Blockchain et supply chain

Blockchain et Supply Chain (Logistique)

 

Lorsque l’on cherche à trouver des cas d’utilisation à la technologie blockchain, la supply chain, ou chaîne logistique en français, revient souvent. Mais il s’agit aussi d’un sujet controversé dans la communauté : entre les solutions que la supply chain peut apporter et les défauts de conception qu’elle a pour le secteur, les débats sont nombreux. Étudions aujourd’hui ce qu’il en est et comprenons mieux ce qu’il se passe.

 

Les avantages de l’utilisation d’une blockchain

 

Blockchains privées contre blockchains publiques

Des expérimentations ont été mises en place par des organismes privés dans l’optique de tester la technologie blockchain dans le cadre de la supply chain. Nous pouvons citer par exemple Carrefour qui a utilisé cette technologie pour 8 de leurs produits. Les utilisateurs peuvent désormais tracer l’origine de leurs achats, toute la chaîne de transformations et de transports. La plupart des blockchains mises en utilisation par ces travaux sont des blockchains privées. Mais qu’est-ce qu’une blockchain dite privée, et quelles sont ses caractéristiques ?

Contrairement à une blockchain publique, la version privée de cette technologie ne permet pas à n’importe qui d’y participer. Les différents accès et droits d’écriture ou de lecture peuvent être réglés et modifiés. Une blockchain publique n’a aucun système de permission et ne possède aucune restriction, pour tous les utilisateurs. Enfin, une blockchain n’est pas forcément complètement privée ou totalement publique. Les droits d’écriture peuvent être libres alors que la lecture des données peut être soumise à des restrictions, et inversement.

Prenons différents exemples pour illustrer cela. Une blockchain utilisée pour un système d’opinons pourrait être en écriture libre, comme dans un sondage, mais les résultats seraient accessibles uniquement par le gestionnaire. Au contraire une blockchain sur laquelle une organisation déploie des informations, comme une supply chain ou des informations gouvernementales serait ouverte à la lecture, mais privée pour l’écriture.

 

Une question de permissions

Une blockchain privée vient donc avec un système de permission pour les utilisateurs. Il est donc nécessaire de connaître ces derniers. Un service d’authentification fonctionne généralement de pair avec la blockchain privée, ce qui n’est pas le cas d’une blockchain publique. Même si Bitcoin n’est pas anonyme, il n’y aura pas de fonctionnalités en fonction de chaque utilisateur. Cela rend certaines spécificités techniques inutiles, notamment dans la protection contre des utilisations malhonnêtes.

Les besoins de ce genre de blockchain font que le réseau de nœuds est beaucoup plus petit. Cela rend également les blockchains privées beaucoup plus performantes et moins coûteuses que les blockchains publiques. En revanche l’utilisation d’une blockchain est toujours moins optimisé que de faire appel à une base de données traditionnelle. Il faut donc bien cibler les besoins du projet avant de se lancer dans la mise en place d’une blockchain, qu’elle soit publique ou privée.

 

Voici un récapitulatif des avantages des deux types de blockchain.

 

Blockchains privées :

  • Des transactions plus rapides : moins de nœuds, des algorithmes plus simples et plus optimisés pour permettre de valider de plus grands volumes de transactions et plus rapidement.
  • Un contrôle de l’infrastructure : pouvoir définir les droits des utilisateurs permet de mieux gérer ce qui est déployé et les outils externes utilisés.
  • Une meilleure montée en puissance : moins d’énergie utilisée et une adaptation de l’infrastructure aux besoins réels pour permettre d’optimiser la croissance de la blockchain.
  • Une méthode de consensus plus simple : en connaissant les partie prenantes et en limitant le nombre de nœud du réseau, les algorithmes de consensus disponibles sont plus efficaces.

 

Blockchains publiques :

  • Liberté de lecture et d’écriture : tous les utilisateurs sont libres de déployer une transaction réglementaire ou non, et la blockchain est lisible par le biais d’explorateurs.
  • Les données sont distribuées sur tout le réseau : la perte de ces données sur un des nœuds du réseau n’empêchera pas le fonctionnement habituel du système.
  • L’immuabilité des données : tout ce qui est déployé sur la blockchain ne pourra être modifié, ou supprimé.
  • Plus de sécurité par le biais de la POW (minage) : même si cela rend le réseau plus lent, l’utilisation de la preuve de travail permet de rendre plus difficile la réussite d’attaques sur ce dernier.

 

Les besoins actuels de la supply chain

Quels que ce soient les secteurs ciblés, le marché de la chaîne logistique fait face à de nombreuses difficultés. La multiplication des intermédiaires et l’allongement de la distance rendent difficile la gestion de cette dernière. La confiance entre les différents acteurs n’est pas acquise, et les litiges sont nombreux. La gestion des stocks est également une problématique, notamment pour les denrées périssables. On peut donc se demander si toutes ces problématiques peuvent être résolues par l’utilisation d’une blockchain.

 

Le marché de la confiance

Avec l’explosion de la concurrence par la mondialisation ainsi que les changement de consommation, les industriels doivent modifier leurs approches marketing. Se reposer sur un nivellement des prix par le bas ne suffit plus : les consommateurs achètent de plus en plus en fonction de leurs valeurs, et s’interrogent sur les produits. On le perçoit facilement au vu du succès des applications qui permet de retrouver plus d’informations sur les produits dans les rayons, ou d’appels au boycott. Et les distributeurs commencent à jouer le jeu, en répondant aux campagnes de boycott ou en modifiant leurs recettes. C’est le cas d’Intermarché qui a suivit cette démarche pour obtenir une meilleure note sur l’application Yuka.

 

Un manque de standard

La plupart des acteurs d’une chaîne d’approvisionnement possèdent leurs propres outils de gestion, ainsi que leurs manières de faire et leurs bases de données. La communication entres différents maillons se font souvent par des moyens peu optimaux comme la voie postale ou les emails qui se perdent. Résultat : la communication n’est pas aisée et les mauvaises surprises sont rarement évitées. Les contractuels fonctionnent comme des boîtes noires pour leurs partenaires, malgré la valeur des contrats. Les résultats et les demandes ne sont pas forcément compris de la même manière entre deux entreprises, voire services d’une même entreprise.

 

Les secteurs ciblés

 

Le transport

Dans le secteur des transports, et surtout des transports maritimes, le suivi des différentes étapes d’un acheminement se fait principalement sur papier. Les nombreux acteurs différents (pouvant aller jusqu’à plus de 20 pour certains trajets) rendent difficile la normalisation du processus. C’est un coût important sur l’ensemble du transport de marchandise. Une des solutions serait de digitaliser ce processus. L’utilisation de documents papiers rend également plus long les trajets. En effet les manquements aux processus d’inspection peuvent retarder de plusieurs jours la livraison en bloquant les conteneurs sur le site.

L’utilisation d’une blockchain permettrait donc de mettre en place avant tout un standard de numérisation du secteur. Il s’agirait avant tout de blockchains privées permettant de mettre en relation différents acteurs qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts économiques. Des initiatives ont été mises en place, notamment autour de consortiums développant des applications blockchains. Techniquement il s’agit souvent d’applications reposant sur des technologies telles que Fabric ou Watson. Il s’agit de services proposés par Hyperledger et IBM, leaders du marché des blockchains dédiés aux entreprises.

Le fonctionnement reposerait principalement par la numérisation des documents papiers habituels. L’enregistrement sur la blockchain se déroulerait de manière manuelle ou autonome. En effet couplé à des capteurs, puces et autres module IoT la procédure pourrait être automatisée.

 

L’agroalimentaire

L’industrie agroalimentaire est très opaque, et il est difficile pour les consommateurs de réellement connaître les produits transformés qu’ils achètent. Les ingrédients sont camouflés derrière des termes génériques, et l’origine de la préparation ou des matières premières par des territoires couvrant un pays voir un continent. Des applications telles que Yuka ont émergé pour aider les consommateurs dans leurs choix, et ont été très bien accueillis par ces derniers.

Le secteur à dû faire face à de nombreux scandales ces dernières années, et se doit de travailler sur la transparence de leur traçabilité. On reproche dans les cas de contamination à grande échelle non seulement une mauvaise gestion en amont mais surtout une lenteur dans la réaction, ce qui met en lumière un mauvais contrôle et une mauvaise gestion de toute la chaîne, des fournisseurs comme des distributeurs.

L’utilisation d’une blockchain publique, donc lisible par tous et potentiellement immuable pourrait répondre aux besoins des consommateurs. Une organisation de tous les maillons de la chaîne de distribution, afin qu’ils puissent inscrire leurs méthodes de fonctionnement, serait possible.

Le fait que la blockchain utilisée soit publique permettra à des acteurs externes (associations de consommateurs, applications de statistiques) d’obtenir directement les informations et les relayer aux consommateurs de manière plus digeste. Tout un écosystème bienveillant autour des produits inciterait ces derniers à faire plus attention à leurs choix de produits, tout en ayant rapidement réponses à leurs interrogations. De ce fait, une mise en valeur des produits pourrait être faite par ce système, ce qui rentre dans l’intérêt des industriels.

 

Les utilisations en cours

Tout d’abord, il existe de nombreux exemples d’utilisation de la blockchain dans le secteur agroalimentaire. Voyons ensemble quels acteurs l’ont intégré à leurs systèmes et quelles en sont les conséquences.

 

Carrefour

Carrefour

 

Carrefour est l’un des acteurs majeurs de l’agroalimentaire et de la distribution qui utilise la blockchain pour apporter une meilleure traçabilité à leurs produits. Ils proposent ainsi à leurs client d’obtenir de nombreuses informations sur une vingtaine de produits, en scannant simplement un code QR. Ces informations peuvent être le lieu de culture et la date de cueillette pour des fruits et légumes par exemple. Les produits actuellement proposés font partie de la gamme de Carrefour, parmi lesquels ont peut retrouver le poulet, les œufs, le lait ou encore le porc et le fromage. C’est avec IBM, acteur majeur des blockchain privées que Carrefour collabore. Mais l’enseigne se repose également sur les acteurs de la chaîne logistique, garants des informations déployées sur la blockchain en question.

Les avantages de l’utilisation d’une blockchain semblent tout d’abord être le marketing. En effet les ventes des produits disponibles sur le programmes ont eux tendance à être mieux vendu que les produits similaires, sans blockchain. Emmanuel Delerm, responsable du projet blockchain au sein de Carrefour va plus loin, en expliquant que la confiance envers Carrefour se propage à d’autres produits de la marque.

 

Nestlé

Nestlé

 

Le très controversé groupe Nestlé a annoncé début 2019 participer au programme d’OpenSC. Cette plateforme reposant sur une blockchain permettrait aux utilisateur de retracer toute la vie de leurs achats depuis les matières premières. Le programme pilote permettrait d’utiliser le système pour du lait, et de tester la scalabilité du système. Mais ce n’est pas la première fois que la multinationale s’exerce à la blockchain puisqu’ils travaillent avec IBM depuis 2017 à ce sujet. En France, on peut déjà utiliser un de leurs systèmes pour tracer l’origine de la purée de la marque Mousseline.

Comme Carrefour, l’objectif principal est d’entretenir la confiance des clients envers l’agroalimentaire. Nestlé semble particulièrement intéressé par la technologie blockchain puisque qu’ils ont de multiples partenaires dans l’écosystème. Il est à noter que la plateforme OpenSC est une blockchain publique contrairement à IBM Trust Food, c’est-à-dire que les clients peuvent obtenir les informations sans forcément passer par les services de Nestlé.

 

Mais les sociétés de l’agroalimentaire ne sont pas les seules à s’être mises à utiliser la blockchain : il y a également des acteurs intervenant dans le secteur des transports.

 

Maersk

L’entreprise Maersk est le plus gros transporteur de cargo du monde. Il travaille avec IBM à la mise en place d’un système blockchain pour le transport maritime. Ils ont notamment mis en place un consortium de transporteurs, qui a pour le moment convaincu environ la moité des gestionnaires de cargos (d’après IBM). TradeLens, le nom de l’initiative, gère les données d’une centaine d’opérateurs. Ces partenaires sont des gestionnaires portuaires, propriétaires de cargos et d’autres intermédiaires. Le fait d’avoir réussi en aussi peu de temps à convaincre leurs rivaux économiques montre le besoin d’un standard numérique dans le transport maritime.

Les différents partenaires posséderont leurs propres nœuds sur le réseau, propulsé par Hyperledger Fabric. Ils participeront donc à la validations des transactions effectuées sur ce dernier. En revanche seul IBM et Maersk sont pour le moment propriétaires du système.

 

Différents consortiums

Même si le projet porté par Maersk a pour le moment rallié le plus de partenaires, il n’est pas le seul consortium dans le secteur du transport. En Corée, une filiale de Samsung développe avec l’armateur HMM (Hyundai Merchant Marine) une solution permettant à terme de numériser tous les documents physiques nécessaires lors d’un transport maritime. À Rotterdam, un incubateur de start ups a pour but d’explorer différentes applications à la blockchain dans les thématiques principalement liées au transport maritime. BlockLab a été fondé en 2017, en partenariat avec la ville de Rotterdam. À Singapour, ce sont deux acteurs, un armateur (PIL) et un opérateur portuaire (PSA International), qui travaillent avec IBM. L’objectif est de développer un système blockchain pour améliorer la chaîne logistique locale, mais également de développer une solution de transactions internationales.

 

Marketing ou réelle utilité ?

Après ce tour d’horizon des utilisations de la blockchain dans le domaine de la supply chain, nous pouvons travailler sur cette question. Il est pas rare dans les nouvelles technologies de voir apparaître des buzzwords, termes un peu générique pour décrire un projet qui finalement ne change pas grand chose par rapport à la norme, la technologie promue n’étant pas implantée ou ne répondant pas réellement à la problématique.

 

Un succès auprès des clients

D’après les premiers résultats que les grands distributeurs ont annoncés, on peut dire que la blockchain marche bien au niveau du marketing. En effet, les semblent ventes augmenter pour les produits tagués blockchain. Cela permet également aux groupes de réaliser des campagnes de marketing pour améliorer leurs capital confiance. Il s’agit pour eux d’un grand enjeu des prochaines années, les clients ayant en effet de plus en plus tendance à consommer en fonction de leurs valeurs. Mais nous n’avons pas encore de résultats documentés à grande échelle pour définir si les expérimentations se transformeront en standard pour le moment. Aussi, l’utilisation de smart-contracts pourra simplifier les transactions entre les producteurs et les distributeurs par exemple.

 

Un secteur très jeune

Même si aujourd’hui les projets n’utilisent pas la technologie blockchain pour ses réelles capacités, ce ne sera pas forcément le cas dans le futur. Encore très peu d’acteurs travaillent avec la technologie, et ce sont principalement des expérimentations. Leurs nombre semblent augmenter, et les budgets suivent également. On peut donc se dire que les réels cas d’utilisations arriveront avec le temps. On ne peut pas vraiment prévoir les applications qui transformeront notre façon de consommer et d’acheminer les marchandises. La blockchain doit également être digérée, étudiée par ces acteurs et nous sommes aujourd’hui au tout début de la courbe d’apprentissage.

 

Un besoin d’études

Les entreprises n’ont pas forcément compris comment les blockchains fonctionnent et comment les utiliser avec leurs partenaires. Des consortiums doivent être mis en place afin de faire collaborer les acteurs des différents secteurs. C’est donc un point intéressant pour l’écosystème puisque cela permet aux grands acteurs de financer des projets blockchain. L’innovation a un coût, et cela ne peut pas être réglé à grands coups d’ICO ou d’IEO. Même si les réponses ne sont pas les plus adaptées, l’application de nouvelles technologies à des problématiques de supply chain peut être bénéfique pour l’écosystème.

C’est pour certains le meilleur cas d’utilisation de la blockchain, pour d’autres une mauvaise solution à ce genre de problématique. Si sur le papier la blockchain n’est pas une solution forcément adaptée, ou pas la plus efficace, elle présente certains avantages. De nombreuses expérimentations sont en cours et il nous reste à attendre de voir se développer ou non des standards de supply chain utilisant la technologie blockchain.


Guillaume

Guillaume est un jeune développeur Blockchain, principalement sur Solidity. Il aime partager ses connaissances sur le sujet et il participe activement au rayonnement des aspects techniques de la blockchain au sein de la communauté crypto.

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