Pourquoi le Groenland obsède Donald Trump ?

Derrière les sorties spectaculaires de Donald Trump sur le Groenland se cache une logique beaucoup plus froide et stratégique qu’il n’y paraît. Ce territoire arctique concentre des enjeux militaires, économiques et géopolitiques majeurs, au cœur des tensions entre les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine. En filigrane, ce dossier révèle surtout une chose : le véritable rapport de force ne se joue pas sur la glace, mais sur les marchés et la crédibilité du dollar.

Pourquoi le Groenland obsède Donald Trump ?

Le Groenland n’est pas un caprice

À chaque fois que le Groenland revient dans la bouche d’un président américain, beaucoup réagissent comme si nous étions face à une lubie exotique de l'Oncle Sam. En réalité, l’intérêt des États-Unis pour ce territoire est ancien, cohérent et surtout lié à une logique de puissance très classique.

Historiquement, Washington voit le Groenland comme une extension naturelle de sa profondeur stratégique dans l’Atlantique Nord et l’Arctique. L’épisode le plus connu est celui de 1946 où l’administration Truman avait déjà proposé d’acheter le Groenland au Danemark dans un contexte où les militaires américains considéraient l’île comme un point clé pour la défense et la projection vers le pôle Nord.

groenland place monde

Source : Wikimedia

Pendant la Guerre froide, cette logique s’est matérialisée avec une présence militaire américaine, des dispositifs de surveillance et de défense ainsi qu’une base devenue emblématique (Thulé, aujourd’hui Pituffik). Le Groenland n’était pas un bout de glace mais plutôt un poste avancé sur la route la plus courte entre l’Amérique du Nord et la zone soviétique avec un intérêt direct pour la détection de missiles et le contrôle de l’espace arctique.

Ce qui change aujourd’hui, c’est la valeur relative du dossier dans un monde où l’Arctique monte en puissance pour trois raisons :

  • Militaire : dans une rivalité entre grandes puissances, les zones qui permettent de surveiller, dissuader et se projeter militairement deviennent stratégiques ;
  • Économique et logistique : l’ouverture progressive, grâce ou à cause de la fonte des glaces, de routes arctiques et l’intérêt pour des ressources critiques augmentent la valeur des matières premières qui étaient secondaires il y a 30 ans ;
  • Géoéconomique : le Groenland est aussi un espace où la question n’est pas seulement "Qui possède cette terre ?" mais "Qui peut y entrer ?".

Pékin a tenté, ces dernières années, de se positionner via des investissements et des infrastructures comme autour d’aéroports et d’actifs stratégiques. Ce qui est frappant, c’est que beaucoup de ces tentatives n’ont pas abouti, précisément parce que le binôme États-Unis / Danemark (et les acteurs groenlandais) a vu le risque. Laisser une puissance rivale s’installer sur un point aussi sensible, même "à travers l’économie", c’est accepter une pénétration stratégique déguisée. En clair, à mes yeux, le Groenland est moins une terre à acheter qu’un accès à verrouiller.

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Trump, ou quand la logique du deal se heurte à celle des alliances

La séquence devient explosive lorsque l’on mélange deux choses : une priorité stratégique réelle (verrouiller le Groenland) et une méthode de négociation “à la Trump”.

L’idée de départ peut s’inscrire dans la continuité historique américaine, c'est-à-dire sécuriser un nœud stratégique dans la rivalité des blocs. Mais la manière : menaces, chocs, pressions publiques et l’utilisation de droits de douane comme arme contre des alliés, change la nature du jeu.

Concrètement, les menaces tarifaires visant l’Europe, associées au dossier Groenland, ont ravivé ces derniers jours une lecture très simple : Trump veut pousser le rapport de force au maximum pour obtenir un deal, même symbolique et partiel. Les marchés ont commencé à le prendre au sérieux avec des réactions sur les devises et des débats sur un "Sell the American Exceptionalism".

Le problème est que la géopolitique n’est pas une transaction immobilière bilatérale.

  • Humiliation politique : conditionner la relation commerciale ou tarifaire à des exigences territoriales est très difficilement entendable du côté européen, surtout pour le Danemark qui a la souveraineté internationale du Groenland ;
  • Effet boomerang stratégique : la puissance américaine repose largement sur ses alliances. Les fragiliser pour un gain immédiat peut coûter plus cher que ça ne rapporte, surtout face à une Chine qui adore voir l’Occident se diviser ;
  • Rigidification des positions : plus la pression est publique, plus elle rend le recul coûteux pour l’adversaire.

groenland trump drapeau

Source : Compte de Donald Trump sur Truth Social

L’objectif crédible n’est pas une annexion forcée qui serait trop coûteuse diplomatiquement, trop risquée, et bénéfique pour Pékin. L’objectif crédible serait un renforcement de l’influence américaine, pour sécuriser juridiquement et politiquement sa présence afin d’empêcher toute porte d’entrée chinoise via des infrastructures et partenariats. Cela permettrait de rendre la trajectoire future du Groenland plus prévisible pour les américains.

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Le dollar est la contrainte, l’Europe est le levier mais un levier imparfait

C’est ici qu’on passe du théâtre politique à la mécanique froide des marchés. Utiliser les droits de douane comme arme contre des partenaires européens n’est pas sans effets sur l’économie. Cela peut créer de l’inflation importée ou perturber les chaînes de valeur. De plus, les investissements aux États-Unis seront considérés comme plus risqués compte tenu de l’incertitude et de potentielles mesures de rétorsion. Enfin, cela fragilisera le cadre multilatéral du commerce.

En revanche, il y a une limite structurelle, c’est le dollar. Les États-Unis bénéficient d’un privilège unique : la monnaie de réserve mondiale qui permet de financer déficits et dettes dans des conditions souvent plus favorables que n’importe quel autre pays. Ce privilège dépend d’une chose peu tangible mais cruciale : la confiance.

Quand la rhétorique devient trop chaotique, trop transactionnelle, voire trop menaçante, cela n’entraîne pas forcément un effondrement immédiat. Par contre, une augmentation du risque géopolitique peut provoquer des micro-fractures comme une diversification plus importante des investissements. Aussi bien géographiquement que sur les types d’actifs comme les métaux précieux. Cela peut également entraîner une hausse du coût de financement à long terme ainsi qu’une plus grande volatilité des taux de change et donc une pression politique domestique si la population, ou les marchés financiers, subissent une inflation élevée.

L’Europe, dans cette histoire, n’est pas juste un spectateur, c’est un acteur financier majeur. Des estimations récentes évoquent plus de 10 000 milliards de dollars d’actions américaines détenues côté européen, sans parler de l’immense part détenue sur les marchés obligataires. Cela crée une forme de levier potentiel même s’il est difficile à actionner réellement sans se tirer une balle dans le pied. D’ailleurs, le Danemark a décidé d'agir via le fond de pension AkademikerPension qui souhaite vendre ses obligations américaines.

AkademikerPension

Source : Bloomberg

Trump peut menacer mais il ne peut pas aller jusqu’au bout sans regarder les deux tableaux. Le premier est que les électeurs n’aiment pas l’inflation, ni l’incertitude et les investisseurs profitent (qu’on le veuille ou non) de la hausse des marchés financiers. Le second est que si les taux longs montent trop vite et trop fort, si le dollar se fragilise, ou si la demande étrangère se diversifie trop vite, la marge de manœuvre se réduit.

C’est la raison pour laquelle ces séquences bruyantes finissent souvent avec une concession arrachée (même symbolique) et une prime de risque (concernant les investissements aux USA) qui ne revient jamais complètement à zéro.

L’Europe dans tout ça ? Juridiquement, le Groenland est rattaché au Royaume du Danemark mais stratégiquement tout le monde sait que la décision sera américaine. Cette dissociation résume notre époque où l’Europe reste centrale par la géographie et le capital mais peine à imposer une stratégie unifiée.

À titre personnel, je pense que Trump ne souhaite pas acheter le Groenland car les États-Unis n’ont ni les fonds pour acheter un nouvel État, ni le temps pour tout construire sur place. L’objectif est d'avoir la mainmise sur les infrastructures et la surveillance militaire, une sorte de protectorat, économique et militaire.

Globalement, nous sommes dans une phase de pré-positionnement où chacun sécurise des options, verrouille des points d’accès, prépare des récits et teste les limites des lignes rouges sous couvert de coups disproportionnés ou de sorties absurdes.

En géopolitique comme en finance, gagner du temps quand l’incertitude monte est parfois la ressource la plus précieuse, et c’est ce que Trump essaie de faire.

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Source image : Compte officiel de Donald Trump sur Truth Social

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