D'après une étude de Qapa, la plateforme de recrutement par intérim, 57% des Français sont disposés à recevoir une partie de leur salaire en cryptomonnaies plutôt qu'en euros. Dans le détail, 66% des hommes sondés sont prêts à percevoir leur paie en crypto-devises. Chez les femmes interrogées, ce taux tombe à 55%. Par contre, 95% des femmes et 92% des hommes interrogés ignorent qu'il est tout à fait possible de négocier une partie de leur salaire en cryptomonnaies.

 

Percevoir son salaire en crypto-monnaies en France, est-ce vraiment possible ?

En France, le Code du travail encadre de façon très stricte le paiement des salaires. L'article L3241-1 stipule que « le salaire est payé en espèces ou par chèque barré ou par virement à un compte bancaire ou postal ». Jusqu'à récemment, le Code du travail imposait que la paie mensuelle soit versée en monnaie fiduciaire (l’euro), ou dans une monnaie ayant cours légal sur le territoire. L'article L143-1 qui obligeait les employeurs à verser le salaire « en monnaie métallique ou fiduciaire » a été abrogé il y a quelques années. Désormais, aucun article du Code du travail français ne mentionne le paiement obligatoire en euros. De même, l'Organisation internationale du travail mise en place par l'ONU n'impose pas ouvertement le paiement des salaires en monnaies fiat.

Par contre, le Code monétaire et financier précise que le « paiement des traitements et salaires […] doit être effectué par chèque barré ou par virement à un compte bancaire ou postal ou à un compte tenu par un établissement de paiement ou un établissement de monnaie électronique qui fournit des services de paiement ». Concrètement, la législation ne permet donc pas à un employeur de rémunérer ses employés en transférant des bitcoins sur un portefeuille BTC par exemple. La paie doit impérativement être versée sur un compte bancaire. C'est actuellement la seule contrainte imposée aux employeurs et aux employés dans l'Hexagone.

 

Bitwala Bitcoin

 

En France, il ne semble donc pas possible stricto sensu de recevoir son salaire en cryptos. Pour ça, la monnaie virtuelle doit d'abord être reconnue comme une devise ayant un cours légal. Mais jusqu'ici, le BTC et les autres cryptos ne bénéficient encore d'aucune existence juridique. Pour contourner la législation en vigueur, il suffit pourtant de demander la réception de son salaire sur le compte fourni par une cryptobanque, comme Wirex ou Bitwala par exemple, qui permet de stocker à la fois des monnaies fiduciaires et des crypto-actifs. Une fois que vous avez ouvert un compte bancaire sur une banque de cet acabit, vous pourrez vous arranger avec votre employeur.

De plus, on notera qu'il n'est pas interdit de percevoir une partie de son salaire sous une autre forme qu'une monnaie fiat ayant cours sur le territoire. À l'origine, cette flexibilité permettait aux patrons d'offrir des bons d'achat à leurs ouvriers. Pour contourner le cadre défini par la loi, on vous conseille donc de négocier uniquement une partie de votre rémunération mensuelle en BTC, ETH ou LTC par exemple. Certaines entreprises étrangères, comme GMO Internet Group au Japon, offrent déjà des primes en bitcoin à leurs employés. Concrètement, vous pourriez théoriquement percevoir des primes de risques, de froid, pour le travail du dimanche ou de nuit, en cryptomonnaie et directement sur une adresse BTC ou ETH. Tant que la majeure partie de votre salaire est toujours perçue en monnaie fiduciaire sur un compte bancaire, les autorités ne devraient rien trouver à redire.

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Les obstacles

Sans surprise, les employés souhaitant recevoir leur dû en crypto vont se heurter à une série d'obstacles. Tout d'abord, la législation en vigueur en France demande à ce que les employés désireux de percevoir une partie de leur rémunération sous une autre forme que la monnaie fiduciaire prouvent l’intérêt que cela a pour eux. En théorie, vous serez donc obligé d'argumenter votre choix devant l'administration en plus de votre employeur. Si vous travaillez pour une administration officielle, comme les impôts par exemple, ou pour un grand groupe, vous aurez d'ailleurs beaucoup plus de difficultés à négocier le versement de votre salaire en cryptodevises. Les administrations sont généralement régies par des règles strictes dans le domaine des salaires.

De plus, si vous avez demandé le paiement de votre salaire sur le compte bancaire hébergé par une cryptobanque, il n'est pas impossible que l'adresse IBAN renseignée soit refusée. De nombreuses banques en ligne « crypto-friendly f» proposent en effet un IBAN étranger. C'est notamment le cas de Bitwala, qui donne accès à un IBAN allemand, ou Wirex, dont l'IBAN est lithuanien. Certains employeurs, comme les administrations officielles, refusent parfois catégoriquement de verser un salaire sur un compte étranger. C'est évidemment illégal. L'article 9 de régulation SEPA (Single Euro Payments Area) considère le refus d'un IBAN comme de la discrimination. La loi européenne du 1er février 2016 stipule en effet que les commerçants et employeurs ne peuvent refuser un IBAN sur base du code indiquant le pays. Malheureusement, cette violation est encore très courante.

 

Trouver des petits jobs rémunérés en cryptomonnaies

Évidemment, vous n'aurez aucune difficulté à réclamer une partie de votre salaire en crypto-monnaies si vous travaillez pour une entreprise du secteur des cryptos. De nombreux exchanges rémunèrent déjà les employés qui le souhaitent en crypto-devises. C'est notamment le cas de Kraken, où 31% des salariés sont déjà rémunérés exclusivement en BTC. Pour répondre à la demande grandissante, des plateformes répertorient déjà tous les jobs vacants qui sont payés en crypto.

 

Cryptogrind

 

Parmi les services les plus populaires, on trouve Coinality ou encore Bitgigs. Pour l'heure, les emplois répertoriés sont surtout localisés aux États-Unis. Pour les auto-entrepreneurs ou les freelances, certains sites permettent aussi de trouver des missions payées en BTC, ETH ou autres. On vous conseille d'abord de jeter un oeil sur Cryptogrind, où de nombreuses annonces réclament des traducteurs, des développeurs ou des graphistes notamment ; mais aussi sur Coinworker ou encore sur Blocklancer.

 

Et dans le reste du monde ?

Dans certains pays, la pratique se démocratise à grande vitesse. Aux États-Unis, où la législation est plus souple qu'en Europe, plusieurs entreprises rémunèrent déjà leurs employés en crypto. C'est le cas de la société Internet Archive, qui paie ses salariés en BTC depuis 2013.

Sans surprise, seule une partie du salaire est versé en crypto. Le montant restant est transféré en dollars par virement bancaire. Dans la plupart des cas, toutes les entreprises qui rémunèrent leurs employés en cryptodevises profitent d'une « zone grise du droit », estime Sadry Bouhejba, directeur des investissements d'Archery Blockchain, un fonds luxembourgeois spécialisé dans les cryptos.

« C'est légal, transparent, documenté et déclaré, le fisc prenant en compte le montant de salaire après sa plus-value ou sa moins-value, » souligne Sadry Bouhejba aux Échos.

Face à l'intérêt croissant des cryptos, la Nouvelle-Zélande a décidé de légaliser le paiement des salaires en cryptoactifs en août 2019. C'est le premier pays au monde qui légifère sur cette pratique. Seules les cryptomonnaies qui peuvent facilement être échangées contre une monnaie fiat sont autorisées par le gouvernement. Les montants sont évidemment mentionnés sur la fiche de paie du salarié.

 

Les meilleures solutions permettant de verser un salaire en cryptomonnaies

En parallèle à l'explosion des emplois payés en cryptos et la multiplication des plateformes de recherche d'emploi, des startups ont développé d'ambitieuses solutions afin de permettre à un employeur de rémunérer ses employés en devises numériques. Les plateformes ci-dessous se distinguent des sites de recherche évoqués plus haut par la mise en place d'un service de gestion de la paie tirant profit au maximum des vastes possibilités des cryptos.  On fait le point sur les technologies les plus intéressantes dans le domaine.

 

Sablier

Sablier DeFi

 

Sablier est une application décentralisée qui permet aux employeurs de rémunérer leurs collaborateurs en temps réel. Toujours en développement, le projet facilite le paiement des salaires à la fois du côté des employeurs, des employés et des auto-entrepreneurs.

Concrètement, les parties concernées peuvent définir des intervalles de paiements entièrement personnalisables. Grâce à la technologie des smart contracts, il est ainsi possible de recevoir sa paie dès qu'une journée de travail est terminée ou qu'une mission est terminée. Sablier ambitionne donc de bouleverser la manière dont les salaires sont encadrés depuis des décennies.

 

Bitwage

 

Lancé en mai 2014, Bitwage est un service de paiement de salaires pour indépendants. Grâce à la blockchain, la plateforme permet à des entreprises de payer leurs collaborateurs et fournisseurs situés partout dans le monde rapidement et en toute sécurité. Bitwage permet de rémunérer les collaborateurs en bitcoin, en éther, ou dans plusieurs monnaies fiduciaires (dollars, yuans, roupies...).

Pour éviter les délais de transferts inhérents au système bancaire, le service convertit les monnaies fiat fournies par les employeurs en BTC. L'individu qui perçoit la rémunération peut choisir de recevoir la somme, ou une partie, en bitcoin ou dans une autre devise.

 

Talao

 

On conclura ce dossier avec Talao, une startup toulousaine qui propose aux employeurs de rémunérer des auto-entrepreneurs avec des jetons adossés à l'éther. Le service permet aussi d'émettre des certificats  numériques infalsifiables sur la blockchain afin d'attester de la réussite d'une mission.

Grâce à ces certificats, les entrepreneurs peuvent mettre en avant leurs compétences et leurs réussites professionnelles. De plus, la chaîne de blocs évite les fausses références et les CV mensongers. Avec cette technologie, Talao espère révolutionner le monde du recrutement et des ressources humaines.

Nous espérons que cet article dédié au versement des salaires en cryptomonnaies est parvenu à titiller votre curiosité. Si une erreur s'est glissée dans notre dossier ou si vous avez un témoignage à partager sur le sujet, nous vous invitons à nous en faire part dans les commentaires ci-dessous.

A propos de l'auteur : Florian Bayard

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Je suis ici pour raconter des choses parfois compliquées avec des mots toujours simples.
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