La fin de Binance en Europe le 30 juin ? Enquête sur l'échéance MiCA

Le 30 juin, les plateformes crypto qui n'ont pas obtenu d'agrément MiCA vont devoir cesser leur activité en Europe. Depuis quelques mois, les entreprises se mettent en ordre de bataille. Elles célèbrent l'obtention du précieux sésame, ou bien organisent la cessation de leur activité. Cependant, du côté de Binance, aucune nouvelle. Le silence est intenable : le géant des crypto va-t-il fermer ses portes au début du mois de juillet ?

La fin de Binance en Europe le 30 juin ? Enquête sur l'échéance MiCA

Enquête sur MiCA : la fin de Binance en Europe ?

Une catastrophe annoncée. Mardi 30 juin, si Binance n'a pas obtenu le feu vert du régulateur, elle devra suspendre ses services auprès de 37 millions de clients européens. Pourtant, la plateforme d'origine chinoise avait 3 ans pour se mettre en règle. Le texte Markets in Crypto-Assets (MiCA) a été publié au journal officiel le 30 juin 2023, et est entré en vigueur en Europe en décembre 2024. Le 30 juin 2026, les entreprises n'ayant toujours pas obtenu l'agrément MiCA devront mettre fin à leurs activités sur le vieux continent.

Pour le leader du secteur, le dossier est au point mort depuis une condamnation aux États-Unis en 2023 et une mise en examen en France en 2025. La Grèce a bien failli délivrer l'agrément MiCA début juin, avant que la présidente de la BCE, Christine Lagarde, ne s'y oppose. Mise à mort délibérée ? Ou bien manœuvre habile, destinée à garder cet acteur sulfureux sous l'œil des services de renseignement financier français ?

Le spectre des affaires judiciaires plane sur Binance

Leader mondial des cryptomonnaies, Binance a déployé de grands efforts pour être en conformité avec les régulateurs. À cette fin, elle emploie 1280 personnes à temps plein, soit près de 22 % de ses effectifs. L'entreprise possèderait 29 certifications réglementaires dans de nombreux pays, dont 5 en Europe. En 2025, elle a répondu à 71 000 requêtes policières et a permis de saisir ou de geler 131 millions de dollars. Des chiffres impressionnants, mais pas assez pour faire oublier les accusations qui planent sur la plateforme.

rapport 2025 binance régulation

Dans un rapport publié en 2025, Binance revendique 29 licences réglementaires dans de nombreux pays, dont 5 en Europe.

En 2023, elle est condamnée par le Department of Justice américain à verser 4,3 milliards de dollars dans une affaire de blanchiment d'argent. Son PDG historique, Changpeng Zhao, passe 4 mois derrière les barreaux et doit démissionner. En France, la JUNALCO a ouvert une enquête l'année dernière pour « blanchiment aggravé, blanchiment de fraude fiscale, blanchiment en lien avec un trafic de produit stupéfiant et exercice illégal de la profession de prestataire de service sur actifs numériques (PSAN). » Enfin, en 2026, une enquête de Fortune révèle que plus d'un milliard de dollars auraient transité par la plateforme, à destination des rebelles houthis yéménites et d'organisations liées à l'Iran. Une information contestée par Binance.

Dans ce contexte houleux, l'obtention du graal réglementaire MiCA semblait compromise. Problème, la fin de Binance dans l'Union européenne pourrait avoir des conséquences délétères pour l'écosystème crypto, et même au-delà.

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L'Europe va-t-elle débrancher le géant Binance dans la nuit du 1er juillet ?

« Le sujet, c'est l'arrêt de l'activité du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'on fait des clients ? » s'interroge l'avocat Hubert Blanc-Jouvan. Associé chez Ashurst, il est en charge de la réglementation bancaire et financière. « L'arrêt soudain d'une plateforme est problématique », souligne-t-il. D'autant plus lorsque l'on parle d'un géant comme Binance. Pour rappel, en 2025 la plateforme comptait « entre 1 et 2 % de sa clientèle » rien qu'en France. Soit environ 4 millions d'utilisateurs.

« Le régulateur est pragmatique », nuance l'avocat. « Si l'application trop brutale du droit pose un risque pour les citoyens, il vaut mieux explorer des alternatives. » Débrancher le leader mondial des crypto provoquerait la panique. Ce serait également une aubaine pour les arnaqueurs. Ces derniers pourraient imiter la plateforme, se faire passer pour le service client, prétendre aider les utilisateurs à accéder à leurs fonds, etc. Une fermeture soudaine mettrait donc les usagers en danger.

 

Expulser cet acteur du sol européen pose un autre problème. Les forces de l'ordre ont intérêt à garder Binance dans leur juridiction. Selon une source citée par The Big Whale : « l'enjeu est de conserver une visibilité sur les flux financiers de la bourse crypto. » Des flux qui s'élevaient à 34 000 milliards de dollars en 2025. À titre de comparaison, les volumes annuels sur la bourse Euronext ne sont « que » de 3 100 milliards. « Si la plateforme n'est plus régulée en Europe, toute visibilité disparaît », note la source. Maintenir Binance dans une juridiction européenne revêt donc un intérêt opérationnel. Cette raison serait à l'origine du dernier retournement dans cette affaire.

Le sauvetage par la France, une manœuvre habile ?

Mais pourquoi l'Autorité des marchés financiers (AMF) n'a-t-elle pas d'emblée accordé l'agrément MiCA à Binance ? L'exchange a déposé un dossier il y a 3 ans selon Blockstories. À l'époque, les péripéties judiciaires de la plateforme crypto gèlent le dossier. « La réglementation MiCA exige des dirigeants et des actionnaires compétents et honorables », rappelle sur X Louis Tellier, journaliste chez Blockstories. Il poursuit : « autrement dit, ils ne doivent pas avoir de casier judiciaire ni faire l'objet de procédures en cours. »

Toutes ces années, la France n'a pas simplement refusé de réguler Binance. Elle se serait livrée à une campagne de lobbying afin de bloquer le dossier de Binance dans tous les États européens. En clair, à cause de ses condamnations, le géant des crypto était persona non grata sur le vieux continent. La France a fait preuve d'une grande fermeté, avant de retourner sa veste.

Début janvier, lorsque Binance dépose une demande pour obtenir MiCA en Grèce, les autorités helléniques s'apprêtent à le lui accorder. Pourtant, selon The Big Whale, Christine Lagarde serait intervenue personnellement afin de bloquer le dossier. Tracfin [service de renseignement financier, rattaché à Bercy] et le Trésor français auraient ensuite fait pression, dans l'objectif de ramener la plateforme sous pavillon hexagonal. Retour case départ ? Pourtant, les choses ont bien changé entre-temps.

Aujourd'hui, Binance est acculé et sans recours à quelques jours de l'échéance. Faute d'accord, la plateforme devra faire une croix sur sa clientèle européenne, entre 30 et 45 millions d'utilisateurs. Les autorités françaises et européennes sont dans une position idéale pour négocier un accord avec le géant des crypto, par exemple sur la transparence.

Une manœuvre qui rappelle l'affaire Pavel Dourov. Le fondateur de Telegram était resté quelques nuits en garde à vue lors d'un séjour à Paris en août 2024. Après cela, la messagerie cryptée avait accepté de partager les numéros de ses utilisateurs avec les forces de l'ordre. Un changement historique. La France est-elle devenue experte dans l'art de faire plier les géants de la tech ?

Avec Binance, les services français de lutte anti-blanchiment auraient accès à une mine d'or d'informations. Mais le reste de l'écosystème voit d'un mauvais œil le sauvetage de cet acteur trouble.

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Un geste pour Binance, rien pour les autres

Aux yeux du public, Binance bénéficierait d'un « état de grâce » dû à sa taille « critique » et aux enjeux politiques qui l'entourent. Le dirigeant d'un grand groupe européen, sous couvert d'anonymat, partage sa frustration : « Binance ne collabore pas avec les régulateurs. L'entreprise est visée par des enquêtes de blanchiment d'argent et de trafic d'influence. Cela me semblerait logique qu'ils n'obtiennent pas MiCA. »

« Mais il y a beaucoup de pression, beaucoup d'influence, beaucoup de personnes dans les administrations qui défendent l'idée de garder la plateforme en France », constate amèrement cette même source. Selon elle : « Binance va obtenir son MiCA, bien qu'ils ne le méritent pas. Où est la justice ? »

Contactée par mail, l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) dément l'idée d'un traitement de faveur : « lorsqu'une autorisation n'a pas été obtenue, les entreprises sont tenues de procéder à une cessation ordonnée de leurs activités. » Une vision corroborée par Daniel Arroche, avocat chez d&a partners : « Aucun délai additionnel ne sera vraisemblablement accordé aux acteurs simplement enregistrés PSAN pour poursuivre leur activité au 1er juillet. » Selon lui, si certains évoquent une période de tolérance, elle est à prendre avec prudence. En effet, cette dernière ne reposerait sur « aucun fondement formel. »

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De son côté, le géant des crypto n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations directes. Un mail a toutefois été envoyé aux utilisateurs européens. L'entreprise confirme avoir bien déposé « une demande d'agrément au titre du règlement sur les marchés de crypto-actifs. » Selon le mail, le processus « est en cours » et les actifs des utilisateurs « demeurent en sécurité. » Enfin, la plateforme promet une nouvelle mise à jour « avant le 30 juin. » En l'absence d'un agrément express accordé avant cette date butoir, Binance devra bien fermer ses portes.

Courrier Binance adressé utilisateurs européens

Les utilisateurs européens de Binance ont reçu ce courrier le 16 juin 2026.

 

L'enjeu pour le leader mondial des cryptomonnaies est de taille. Poussée dans ses retranchements par l'UE et la France, l'entreprise va-t-elle céder sur la transparence ? En l'absence de concessions, les autorités mettront un terme à l'aventure européenne de la plateforme d'origine chinoise. L'entreprise de Changpeng Zhao peut-elle survivre sans le vieux continent ?

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