Bitcoin et sa consommation énergétique, une source de débats

Les détracteurs du Bitcoin (BTC) mettent régulièrement en avant son importante consommation énergétique. Pour miner du BTC et effectuer des transactions, il faut impérativement résoudre des équations mathématiques. Ce procédé requiert une puissance de calcul colossale.

Pour effectuer ces calculs, les mineurs s'appuient sur des ordinateurs, des circuits intégrés spécialisés (les ASICs) et des fermes de minage. Afin d'alimenter ces machines, ils ont évidemment besoin d'une source d'alimentation électrique.

Bitcoin consommation électrique

D'après le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, une plateforme qui surveille en temps réel la consommation énergétique de Bitcoin, le minage de BTC consomme en moyenne 53.62 TWh par an. C'est plus que l'Israël (55 TWh/ an), la Roumanie (49,64 TWh/ an) ou encore l'Uzbekistan (49.07 TWh/ an).

Une étude du courtier français en énergie Selectra enfonce le clou et affirme qu'une transaction en Bitcoin consomme l’équivalent énergétique d’une ampoule allumée pendant trois mois, soit environ 100 kilowatts par heure (KWh).

« Le Bitcoin n'est pas viable ni pour une utilisation à grande échelle ni pour une généralisation de son usage dans les transactions, » estime d'ailleurs Aurian de Maupéou, co-fondateur de Selectra.

D'autres études pointent aussi du doigt la production de CO2 qui accompagne le minage de BTC. Selon une enquête d'Alex Hern, journaliste au Guardian, le minage de Bitcoin libère 20 mégatonnes de CO2 par an dans l'atmosphère, soit l'équivalent de villes comme Hambourg, Vienne ou Las Vegas, ou encore un million de vols en avion transatlantiques.

Face à ces comparaisons volontairement alarmistes, on pourrait craindre que le bitcoin ne provoque une catastrophique écologique dans les années à venir à mesure que la cryptomonnaie se popularise.

Interrogé par nos soins, Sebastien Gouspillou, cofondateur et président de Bigblock Datacenter, estime que ces études alarmistes ne cherchent qu'à « discréditer Bitcoin en le faisant passer pour une catastrophe écologique » :

« La consommation totale ne peut sérieusement être comparée à celle d'un pays. Si un nouveau pays s'était créé il y a 12 ans, et que sa consommation était comparable à celle de la Roumanie, où qu'il soit situé, cela aurait créé un déséquilibre offre-demande, de nouvelles centrales auraient été créées, » avance Sebastien Gouspillou.

👉 Sur le même sujet - Comment devenir mineur de Bitcoin ?

Le minage de Bitcoin consomme essentiellement de l'énergie verte et renouvelable

Ces études omettent un facteur essentiel : le minage de Bitcoin utilise essentiellement de l'énergie verte. D'après un rapport de CoinShare publié en décembre 2019, 73% de l'énergie utilisée par le minage de BTC est en effet renouvelable. Les 27% restants proviennent du nucléaire et de l'énergie fossile (charbon, pétrole ou gaz naturel par exemple).

« Le minage de Bitcoin est plus axé sur les énergies renouvelables que presque toutes les autres industries à grande échelle du monde, » met en avant Coinshare.

Régions mining Bitcoin

D'après le rapport de Coinshare, la plupart des fermes de minage sont situées dans des régions qui disposent d'importantes sources d'énergie renouvelable. Ce n'est donc pas un hasard si « 65% du minage mondial de Bitcoin se fait en Chine », notamment dans la province du Sichuan (où 90% de l'énergie utilisée est verte et renouvelable).

« Le Sichuan produit à lui seul 54% du hashrate mondial, les 11% restants étant répartis plus ou moins uniformément entre le Yunnan, le Xinjiang et la Mongolie, » avance Coinshare.

La région est traversée par le Yang-Tsé, le plus long fleuve d'Asie, et dispose d'une multitude de barrages hydroélectriques, souligne Gregory Raymond, journaliste chez Capital, sur Twitter. La province abrite notamment un complexe de 400 barrages hydroélectriques et le « Barrage des Trois-Gorges », le plus grand barrage du monde avec une capacité de production de 22,500 mégawatts.

Dans certaines conditions climatiques, cette profusion de barrages hydroélectriques provoque régulièrement une surproduction d'énergie verte. Par exemple, la saison des pluies à Sichuan s'accompagne généralement d'une forte hausse de la production énergétique. Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que de nombreux mineurs chinois soient nomades. Afin d'optimiser les coûts de leur activité, ils déplacent régulièrement leurs fermes de régions en régions en fonction de la production d'énergie. Ils négocient alors des tarifs avantageux avec les producteurs d'énergie et récupèrent les surplus.

Concrètement, de nombreux mineurs migrent vers le Sichuan lors de la saison des pluies, qui s'étend généralement de mai à septembre. En s'implantant dans cette province chinoise, les fermes à Bitcoin profitent de facto d'une énergie à faible coût, de quoi compenser la gourmandise énergétique des rigs de minage.

Finalement, le minage de cryptomonnaies permet de consommer cette énergie produite en surplus suite à l'imprévisibilité du climat. Contrairement au discours de ses détracteurs, le Bitcoin ne contribue donc pas au gaspillage d'électricité et n'accapare pas inutilement les ressources limitées de la planète.

« Bitcoin s'est disséminé là où l'électricité était disponible et s'est nourri essentiellement de surplus, » résume Sebastien Gouspillou.

Une étude de BitMEX abonde d'ailleurs dans le même sens et affirme que le minage de BTC est finalement « très bon marché, écologiquement comme économiquement ». Selon le rapport, les fermes de minage en Chine s'appuient essentiellement sur de l'énergie inutilisée dédiée à l'origine à la production d'aluminium. Suite à la baisse progressive de la demande d'aluminium (-5% en 2019), de nombreux barrages produisent un important surplus d'électricité chaque année.

« Une grande partie de l’électricité qui est aujourd’hui utilisée pour le Bitcoin provient en fait d’infrastructures hydroélectriques sous-utilisées, » avance BitMEX.

Une importante partie de l'énergie qui permet à la mère des cryptomonnaies de fonctionner ne produit que très peu de Co2. L'hydraulique produit en effet 250 fois moins de dioxyde de carbone que les centrales thermiques à charbon, rapporte le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Par kWh, un barrage hydroélectrique ne produit que 4 grammes de dioxyde de carbone, contre 840 g pour le pétrole et 16 grammes pour le nucléaire.

 

Évidemment, tous les mineurs ne vivent pas dans une zone alimentée par un barrage hydroélectrique. Certaines fermes de minage de BTC misent plutôt sur d'autres types d'énergie renouvelable, comme la géothermie. Cette technologie exploite la chaleur de l'eau stockée dans les nappes des profondeurs de la terre pour la convertir en électricité.

C'est pourquoi de nombreuses fermes de minage sont apparues en Islande. Le pays offre des conditions rêvées pour les fermes à Bitcoin : une énergie verte à prix cassé (0,065 euro le kWh hors taxes, 2 fois moins cher que dans le reste de l'Europe) et une température moyenne basse de 5 degrés, idéale pour refroidir les ordinateurs de minage sans devoir investir dans un système de refroidissement.

On dénombre tellement de fermes à Bitcoin en Islande que le minage utilise une moyenne de 840 GWh tous les ans. C'est plus que l'énergie consommée par l'ensemble des ménages islandais en un an (700 GWh).

Enfin, on notera que la géothermie ne produit que 45 grammes de CO2 par kWh. On est loin de l'émission de gaz carbonique du charbon par exemple (1001 grammes) ou du gaz naturel (469 grammes).

👉 Sur le même sujet : une ferme à Bitcoin alimentée à l'énergie solaire voit le jour en Californie

Le Bitcoin permet de financer la production d'énergie verte

Mais le Bitcoin ne se contente pas de consommer de l'énergie verte. Contrairement aux nombreux préjugés sur le sujet, la mère des cryptomonnaies permet aussi de développer la production d'énergie respectueuse de l'environnement.

Comme le souligne un rapport de Blockchain Partner publié en 2019, le minage permet de rentabiliser très rapidement la construction d'un barrage hydroélectrique, d'un parc d'éoliennes ou d'un parc solaire par exemple.

En attendant qu'un site de production d'énergie verte dispose d'un réseau de distribution, les producteurs sont en effet dans l'incapacité de rentabiliser celui-ci. Le minage de BTC pourrait ainsi permettre à certains projets ambitieux, et essentiels dans certaines régions du monde, de voir le jour.

« Le minage peut permettre à des projets d’électricité renouvelable, qui ne sont pas encore rentables, de voir le jour dès à présent. Produire de l’énergie est une chose, mais il faut ensuite être capable de la transporter pour la vendre, or il n’y a pas forcément de corrélation entre le parc et la demande, » fait valoir Sébastien Gouspillou.

 

Dans la même optique, NR-Mine, une startup belge, propose aux particuliers et aux entreprises qui ont investi dans des panneaux solaires de les rentabiliser grâce au minage de cryptomonnaies. Concrètement, les personnes qui disposent d'un parc de panneaux photovoltaïques surdimensionné par rapport à leurs besoins réels sont invitées à « réinjecter électricité dans le réseau». NR-Mine récupère alors l'énergie pour miner du BTC ou du Zcash et verse 5 cents le Kilowatt/heure aux propriétaires. Grâce à ce système, n'importe qui peut rentabiliser l'excédent de production de son installation.

Comme on l'a vu plus haut, les mineurs de Bitcoin sont friands d'énergie verte. Dans ces conditions, l'essor de l'extraction minière de BTC est appelé à stimuler l'offre en matière d'énergie renouvelable, avance Sébastien Gouspillou.

« De grands projets éoliens et solaires intègrent le minage dans leur calcul de faisabilité, et l’hydroélectricité y fait appel pour optimiser sa production, » souligne le spécialiste.

On citera l'exemple du projet de centrale éolienne situé à Dakhla, au sud du Maroc. Financée par Brookstone Partners, un fonds d'investissement américain, la ferme à éolienne alimentera le minage de cryptomonnaies ainsi qu'une partie de la région en électricité. Dans certaines contrées, comme le Canada, les revenus provenant des fermes de minage permettent aussi aux petits exploitants de barrages hydroélectriques de subsister.

Les mineurs de BTC et les producteurs d'énergie verte sont donc inextricablement liés. Ces deux secteurs sont appelés à devenir de plus en plus interdépendants. Si les mineurs de cryptomonnaies ont impérativement besoin d'électricité à faible coût pour alimenter leurs ordinateurs, les producteurs ont quant à eux besoin d'un appui financier. C'est un véritable cercle vertueux.

Vous l'aurez compris : l’avènement des cryptomonnaies n'est pas un danger pour l'environnement. C'est tout l'inverse. C'est d'autant plus vrai quand on compare l'impact écologique supposé du Bitcoin à celui du système financier actuel. Évidemment, cet impact est difficile, voire impossible, à quantifier, mais il s'annonce inévitablement gargantuesque.

 

On espère que ce dossier consacré au rapport étroit entretenu par le minage de Bitcoin et l'écologie vous a plu. Si vous avez d'autres questions, ou si une erreur s'est glissée dans l'article malgré notre vigilance, on vous invite à nous en faire part dans les commentaires ci-dessous.

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A propos de l'auteur : Florian Bayard

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Je suis ici pour raconter des choses parfois compliquées avec des mots toujours simples.
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1 Commentaire
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GüdjjückMan

Merci pour cet article fabuleusement détaillé qui tente de rétablir la vérité Bravo