Donald Trump, droits de douane et Cour suprême : là où se joue vraiment le risque pour les marchés

À l'approche du verdict de la Cour suprême américaine sur les droits de douane qui semble être un moment charnière pour la politique commerciale des États-Unis, les marchés se demandent par quels canaux le protectionnisme de Trump peut continuer de s'exprimer en cas d'annulation, et surtout à quel coût macroéconomique. Pendant que le débat se focalise sur le droit, le véritable test de la crédibilité de la politique Trump se joue sur les marchés.

Donald Trump, droits de douane et Cour suprême : là où se joue vraiment le risque pour les marchés

Ce que jugera réellement la Cour et pourquoi Trump n'est pas à court de munitions

Le verdict attendu sur les droits de douane n'est pas un référendum sur le protectionnisme américain. Il faut être conscient que ce que la Cour suprême des États-Unis peut invalider, ce n'est pas l'idée même de droits de douane, mais plutôt la base juridique précise utilisée pour les imposer. C'est donc plutôt la forme qui est remise en question, pas le fond.

Autre chose que beaucoup semblent oublier, c'est que depuis près d'un siècle, le Congrès américain a progressivement délégué une large partie de sa compétence commerciale à l'exécutif surtout quand il s'agit de sécurité nationale, d'urgence économique ou de déséquilibres externes. Ainsi, l'arsenal légal à disposition d'un président américain est exceptionnellement large. Si une voie tombe, une autre existe presque toujours et c'est encore le cas pour la future décision de la Cour suprême.

La première option, la plus rapide, est la Section 122 du Trade Act de 1974. Peu connue du grand public, elle permet d'imposer jusqu'à 15% de droits de douane pendant 150 jours en cas de déséquilibre extérieur. Ce n'est pas juridiquement très élégant mais c'est extrêmement efficace pour maintenir la pression, envoyer un signal politique fort et gagner du temps pendant qu'un dispositif plus robuste est préparé.

La seconde option, beaucoup plus structurante, est la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962. C'est celle qui a été utilisée pour l'acier et l'aluminium en 2018 et que Trump avait explicitement menacée d'utiliser sur l'automobile l'an dernier. Ici, on invoque la sécurité nationale, un terrain sur lequel les tribunaux américains laissent une marge de manœuvre considérable à l'exécutif. Juridiquement, c'est solide, et politiquement, c'est redoutablement efficace surtout dans un contexte électoral.

Enfin, il existe des textes plus anciens et plus radicaux comme la Section 338 du Tariff Act de 1930 qui autorise des droits pouvant aller jusqu'à 50% en cas de discrimination commerciale avérée contre les États-Unis. C'est un outil conflictuel, risqué en termes de représailles, mais il existe bel et bien.

Finalement, une décision défavorable de la Cour suprême serait un revers tactique, pas un blocage stratégique. L'administration américaine n'est pas coincée mais le sujet reste finalement la question que l'étendue des pouvoirs du président des États-Unis pourrait être remise en question, et la crédibilité de Donald Trump pourrait être entachée sur la scène internationale. Mais à court terme, la question se déplace immédiatement vers les marchés.

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Droits de douane et marchés actions : chaos ou simple rotation sectorielle ?

Avant d'aller plus loin, il faut comprendre que les marchés financiers ne jugent pas les textes de loi, ils jugent les effets macroéconomiques. Peu importe que les droits passent par telle ou telle section, ce qui compte, c'est l'ampleur du choc, sa durée et son impact sur la croissance et les marges.

Contrairement à une idée reçue, les droits de douane ne sont pas mécaniquement négatifs pour les actions des entreprises. Historiquement, ils ont souvent été destructeurs pour certains acteurs mais créateurs de valeur pour d'autres. Ils protègent la production locale, renforcent le pricing power de certains secteurs et déplacent la valeur au sein du marché plutôt que de l'anéantir.

Le S&P 500 est, dans son ensemble, beaucoup plus domestique qu'on ne le pense. Environ 70% des revenus sont générés aux États-Unis et les grandes capitalisations disposent de marges suffisamment élevées pour absorber une partie du choc via les prix ou l'optimisation des coûts.

Concrètement, certains secteurs peuvent même en bénéficier :

  • Industrie domestique et infrastructures : Pour revenir à l'exemple de 2018, plusieurs producteurs américains d'acier ont vu leurs marges s'améliorer malgré des volumes parfois en baisse.
  • Énergie et défense : ce sont des secteurs déjà soutenus politiquement avec des chaînes d'approvisionnement plus domestiques et une capacité à répercuter les coûts.
  • Certaines technologies à forte valeur ajoutée : quand la concurrence étrangère est pénalisée, le pricing power des acteurs locaux augmente.
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Par contre, la dispersion sera réelle, et les secteurs les plus vulnérables sont ceux :

  • très dépendants des importations,
  • à marges fines,
  • exposés à une clientèle sensible aux prix.

La distribution bas de gamme, certains acteurs du textile, de l'électronique grand public ou des biens de consommation importés sont clairement à risque. Même chose pour des chaînes de valeur mondialisées, complexes et peu flexibles.

Par contre, il faut aussi intégrer un facteur souvent sous-estimé mais bien connu des marchés : Trump n'aime pas les marchés qui chutent. Ce n'est ni idéologique ni théorique, c'est purement électoral. Il veut une économie qui tourne, un immobilier soutenu et un sentiment de prospérité. Si les marchés décrochent trop violemment, il ajuste, il temporise, il négocie. L'histoire de son premier mandat est très claire sur ce point et je pense pouvoir dire qu'il a été très limpide dans sa communication sur ce sujet.

Le vrai point de tension : le marché obligataire américain

Là où mon attention se concentre réellement, ce n'est pas tant sur les actions que sur le marché obligataire des États-Unis. Pourquoi ? Parce que le scénario où les droits de douane seraient durablement invalidés pose un problème très concret de recettes budgétaires. Les droits de douane, au-delà de leur dimension politique, sont aussi une source de revenus. En 2024, ils ont rapporté de l'ordre de 80 à 90 milliards de dollars par an au Trésor américain. Ce n'est pas suffisant pour combler un déficit mais ce n'est pas négligeable.

Mais en 2025, la Big Beautiful Bill a été votée, prolongeant et élargissant des baisses d'impôts massives. Le déficit fédéral dépasse déjà 6% du PIB et la dette publique flirte avec 120% du PIB. Le Trésor doit émettre toujours plus, sur des maturités de plus en plus longues, dans un contexte où la Fed n'est plus un acheteur structurel.

Si les droits de douane tombent sans solution de remplacement crédible, le message envoyé au marché obligataire est simple : moins de recettes, plus d'émissions, plus longtemps. C'est exactement le type de configuration qui peut pousser les investisseurs à exiger une prime de terme plus élevée, et c'est là que le risque apparaît : une remontée des taux longs américains par crédibilité budgétaire. Un 10 ans US qui repasse durablement au-dessus de 5%, voire 5,5 %, serait bien plus problématique pour les marchés que des droits de douane ciblés et modulés.

C'est aussi pour cela que, paradoxalement, les marchés peuvent préférer des droits de douane à leur absence. Les tarifs sont visibles, quantifiables et ajustables politiquement alors qu'une dérive budgétaire incontrôlée, elle, se traduit directement dans les taux, sans filtre politique.

Pour résumer, le verdict juridique est important, mais il ne change pas la trajectoire stratégique. Les droits de douane peuvent prendre d'autres formes, le marché des actions saura s'adapter avec une dispersion accrue et le véritable juge de paix reste le marché obligataire américain.

Si les droits tiennent, le choc sera sectoriel et gérable. S'ils tombent sans compensation, le problème deviendra budgétaire et les taux longs pourraient rappeler à tout le monde qui fixe vraiment les règles du jeu. C'est là que se situe, à mes yeux, le vrai risque systémique.

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