

Même son de cloche au Liban, un pays victime d'une importante crise économique depuis septembre 2019. Face à l'inflation de la livre libanaise, qui devrait atteindre les 53% d'ici la fin de l'année 2020, et un désastre économique aggravé par les mesures de confinement contre le Covid-19, certains Libanais convertissent leurs salaires et leurs économies via des solutions peer to peer comme Localbitcoins. La Banque centrale libanaise interdit en effet l'achat de cryptomonnaies via carte de crédit. Au Liban, le cours du bitcoin est ainsi devenu largement supérieur à celui constaté dans le reste du monde.

En Turquie, la devise nationale, la livre turque, a perdu jusqu'à 30% de sa valeur entre 2018 et 2019. Il y a quelques semaines, la livre turque a même franchi un nouveau triste record historique pour atteindre les 7,85 livres pour un euro. Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas que les nombreux Turcs fascinés par la technologie se tournent vers le bitcoin. Toujours d'après l'enquête de Statista, 20% des citoyens de la Turquie détiennent d'ailleurs des crypto-monnaies.

La situation est la même dans plusieurs pays d'Afrique frappés par la crise et l'inflation. Au Nigeria, la monnaie nationale, le naira, perd de sa valeur depuis 2016. En parallèle, le pays s'est hissé à la huitième place des nations où le bitcoin est le plus utilisé, avec 258 millions de dollars transférés en 2018 sur Localbitcoins. En 2017, de nombreux habitants du Zimbabwe ont investi dans le BTC afin de protéger leurs économies de l'hyperinflation, provoquée par les manipulations du gouvernement en place. Sur la plateforme d’échange Golix, le prix d'un bitcoin se négociait d'ailleurs au double de sa valeur dans le reste du monde en novembre 2017. L'inflation explique en partie l'immense popularité du Bitcoin dans les pays africains.

"Le succès du bitcoin est inversement proportionnel à la confiance des citoyens dans les monnaies fiduciaires comme le dollar ou l'euro. Cette perte de confiance se traduit par la volonté de placer ses avoirs dans quelque chose jugé plus solide, comme le bitcoin, l'argent ou l'or" estimait Manuel Valente, ingénieur à La Maison du Bitcoin, interviewé par la Tribune en 2015.

Dans certaines contrées, le Bitcoin est aussi utilisé comme passerelle d'une monnaie nationale fortement dévaluée vers le dollar ou une autre monnaie fiduciaire. C'est notamment le cas au Venezuela, un pays dévasté par une grave crise économique depuis 2015. En 2018, l’inflation dans le pays a été de 130 060 %, montrent les chiffres de la Banque Centrale vénézuélienne. Dans cette nation d'Amérique du Sud, le dollar américain est considéré comme la valeur refuge ultime face à l'hyperinflation du bolivar, la devise nationale.

Dans ce contexte, nombreux sont les individus qui souhaitent convertir leurs salaires et leurs économies en dollars. Malheureusement, le gouvernement dirigé par le président Nicolas Maduro interdit l'utilisation du dollar. En 2018, les autorités ont même commencé à réprimer l'usage du roi dollar. Pour convertir des bolivars contre des dollars, les Vénézuéliens s'appuient notamment sur l'achat de bitcoins, rapporte une étude du chercheur Matt Alhborg.

Dans un premier temps, ils achètent la crypto-monnaie avec des bolívars sur un exchange crypto qui accepte la devise nationale, comme LocalBitcoins. Ensuite, ils convertissent les BTC en dollars ou en yuans chinois. Grâce aux cryptoactifs, les Vénézuéliens peuvent aussi recevoir des dollars ou des yuans en provenance de contacts à l'étranger en évitant à la fois les lois locales et les taux de change exorbitants. Selon les chiffres de LocalBitcoins, le Venezuela est le quatrième pays qui enregistre le plus d'échanges de bitcoin par an. En 2018, les Vénézuéliens ont échangé 707 millions de dollars en BTC, soit 11, 18% du total des échanges enregistrés par la plateforme.

les pays qui échangent le plus de bitcoins sur localbitcoin

En investissant dans le Bitcoin, les investisseurs des pays en crise cherchent aussi à échapper aux restrictions imposées par les banques. Craignant la faillite, de nombreuses banques n'hésitent pas à instaurer des règles exceptionnelles afin d'empêcher les citoyens de vider leur compte bancaire. Au Liban, les banques ont ainsi limité le retrait des devises étrangères à seulement 50 dollars. De même, afin d'éviter la fuite des capitaux hors du pays, les organismes bancaires ont plafonné les transferts vers l'étranger à 50 000 dollars par an et par citoyen.

De la même manière, la Banque Nationale de Grèce a imposé des restrictions strictes aux citoyens grecs en 2015. Pendant plusieurs semaines, chaque citoyen grec n'avait le droit de retirer que 60 euros par jour. De même, les cartes bancaires émises par les banques grecques n'étaient plus acceptées sur les sites étrangers comme Amazon. Pendant cette période, les virements bancaires vers l'étranger étaient limités à 3000 euros. En parallèle, les échanges de BTC en Grèce ont grimpé de 300% en un mois.

Deux ans plus tôt, l'île de Chypre imposait un contrôle des capitaux similaire, avec une limitation des retraits à 300 euros par jour et une interdiction d'emporter plus de 1.000 euros à l'étranger. Pour disposer librement de leurs actifs, ils sont nombreux à s'être tournés vers les cryptomonnaies. Suite à la crise chypriote, le premier distributeur de BTC au monde a d'ailleurs été installé à Chypre par un entrepreneur.

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L'utilisation du Bitcoin dans la plupart des pays en crise reste marginale

Néanmoins, l'utilisation du bitcoin dans la plupart des pays en crise reste actuellement marginale. Il est faux de penser que le BTC a été massivement adopté par les Grecs, les libanais ou les argentins. Si certains pays, comme le Venezuela ou la Turquie, parviennent à se hisser en tête des classements, ce n'est pas le cas de toutes les régions frappées par une crise économique. L'un des facteurs expliquant la popularité limitée, mais grandissante, de la mère des cryptomonnaies dans les pays au bord de la faillite c'est la fracture numérique.

Pour échanger du bitcoin, il faut impérativement avoir accès à Internet. Si certaines initiatives permettent déjà de transférer du bitcoin sans réseau internet, la quasi totalité des usagers en sont encore dépendants. Malheureusement, de nombreux pays en crise où la cryptomonnaie s'impose progressivement comme une valeur refuge se distinguent aussi par une importante fracture numérique. Concrètement, une partie non négligeable de la population ne dispose pas encore d'un accès à Internet, qu'il soit mobile ou fixe. Ces individus ne peuvent donc pas investir dans le BTC ni dans un altcoin quelconque.

En Grèce, seuls 78,5% des foyers disposaient d'un accès à Internet en 2019, montrent les chiffres de l'OCDE (l'Organisation de Coopération et de Développement Économique). Au Liban, 78% de la population a un accès Internet, selon les données de la Banque Mondiale. Au Venezuela, 83% des ménages ont accès à Internet en décembre 2019 d'après Internet World Stats. Au Nigeria, le taux d'accès tombe à 61%. Au Zimbabwe, seuls 56,5% des citoyens peuvent accéder au web. À titre de comparaison, le taux d'accès à Internet aux États-Unis est de 90%. En Europe, le taux grimpe à une moyenne de 87,7%. Cette fracture numérique freine fortement l'adoption des cryptomonnaies dans les pays en crise, malgré un intérêt grandissant des investisseurs. En conclusion, il ne suffit pas d'une crise économique pour que le bitcoin s'impose dans un pays. D'autres facteurs entrent en ligne de compte.

"Pour que le bitcoin se développe dans un pays, il faut des plateformes d'échanges, une communauté d'utilisateurs dynamique et la présence de magasins physiques qui acceptent les paiements en bitcoins" explique Manuel Valente.

On espère que ce dossier consacré à l'émergence du BTC dans les pays en crise vous a plu. Si vous avez des questions, ou si une erreur s'est glissée dans ce dossier malgré notre vigilance, on vous invite à vous rendre dans la section commentaires ci-dessous.

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A propos de l'auteur : Alex Griset

Passionné des technologies je rédige des articles à propos du numérique et des crypto-monnaies pour plusieurs journaux en ligne.
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