Que s’est-il passé avec l’action GameStop ?

Petit rappel des faits. Le 27 janvier dernier, des milliers de particuliers se sont passés le mot sur le forum de discussion Reddit afin d’acheter des actions d’entreprises en difficulté, dont GameStop (la maison mère de Micromania en France). Le tout via l’application de trading pour particuliers Robinhood.

Objectif ? Faire monter le cours de l’action afin de provoquer la faillite de hedge funds (fonds spéculatifs), ces géants de Wall Street qui avaient parié sur leur effondrement. Et sauver l’entreprise d’une mort programmée.

« C’est ce qu’on appelle du shortselling (de la vente à découvert). C’est un trade qui rapporte gros si l’action baisse, mais qui coûte cher si l’action monte, puisque les hedge funds doivent alors se racheter à perte », traduit Anice Lajnef, ancien trader à la Société Générale.

Pour GameStop, c’est le fond Melvin Capital qui était à la manœuvre. Mais le hic, c’est que l’appel des particuliers sur Reddit a largement été suivi. Et le fonds spéculatif a perdu cinq milliards de dollars sur cette opération. « L’action s’est propulsée à plus de 480$, alors qu’elle se négociait à quelques dizaines de dollars avant l’opération. »

Une démonstration de force de WallStreetBets, le groupe de petits traders réunis sur Reddit. Mais pourquoi Melvin Capital a-t-il parié contre l’entreprise GameStop ?

« Avec la numérisation du gaming, l’entreprise se portait mal et c’est pour cette raison que les requins de la finance sont allés les abattre. Mais le prédateur s’est fait attaquer à son tour. Les petits sont venus défendre l’entreprise et ont gagné le combat. »

Quid de l’efficience des marchés ?

L’efficience des marchés est une théorie d’investissement qui soutient qu’il est impossible de “battre le marché”. Selon cette théorie, les actions s’échangent toujours à leur juste valeur.  Les actions sous ou surévaluées n’existeraient donc pas.
Et pour Anice Lajnef, cet événement démontre au monde entier que le mythe de l’efficience des marchés n’existe pas.

« Le mythe de l’efficience des marchés vole en éclat. Le paradoxe, c’est qu’en 2008, ces mêmes hedge funds étaient très mal en point. Les banques centrales les ont sauvés. D’un côté, on laisse les prédateurs tuer les entreprises avec l’argent public et quand ils se font avoir à leur propre jeu, ils changent les règles. Ici, en interdisant d’acheter des actions GameStop », soupire-t-il.

Et c’est justement ce qui a largement choqué sur cette affaire. À la suite de l’envolée du cours de GameStop, les plateformes de trading pour particuliers ont en effet retiré de leur offre cette action. Une façon d’empêcher l’action d’aller plus haut et donc de colmater les pertes des hedge funds. Du jamais vu. « On a déjà empêché de parier à la baisse contre des actions, en suspendant le shortselling. Mais jamais d'en acheter. »

Ces mouvements, aussi violents à la hausse qu’à la baisse vont laisser des traces à WallStreet et sur les marchés. « L’entreprise ne vaut pas plus que les flux futurs qu’elle va générer. Si l’action était à 4$, c’est qu’elle devait rapporter 4% tout au plus, soit 16 centimes par titre. Le nombre d’années de dividendes qu'il faudrait pour payer 400$ par action devient énorme. Cette déconnexion totale est pernicieuse. Elle rattrape souvent l’entreprise par une violente correction de son cours en bourse. »

Pour Anice, cette opération soulève un autre problème. « Ça décrédibilise la finance et surtout la monnaie. S'il n'y avait pas autant d’argent en circulation, ça n’aurait jamais pu arriver. »

Pour lutter contre ces dérives, l’ancien trader prône pour plus de décentralisation «Une finance aux mains de la SEC (l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers), de la FED (la banque centrale américaine) et des banques privées, ça ne fonctionne pas. Il faut aller vers un système de plus en plus décentralisé, ou sous le contrôle démocratique du peuple ».

Les actions sur la DeFi : la bonne réponse face à ces problèmes ?

Cette histoire a mis un coup de projecteur énorme sur la finance décentralisée. Certains y voient la fin du monopole d’une élite, affirmant qu’il n’y serait notamment pas possible d’arrêter le trading d’une action sur la DeFi (Decentralized Finance). Mais cette solution est-elle la bonne ?

« On n’est pas prêt à supplanter la finance centralisée (CeFi) avec le gas et la scalabilité du moment. Mais la bonne nouvelle c’est que ce n’est pas la dernière fois que la CeFi essaye d’arnaquer les gens, et quand on sera prêt, on pourra accueillir le public », confie Pascal Tallarida de Jarvis, un protocole décentralisé qui vise à ubériser et universaliser la finance et l’investissement.

Ça changerait quoi au juste, de trader sur la DeFi ?

« C’est vrai qu’on ne pourrait pas y stopper une paire de trading. Quand c’est lancé sur Ethereum, c’est lancé. Mais les fournisseurs de liquidités pourraient décider de ne pas apporter la liquidité sur une paire et l’échange ne serait donc plus possible. »

Dans la DeFi, il faut distinguer deux types d’action ; Les actions dites tokénisées et les actions dites synthétiques.

L'un des protocoles qui a le plus bénéficié de la publicité offerte par le retrait de l’action GameStop est MirrorFinance, qui propose des actions comme Tesla et Amazon en synthétique. Mais cette solution n’est pas sans danger.

« Pour obtenir une action sur le protocole, il faut la minter (la créer) en apportant un actif en collatéral. » À la manière de Maker DAO pour obtenir du DAI en somme.

« Mais si l’action explose à la hausse, le collatéral ne suffit plus à assurer la position et la personne qui a créé l’action est liquidée. De ce fait, il faut se couvrir du risque de la liquidation avec une action réelle dans la finance traditionnelle. On est donc encore trop lié ».
Autre difficulté un peu complexe à appréhender ; créer des actions et les garder dans son portefeuille n'apporte pas de plus-value.

« Si j’ai 100 mTESLA et que l’action TESLA fait x2, mon portefeuille ne double pas. Pour avoir ce gain, il faudrait vendre les titres, puis attendre qu'ils baissent, le racheter pour empocher la différence. Tant qu’ils sont dans mon wallet, la seule chose que je peux faire c’est récupérer mon collatéral en les renvoyant au protocole et brulant mes mTESLA. Je ne récupère donc pas de plus-value. »

Il faut en effet comprendre que la personne qui émet un token synthétique devient vendeur de celui-ci. « Si je vends mes mTESLA et qu’ils descendent, je suis super content. Mais s'ils montent c’est dangereux, car je devrais les racheter plus cher qu’à la création afin de sortir de ma position. » Un exercice périlleux.

Sur Synthetix ou Jarvis, ce problème est similaire, mais ne met pas en danger l’utilisateur qui ne peut pas directement minter des actions. Mais transfère ce risque aux fournisseurs de liquidités ou la plateforme elle-même. « Chez Jarvis, on possède un  compte chez un courtier traditionnel pour acheter des actions réelles et moduler notre risque ». Il faut donc avoir une gestion du risque stricte, et garder un œil en permanence sur ses positions.

L’alternative à ces actions synthétiques complexes, ce sont les actions tokénisées, proposées notamment par la plateforme FTX.

Le fonctionnement est bien différent. De vraies actions sont dans un coffre en banque et sont reproduites via un token qui suit parfaitement le prix du sous-jacent. Une proposition intéressante, mais là aussi, en connivence avec la CeFi et un tiers de confiance.

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Les investissements dans les crypto-monnaies sont risqués (en savoir plus)

L’autre risque avec ces actions DeFi, c’est les délits d'initié. « C’est très compliqué sur la CeFi, car il y a les régulateurs et de la vérification d'identité partout. Mais dans la DeFi, c’est difficilement traçable. Si un membre exécutif d'Amazon connaît une grosse news avant qu’elle sorte, il peut acheter subtilement des actions sur Uniswap (un échangeur décentralisé) avant. Ça risque de ruiner les fournisseurs de liquidités et mettre un stress supplémentaire au marché. »

Les actions dans la DeFi, une fausse bonne idée pour le moment donc.

« Ça apporte plein de problèmes pour aux fournisseurs de liquidités. C’est très bien pour l’utilisateur final, mais pas pour l’infrastructure », tranche Pascal.

👉 Sur le même sujet - FTX crée des versions tokénisées des actions suspendues par Robinhood

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A propos de l'auteur : Valentin Demé

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Passionné par la technologie Blockchain et les crypto monnaies, je suis la voix du podcast de Cryptoast. J'écris également beaucoup sur les sujets DeFi.
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Bob

Reproduire la finance centralisée avec le cas des actions même sous forme de jeton ça ne mènera à rien, il faut trouver quelque chose de nouveau. Quelque chose d'innovant.