Euro numérique : le Parlement européen valide son cadre, mais des questions restent ouvertes
La commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a adopté mardi 23 juin 2026 sa position sur l'euro numérique, avec 43 voix pour, 14 contre et 1 abstention. Un vote qui ouvre la voie aux négociations avec le Conseil, pour un lancement envisagé... à l'horizon 2029.
Que dit le texte sur l'euro numérique ?
On en parle depuis des mois… Elle se concrétise. Selon le texte adopté ce mardi 23 juin 2026, l'euro numérique serait une nouvelle forme de monnaie émise par la Banque centrale européenne (BCE), utilisable en ligne et hors ligne. Et ceci alors que, de son côté, le Sénat américain vient de bloquer un éventuel dollar numérique.
Le but : qu'elle soit « privée, sûre et innovante », et surtout, qu'elle réduise la « dépendance à l’égard des prestataires extérieurs à l'UE ». Parfois présenté comme une concurrence aux stablecoins, l'euro numérique ne sera, pour rappel, pas décentralisé, contrairement aux cryptomonnaies. Mais il a son intérêt en cas de coupure des réseaux Visa ou Mastercard.
En ligne, les transactions transiteraient par un système basé sur des comptes. Hors ligne, le fonctionnement se rapprocherait de celui des espèces : les fonds seraient stockés localement sur l'appareil de l'utilisateur (ce qui signifie qu'un cas de perte ou de vol du smartphone ne donnerait droit à aucun remboursement). Contrairement à la carte, les commerçants ne pourront pas refuser l'euro numérique.
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Sur la confidentialité, le texte parle de « protection de la vie privée dès la conception », avec des technologies comme les « preuves à divulgation nulle de connaissance », qui permettent de vérifier les transactions sans exposer les données personnelles. La BCE n'aurait pas accès aux données d'identification. Les services de base comme l'ouverture de compte, la détention et les paiements courants seraient gratuits (aussi bien pour les particuliers que pour les paiements hors ligne des commerçants).
Pour limiter les risques sur la stabilité financière, la quantité d'euros numériques détenue par chaque individu serait plafonnée. Ce plafond serait fixé par la Commission européenne sur recommandation de la BCE, et révisé au minimum tous les deux ans. Les entreprises, elles, ne pourraient pas conserver d'euros numériques : elles auraient une fenêtre de 24 heures maximum pour recevoir des paiements entrants avant conversion.
Le rapporteur du texte, Fernando Navarrete Rojas (PPE, Espagne), résume l'objectif :
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L'euro numérique complétera l'argent liquide mais ne le remplacera jamais. Personne ne doit être contraint d'abandonner l'argent liquide, et personne ne doit être privé d'une option de paiement numérique sûre et résiliente.
Un projet loin de faire l'unanimité
Le vote en commission est loin d'être la conclusion du projet, il n'est qu'une étape. Les mandats de négociation avec le Conseil doivent être confirmés en séance plénière en juillet 2026. Si un accord est trouvé dans les temps, la BCE table sur un lancement en 2029, avec des tests pilotes dès 2027.
Mais le chantier reste coûteux… et surtout controversé. L'investissement est estimé à environ 1,3 milliard d'euros pour la BCE, jusqu'au lancement, et plus 320 millions par an pour fonctionner. Côté banques commerciales, les estimations évoquent plusieurs dizaines de milliards d'euros cumulés pour l'ensemble du secteur, dont 75 % liés à la refonte des infrastructures techniques. Le risque de fuite des dépôts est également documenté : une étude de Copenhagen Economics évalue la décollecte potentielle à 739 milliards d'euros en Europe pour un plafond de détention fixé à 3 000 euros.
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L'autre point de tension concerne Wero, le service de paiement paneuropéen porté par le consortium EPI et ses banques partenaires, qui revendiquait déjà plus de 43 millions d'utilisateurs fin 2025 et prépare son extension au e-commerce et aux paiements en boutique. Le risque de concurrence déloyale existe : l'euro numérique bénéficierait d'une obligation d'acceptation réglementaire que Wero n'a pas... ce qui obligerait les banques à financer simultanément deux infrastructures à usages semblables.
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