Bitcoin contre le cartel bancaire mondial

 

Bitcoin et cartel bancaire

 

Il y a quelques jours, sur Twitter, un crypto-enthousiaste partageait une photographie d’un courrier qu’avait reçu l’un de ses abonnés de la part de sa banque et s’indignait de son contenu. Cette lettre, écrite par un responsable du Crédit Agricole, banque française bien connue, indiquait le rejet d’un virement vers la plateforme d’échange Kraken. Cela faisait plusieurs mois que la demande avait été faite, mais la banque n’a pas voulu autoriser le transfert sous prétexte de « protéger [son client] des conséquences financières et patrimoniales pouvant résulter des […] investissements » dans ces « actifs spéculatifs » que sont les cryptomonnaies.

 

Censure Crédit Agricole Kraken
Lien vers le tweet

 

Cette décision paternaliste interpelle la vision naïve que certains d’entre nous peuvent avoir du système bancaire. Oui, les banques peuvent censurer vos transactions « pour votre bien » et y sont même incitées par l’AMF et la Banque de France, quand bien même cette censure est tout à fait arbitraire. Dans un pays libre, cela ne serait qu’un problème passager. Vous vous tourneriez vers une autre banque ou mieux : vers un autre moyen de paiement. Cependant, dans un pays où le système bancaire est sclérosé par la réglementation et que vous êtes contraints de l’utiliser pour recevoir votre salaire (au-delà de 1500 €), on imagine tout de suite comment cela peut devenir problématique.

Essayez de retirer tout « votre » argent en liquide et vous serez sans doute embêté si celui-ci représente une grosse somme. Essayez d’envoyer « votre » argent à l’étranger et les complications surgiront automatiquement.

Le système bancaire pose de multiples problèmes : dans cet article, nous essaierons d’en évoquer les principaux défauts et nous verrons comment Bitcoin a la possibilité d’y remédier.

 

Le cartel bancaire mondial

Le 10 novembre dernier, Andreas Antonopoulos, bitcoineur passionné depuis 2011 et conférencier de renom dans le milieu, donnait un discours au Edmonds Center for the Arts près de Seattle. Ce discours engagé concernait le système bancaire. Son point de vue était pour le moins original : selon lui, le système bancaire est un cartel. Cela mérite que nous nous y attardions.

 

 

Qu’est-ce qu’un cartel ? Pour reprendre la définition d’Andreas Antonopoulos, un cartel est un « groupe d’entreprise qui s’entendent pour fixer les prix, organiser le marché, bloquer la concurrence, s’accaparer les régulateurs et corrompre les politiciens ». Il s’agit en d’autres termes d’une situation d’oligopole où le nombre de ceux qui vendent un service donné reste très faible, situation qui résulte le plus souvent de la violence d’un groupe de personnes qui impose sa loi (un État ou un autre groupe criminel).

On parle souvent de cartel pour désigner les pays producteurs de pétrole (OPEP) ou les organisations en charge du trafic de drogue en Amérique du Sud. En France, jusqu’à l’arrivée de Free sur le marché, le marché de la téléphonie mobile était accaparé par un cartel de trois grands opérateurs (SFR, Orange et Bouygues Telecom) qui maintenaient les prix artificiellement hauts.

En revanche, comme le remarque fort bien Andreas Antonopoulos, peu de gens parlent de « cartel bancaire ». Pourtant, il s’agit bien d’un cartel. Les médias n’en parlent pas comme ça car ils sont eux-mêmes influencés par ce cartel.

Déjà, il faut se rendre à l’évidence que n’importe qui ne peut pas lancer sa banque, et surtout pas du jour au lendemain : il faut une licence de l’État dans lequel on se situe. Et ce n’est pas une tâche facile ! Le témoignage d’Antoine Grimaud sur le sujet, qui a mis 2 ans à obtenir un agrément pour son entreprise en France, est particulièrement éclairant :

L’agrément n’est pas simple à obtenir pour une jeune entreprise de technologie. Par nature, on force à se croiser 2 mondes diamétralement opposées : d’une part la startup, agile, rapide et légère et, d’autre part, la banque, avec ses process, ses contrôles et sa rigueur. Mais le jeu en vaut la chandelle, car cet agrément autorise la Fintech à « manier » directement l’argent de ses clients et donc à se positionner d’égal à égal face aux banques traditionnelles.

La barrière à l’entrée est donc très haute. Les réglementations qui suivent n’en sont pas moins drastiques. En France, les banques et les autres acteurs financiers doivent suivre le Code monétaire et financier (plus de 2800 pages) et sont soumis aux régulations du comité de Bâle, de l’autorité de contrôle prudentiel, de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et du Comité consultatif de la législation et de la réglementation financières (CCLRF).

En fait, bien plus que le métier de financier qui consiste à manipuler de l’argent, c’est tout le système monétaire qui est contrôlé et régulé par l’État. En France, l’euro est imposé comme étant la monnaie de référence, du moins dans sa forme liquide (cf. Code pénal, articles R642-3 et 442-4). L’État délègue son pouvoir sur la monnaie à la Banque Centrale Européenne (BCE), qui régule elle-même les banques commerciales. La création monétaire est assurée en grande partie par les banques commerciales via les crédits qu’elles accordent à leurs client, mais aussi par la BCE via un assouplissement quantitatif (Quantitative Easing).

D’après Andreas Antonopoulos, nous nous trouvons donc dans un système de capitalisme de connivence (crony capitalism) qui fausse la concurrence : un nombre restreint d’acteurs utilisent des groupes d’influence (« lobbys ») pour faire pression sur les hommes de loi et sur l’opinion. Ils rendent obligatoire le fait de passer par leur intermédiaire et perturbent la concurrence en rachetant leurs compétiteurs, en les poursuivant en justice ou en faisant en sorte qu’ils ne puissent pas suivre la réglementation. Il y a fort à parier que les néo-banques comme Revolut et N26 vont peu à peu se conformer aux mêmes exigences que leurs consœurs traditionnelles : ou bien parce qu’elles auront été achetées, ou bien parce qu’elles auront été attaquées en justice. C’est d’ailleurs de cette dernière façon que Uber est lentement devenu une part du cartel des taxis.

 

Les effets de ce cartel

Ce système de cartel encourage les comportements parasites. Dans l’imaginaire collectif, ce seraient les « méchants banquiers » qui auraient provoqué la crise de 2008, mais il s’agissait plutôt d’un problème lié à l’infrastructure elle-même, un problème systémique. Les banques ne font que profiter de la situation en extrayant une rente.

Comment les banques et les autres acteurs financiers tirent profit de leur situation privilégiée ? Premièrement, en prélevant des frais sur leurs clients sans que ceux-ci ne puissent rien faire. Les processeurs de paiement comme VISA et MasterCard prélèvent une fortune considérable grâce aux commerçants qui utilisent leurs services. Les banques commerciales perçoivent les intérêts des emprunteurs alors qu’elles ne font que créer de la monnaie.

Secondement, les membres du cartel bancaire profitent également de la création monétaire elle-même. La création monétaire (si elle n’est pas accompagnée de création de richesse) provoque de l’inflation, c’est-à-dire une hausse des prix, ou comme on le dit souvent un « impôt caché » sur les épargnants. Même si l’Occident échappe aux situations d’inflation élevée que connaissent des pays comme le Venezuela (hyperinflation), l’Argentine ou la Turquie, il n’est pas protégé des autres effets pervers de la création monétaire. Cette création monétaire provoque la formation de cycles financiers périodiques composés de bulles spéculatives et de crises violentes. Ces mouvements de marché enrichissent considérablement les banques d’investissement, d’autant plus qu’elles se font renflouer par l’État si la crise qui suit est trop violente (parce que too-big-to-fail) : par exemple JP Morgan Chase en 2008.

On peut constater la présence de ces cycles sur la courbe du S&P 500, l’indice boursier des 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines : la bulle technologique (dite « Internet ») en 2000 et son effondrement, et la crise financière mondiale en 2008.

 

S&P 500 de 1995 à 2019
Le S&P 500 de 1995 à nos jours (source: SPX sur TradingView)

 

L’assouplissement quantitatif réalisé aujourd’hui par la Réserve Fédérale américaine ainsi que par la BCE provoque également cette « inflation du marché financier ». Le S&P 500 est aujourd’hui à son plus haut historique et nous pourrions bien assister à une nouvelle crise dans les années à venir.

Outre ces effets directement liés à la recherche du profit des acteurs financiers, il existe également une conséquence désastreuse pour les individus : une perte de liberté sans précédent. Dans les pays occidentaux, les citoyens sont aujourd’hui quasiment obligés d’avoir un compte bancaire : en France par exemple, il est illégal de recevoir un salaire de plus de 1500 € par un autre moyen. Par ailleurs, les États mènent une véritable guerre contre le liquide et son usage est de plus en plus restreint.

Trois conséquences découlent de ce contrôle :

  • Une surveillance financière accrue est appliquée sur les citoyens.
  • Leurs paiements peuvent être censurés (comme on l’a vu en introduction).
  • Les comptes bancaires des citoyens peuvent simplement être ponctionnés. Par exemple, si la banque est en faillite, cela peut être fait tout à fait légalement au sein de l’Union Européenne, conformément à la « directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances » (BRRD). Cela a eu lieu à Chypre en 2013.

Nous nous trouvons ainsi au sein d’un système aux multiples effets pervers, qui appauvrit le citoyen moyen et le prive de sa liberté. Heureusement, une porte de sortie a été créée en 2009 par le mystérieux Satoshi Nakamoto : il s’agit de Bitcoin.

 

Sortir du système

Lorsqu’on se rend compte de comment fonctionnent les choses, on peut bien essayer de se plaindre ou de protester. Le système financier vous rira au nez : Occupy Wall Street n’a jamais eu une influence réelle sur les hautes sphères. Les plaintes (voice) ne servent à rien s’il n’y a pas de possibilité de défection (exit), si on ne peut pas quitter le système. Bien évidemment si un nombre suffisant de personnes protestent, l’État aura de plus en plus de mal à maintenir ce système en place : c’est pour cela qu’il accorde de temps à autres quelques avantages pour « calmer la foule » ; mais il ne revient jamais sur ses propriétés fondamentales. Le vote a le même effet. En dernier recours, l’État préférera accroître la complexité du système plutôt que de supprimer les avantages délégués aux banques.

L’apathie est une autre solution adoptée par de plus en plus de gens. Cependant, cette stratégie ne fonctionne pas réellement : tôt ou tard le système vous rattrape. Sauf si vous vivez en auto-subsistance, vous devez utiliser la monnaie imposée dans votre pays. Et en Occident, vous devez utiliser un compte bancaire.

Jusqu’il y a peu, il manquait une sortie, un moyen d’échapper au système. Mais Bitcoin est arrivé. Conçu spécifiquement pour lutter contre les inconvénients provoqués par le cartel bancaire et le monopole monétaire, Bitcoin se veut être, d’après son livre blanc, un « système d’argent liquide électronique pair-à-pair » (a peer-to-peer electronic cash system).

La particularité de Bitcoin est qu’il peut résister au pouvoir. En particulier, il est caractérisé par sa résistance à la censure et par sa résistance à l’inflation. Plutôt que d’accorder à une autorité centrale le pouvoir de valider les transactions, Bitcoin décentralise cette validation en la répartissant entre les mineurs. Ainsi, nul ne peut censurer votre transaction pour des causes arbitraires : il y aura toujours un mineur pour la valider à condition que vous y mettiez les frais nécessaires. De même, en n’étant pas imposé par un État mais en étant librement accepté par ses utilisateurs, le bitcoin est une devise intrinsèquement déflationniste : il n’y a pas de création monétaire hors de celle prévue originellement par le protocole, et, les épargnants ne sont donc pas lésés par la manipulation des banquiers centraux.

Bitcoin est accessible à tous : vous pouvez créer une adresse et recevoir des bitcoins simplement en téléchargeant une application sur votre téléphone mobile. Il n’y a pas besoin de donner son nom, son adresse, etc. Même si l’analyse de la chaîne peut altérer la confidentialité des utilisateurs, Bitcoin permet déjà d’échapper (relativement) à la surveillance des États et cela devrait s’améliorer avec les nouvelles fonctionalités qui seront implémentées dans le protocole.

Bitcoin est donc a-légal : il existe en dehors de la légalité. Au lieu d’être centralisé et hiérarchisé, Bitcoin est décentralisé et ne dépend d’aucune autorité. C’est pour cela qu’il peut, dans une certaine mesure, résister à l’interdiction pure et simple d’un État, contrairement aux systèmes de monnaie numérique précédents (tels que Digicash).

Dans les pays en crise, l’or et la monnaie étrangère (le dollar américain) sont facilement confiscables : le gouvernement peut débarquer chez vous et piller votre maison. C’est encore pire si vous essayez de quitter le pays : impossible de passer le contrôle en frontière avec de l’or ou des dollars sur soi. Bitcoin permet de remédier à cela. Puisque sa propriété ne dépend que d’une information (la clé privée), il existe une infinité de manières de cacher du bitcoin et l’envoyer à l’étranger se fait en un simple clic.

Andreas Antonopoulos nous invite donc à construire une économie pair-à-pair afin de nous détourner du cartel bancaire qui nous nuit. Il nous pousse à utiliser la désintermédiation offerte par les protocoles crypto-économiques comme Bitcoin. Plutôt que la révolution, il nous propose l’évolution. Plutôt que la négation et la destruction, il nous incite à construire le monde libre de demain.

 


Ludovic

Ludovic est fasciné par les cryptomonnaies et par l'impact qu'elles pourraient avoir sur le monde. De formation scientifique, il s'attache à décrire leur fonctionnement technique de la façon la plus fidèle possible.

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