Andreas Antonopoulos est un professeur gréco-britannique, considéré comme l’un des plus grand expert de la blockchain et des cryptomonnaies en général, et de Bitcoin et Ethereum en particulier. Il est également auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets. Lors d’une conférence à San Francisco en octobre dernier, il a tenté de théoriser sa pensée sur cette technologie et de tirer des conclusions sur l’avenir de cette dernière.

 

 

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Il développe ainsi l’idée que nous nous dirigeons vers un nouveau réseau, plus global, dans lequel plusieurs blockchains coexisteront et seront liées entre elles pour répondre aux diverses attentes des utilisateurs.

Son raisonnement est structuré en trois étapes. La première résulte du constat qu’un écosystème ne peut pas reposer sur une chaîne parfaite et unique. Ensuite, il démontre le processus d'évolution des structures blockchains. Il parvient enfin à dépeindre ce qui est selon lui le seul futur possible possible: l’avènement d’un réseau de chaînes interconnectées.

 

L’impossibilité d’une chaîne parfaite

Selon Andreas Antonopoulos, certaines personnes continuent de croire qu’il faudrait une crypto-monnaie unique, une blockchain supérieure, au dessus des autres. Il est totalement opposé à cette idée et affirme ainsi que depuis 2013, cette hypothèse ne résiste ni à l’étude du comportement humain, ni à l’examen des faits.

Une blockchain unique serait par essence en opposition à la nature humaine. Les traits qui nous caractérisent laissent une grande place à la diversité des attentes. Il tente de justifier cette position de façon philosophique. Il part ainsi du postulat que notre nature nous impose une fragmentation de nos idées ainsi que des comportements hétérogènes. Ils sont guidés et contrôlés non pas par la rationalité mais pas des émotions. Nous n’avons jamais réussi à imposer une religion ou un langage unique: il en sera de même pour la blockchain. Aucune ne pourra jamais faire l’unanimité.

Par ailleurs, en plus de cet aspect purement philosophique, il avance également l’idée qu’une blockchain unique ne pourrait pas non plus répondre aux attentes technologiques et du marché. Les utilisateurs et les développeurs auraient un besoin irrépressible de faire des choix. Ces arbitrages conduiraient à une multiplication des perspectives, chacune de ces dernières étant par nature différente des autres.

Selon lui, il est impossible de combiner à la perfection les trois piliers fondamentaux d’une chaîne de blocs idéale. Elle nécessiterait une décentralisation totale, une sécurité à toute épreuve et sans problème d’échelle. D’autant plus que les choix offerts par la technologie ne se limitent pas à ces trois caractéristiques essentielles d’une blockchain efficace. C’est ce qui conduit selon lui à des forks, dont il ne faudrait pas avoir peur mais au contraire les considérer comme une extension des possibilités offertes par la technologie.

Dans la pensée d’Antonopoulos, ils sont que la traduction pratique de la ramification des idées qu’il estime inhérentes à notre nature. Ils traduisent la diversité de la pensée. Le fork permet ainsi à chacun, à un groupe d’individus, de faire ses propres choix. Il ne viendrait pas remplacer une idée initiale, il viendrait la compléter, permettant à chaque fois d’étendre l’écosystème.

La perfection étant inatteignable vue l’impossibilité de remplir parfaitement l’ensemble des critères définissant une blockchain idéale, cette ramification serait nécessairement positive. L'irrationalité de l’homme guidé par ses émotions et la diversité culturelle empêcherait une limitation de ce processus multiplicateur. Un individu pourrait ainsi faire un choix contraire à ses intérêts économiques, mais il serait impossible de l’en empêcher. Et des personnes, répondant elles-même à des émotions, pourraient également rejoindre ce projet, permettant la création d’une nouvelle communauté.


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Fonctionnement des cycles entre infrastructures et applications

Antonopoulos parvient également à théoriser un fonctionnement des cycles entre la mise en place des infrastructures et des applications sur celles-ci. Il s’agirait d’un processus composé de plusieurs phases: création, fragmentation et standardisation.

Il définit l’infrastructure comme un préalable à la capacité de créer des applications concrètes. Une structure est créé. Des individus mettent en place des applications concrètes sur celle-ci. Ils peuvent ensuite les développer. Avec la création se pose la question de la capacité de la plateforme à toutes les supporter. Les problèmes d’échelle évoqués plus tôt apparaissent. Tout comme ceux relatifs à la sécurité. Il est nécessaire de remettre en place une nouvelle infrastructure qui connaîtra à son tour les mêmes problématiques.

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Il y aurait toutefois un frein à cette croissance illimitée d’infrastructures et de création d’applications: l’attention humaine. Celle-ci serait en effet elle même limitée. Ainsi, le développement d’applications sur une nouvelle chaîne ne présenterait aucun intérêt à partir du moment où personne ne trouverait le besoin de l’utiliser. Le développement d’infrastructures est donc limité par la capacité humaine à assimiler les différents projets et à sa volonté de vouloir en développer de nouveaux.

Après l’étape d’expérimentation viendrait nécessairement le stade de la fragmentation (l’idée des forks évoquée plus tôt). Les échecs dans les expérimentations ont aussi leur importance dans la pensée d’Andreas. Ils permettent d’apporter des enseignements fondamentaux pour le futur.

Enfin, une dernière étape viendrait compléter ce processus: la standardisation. La multiplication des expérimentations ne peut pas être exponentielle en ce qu’elle ne permet pas de mobiliser l’attention des utilisateurs.

 

L'avènement de l’interopérabilité

L'écosystème actuel et futur serait donc composé non pas d’une blockchain, mais de plusieurs. Aucune n’aurait vocation à détruire les autres, toutes seraient interconnectées. Désormais, le défi serait de trouver des moyens de lier ses différentes chaînes entre elles. L’avenir ne serait pas fait d’une chaîne ultime avec une unique cryptomonnaie, mais bel et bien d’un réseau composé de plusieurs chaînes compatibles et interconnectées.

C'est tout l'intérêt des projets comme Cosmos. En effet, il est souvent présenté comme l'Internet des blockchains, en ce sens qu'il présente des fonctionnalités qui permettent à des chaines de blocs indépendantes de communiquer entre elles.

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A propos de l'auteur : Nicolas Hamouy

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Diplômé en droit des affaires et actuellement expatrié en Roumanie, je m’intéresse depuis peu à la DeFi et je suis également particulièrement intéressé par les problématiques juridiques posées par les cryptomonnaies. J’ai décidé de partager mes modestes connaissances ainsi que l’actualité de l’éco-système en Europe de l’Est depuis mars 2020.
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Anna taylor

A really interesting article and very helpful!