Suite à DAC8, l'État français colle-t-il une cible dans le dos des français ?
Depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC8 renforce la traçabilité des transactions crypto, au moment même où enlèvements et agressions liés aux actifs numériques se multiplient en France. Dans ce dossier, on décrypte ce que cette nouvelle transparence implique pour les investisseurs Français, avec l’éclairage de Cédric Fontaine, ancien militaire et policier, directeur général de Lima Groupe.
Dans une volonté d'améliorer la transparence fiscale, la France et ses voisins mettent en œuvre une réglementation de plus en plus stricte concernant les cryptomonnaies et ses détenteurs. Depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC8 impose aux prestataires de services sur crypto-actifs de transmettre au fisc les informations complètes de leurs clients. En parallèle, un amendement français prévoit également de rendre obligatoire une déclaration annuelle des cold wallets des particuliers dont la valeur dépasse 5 000 euros.
Surement dotée de bonnes intentions, la France met cependant en péril les détenteurs d'actifs numériques. En effet, cette nouvelle initiative crée une vulnérabilité bel et bien critique, à savoir une base de données numériques centralisée que les criminels peuvent exploiter.
La France est décidément bel et bien en crise, elle qui combine une vague de fuite de données (dont une potentielle en provenance du Ministère de l'intérieur), une série d'enlèvements à la hausse dans le pays et une protection de l'Etat jugée insuffisante. Cette situation inédite fait ainsi du pays, une cible de choix pour le crime organisé poussant malheureusement les investisseurs à se protéger par eux-mêmes via des services privés ou bien à quitter tout simplement le pays. Peut-on vraiment les blâmer ?
Une volonté de transparence à n'importe quel prix
C'est ainsi qu'une ère s'achève en France. En effet, depuis le 1er janvier 2026, la directive DAC8 transforme le paysage fiscal des détenteurs de crypto en Europe. Selon la Commission européenne, cette réglementation imposera alors aux CASP (Crypto Asset Service Provider), l'équivalent européen des PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) en France, l'obligation de collecter puis de transmettre aux autorités fiscales des informations détaillées sur les transactions de leurs clients.
A noter que la France avait déjà mis en œuvre des mesures concernant ce sujet. En effet, la déclaration obligatoire des comptes crypto détenus à l'étranger est requise via le formulaire CERFA 3916-bis, avec des sanctions pouvant atteindre 1 500 euros par compte non déclaré si les avoirs dépassent 50 000 euros. Les portefeuilles dont le solde est inférieur à 5 000 euros restent cependant en dehors de cette obligation pour le moment comme l'indique Grégory Raymond dans son tweet :
🟥 Info @TheBigWhale_ I Fiscalité crypto
Un amendement communiste a été adopté mardi en commission de l'AN
Il propose d'obliger les détenteurs de wallets crypto en self-custody (@Ledger, @Metamask, @Rabby_io, @DeblockApp, etc.) de les porter à la connaissance de… pic.twitter.com/ywJ8ylomxZ
— Grégory Raymond 🐳 (@gregory_raymond) December 11, 2025
Selon la Commission européenne, ces mesures visent à lutter contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent. Ainsi la France connaîtra désormais les activités réalisées via les plateformes de cryptomonnaies laissant les wallets auto générés hors de portée pour le moment comme le souligne avec justesse le cabinet de conseil Deloitte :
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En pratique, les Etats membres auront connaissance des activités sur actifs numériques réalisées par chaque personne physique, permettant ainsi à leurs services fiscaux de pallier les oublis déclaratifs.
Malheureusement, cette mesure centralise toutes les informations sensibles dans des bases de données gouvernementales, une cible parfaite pour les hackers tout en sachant que les fuites en France deviennent de plus en plus courantes.
Commandez dès maintenant un Trezor Safe 7 pour sécuriser vos cryptomonnaiesLes fuites de données du secteur privé à celles de l'Etat, du pain béni pour les criminels
Depuis quelques années, la France connaît une forte augmentation des fuites de données, touchant aussi bien les institutions publiques que les entreprises privées. En effet selon l'enquête de France 2, la chaîne télévisée signalait :
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Une explosion de fuites de données affectant de nombreuses entreprises et services publics français.
Plus inquiétant encore, entre 2021 et 2024, les pièces d'identité d'au moins 14 millions de citoyens français ont été compromises suite à des intrusions sur les plateformes municipales.
Les entreprises crypto ne sont pas épargnées non plus et certaines sont incapables elles aussi de protéger les données sensibles de leurs clients. En effet en juillet 2020, la licorne française Ledger, fabricant de hardware wallet a subi une fuite massive exposant environ un million d'adresses emails de clients, un peu plus de 250 000 adresses postales et numéros de téléphone dont 16 000 clients français directement touchés.
Suite à ce hack, les données volées ont ensuite été vendues sur des forums du dark web. Ainsi, en octobre 2024, la CNIL a infligé à Ledger une amende record de 750 000 € pour des mesures de sécurité insuffisantes. Toutefois, cette amende n'a ni rétabli la vie privée des victimes ni indemnisé les personnes victimes de harcèlement d'emails ou de courriers de phishing par la suite.

Exemple d'un faux courrier de Ledger (partagé par @_SaxX_ sur X)
À la suite de ce leak, les conséquences se sont avérées désastreuses pour les détenteurs de cryptomonnaies. Selon cet article du Monde en 2024, le média signalait que :
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La CNIL a déclaré à l'Agence France-Presse que Ledger avait "ne pas avoir suffisamment protégé les données de ses clients" suite à deux violations de données survenues en 2020 qui ont concerné les données à caractère personnel de clients et prospects de la société.
Pour préciser, Ledger a bel et bien été victime d'une fuite sans équivoque en juillet 2020 sur son site hébergé par Shopify exposant 270 000 données clients. À cela s'ajoute une brèche ultérieure où des employés malhonnêtes de Shopify ont exporté des données supplémentaires affectant 290 000 autres clients de Ledger.
En ce début d'année 2026, l'entreprise a fait de nouveau l'objet d'une fuite via son partenaire e-commerce Global-e. L'incident a ainsi exposé les informations personnelles de certains clients ayant effectué des achats via la plateforme.
Une enquête récente a par ailleurs révélé que les cybercriminels ont établi un profil complet de leurs cibles suite à plusieurs fuites au fil des ans, notamment la fuite de données de Free en 2024. Clément Domingo, expert en cybersécurité, explique notamment que :
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Le groupe de cybercriminels à l'origine de cette opération a très probablement recoupé les informations postales des utilisateurs de cryptomonnaies avec d'autres fuites de données.
Plus récemment encore, le Ministère de l'intérieur a subit un hack de ses données dans la nuit du 11 au 12 décembre 2025. En effet, la cyberattaque revendiquée par le groupe de hackers BreachForums, a ciblé les serveurs de messagerie du service.
Ils décrivent ensuite le détail de leur attaque sur leur forum en précisant qu'ils ont eu accès à des bases de données sensibles, notamment le traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), le fichier des personnes recherchées (FPR) sans oublier les systèmes interconnectés reliant Interpol, la direction générale des finances publiques (DGFIP) et la caisse nationale de sécurité sociale, donnant un accès à des fichiers personnels en exposant plus de 16 millions d'individus.
Les hackers ont alors lancé un ultimatum au gouvernement, à savoir une semaine pour négocier, où à défaut les données seront vendus au plus offrant ou rendu publique comme l'explique @AureaLibe dans son tweet sur X :
🔴🇫🇷 ALERTE INFO | Les hackers qui prétendent avoir piraté le ministère de l’Intérieur réaffirment donner un ultimatum à l’État français. Si celui-ci ne négocie pas, ils menacent de vendre ou faire fuiter les prétendues données volées.
Leur message :
"Bonjour à tous,
Nous nous… pic.twitter.com/cq85hvgDJo
— Aurea (@AureaLibe) December 15, 2025
Malgré ce piratage qui fait beaucoup parler, le gouvernement ne semble pas se rendre compte de la gravité de la situation. A cet égard, le ministère de l'intérieur Laurent Nuñez, a minimisé les risques, déclarant sur RTL qu'aucune « compromission grave » n'avait été détectée à ce stade, tandis qu'une personne a déjà été arrêtée dans l'affaire.
Néanmoins, cette intrusion révèle une vulnérabilité glaçante. En effet, si un individu isolé a pu pénétrer les systèmes du ministère de l'Intérieur, qu'en serait-il face à des cybercriminels organisés ou soutenus par des États ?
Pour couronner le tout, le danger ne vient pas seulement de l'extérieur. En juillet dernier, le Parisien révélait qu'une agente de la Direction Générale des Finances Publiques était soupçonnée de transmettre des informations confidentielles au crime organisé. Si un agent des impôts peut être corrompu et vendre les données sensibles des contribuables, comment le gouvernement peut-il garantir la sécurité des futures bases de données liées à DAC8 ?
Commandez dès maintenant un Trezor Safe 7 pour sécuriser vos cryptomonnaiesUne vague d'enlèvement grandissante, une réalité violente
La France connaît depuis 2023 des enlèvements à répétition visant principalement les investisseurs en cryptomonnaies. Le kidnapping le plus médiatisé étant celui du cofondateur de Ledger,David Balland. La gendarmerie nationale de la région avait alors déclaré :
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Le matin du 21 janvier 2025, un couple est enlevé à son domicile de Vierzon, dans le Cher, par une équipe de criminels. David Balland est le cofondateur de Ledger, une société française spécialisée dans les cryptomonnaies.
La demande de rançon avait été de toute évidence réclamée en crypto, les ravisseurs ayant fourni une preuve de vie de l'entrepreneur en vidéo.
Quelques mois plus tard, en mai dernier, le père d'un autre entrepreneur du secteur se faisait kidnapper lui aussi et retenu en otage pendant près de 48h près de Paris. Les criminels exigeaient eux aussi une contrepartie en crypto en échange de l'otage.
Autre fait alarmant, une femme enceinte, fille du PDG de Paymium a échappé de justesse à un enlèvement dans le 11e arrondissement de Paris.
Le 18 décembre dernier, un couple d'investisseurs installés près de la Rochelle, ont été séquestrés à leur domicile. Ils ont été ligotés et frappés pendant près de deux heures afin d'obtenir l'accès à leur wallet crypto. Selon les sources policières locales, les agresseurs auraient dérobé environ 10 millions de dollars en crypto et disposaient de détails très précis concernant les montants détenus par les victimes, une information détenue par le biais d'une fuite de données trouvée en ligne.
Depuis, la spirale infernale accélére : en l’espace de 3 jours seulement, la France a connu 3 attaques, entre tentatives d’enlèvement et agressions ciblées, illustrant un basculement inquiétant où la détention de cryptomonnaies peut devenir un facteur de risque physique, pour l’investisseur comme pour ses proches.
🔴 Sur les 3 derniers jours, la France a connu 3 tentatives de kidnapping liées aux cryptomonnaies.
Dans le même temps on apprenait qu’une employée des impôts informait un mystérieux commanditaire sur le patrimoine crypto de certains contribuables. pic.twitter.com/FTApWnIL2y
— Cryptoast (@CryptoastMedia) January 10, 2026
La situation critique qui se dresse en France est sans appel. Plus la réglementation rendra les avoirs des citoyens en crypto transparent avec le gouvernement, plus les criminels adapteront leur stratégie de ciblage en misant sur les données sensibles, donnant alors raison à l'adage suivant : pour vivre heureux, vivons cachés.
Commandez dès maintenant un Trezor Safe 7 pour sécuriser vos cryptomonnaiesUne réponse insuffisante de la France en matière de sécurité
Face à la menace grandissante qui pèse sur les acteurs de la cryptomonnaie, le gouvernement a mis en place une protection primaire reflétant son manque d'intérêt dans cette affaire. Le ministère de l'Intérieur a ainsi annoncé que :
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Les entrepreneurs du secteur des cryptomonnaies bénéficieraient d'un accès prioritaire au numéro d'urgence 17 et recevraient des briefings des unités d'élite de la police française.
Ces mesures mises en place sont plus symboliques que rassurantes. En aucun cas les entrepreneurs du secteur se sentent plus en sécurité car cela ne résout absolument pas la vulnérabilité des systèmes de données centralisés et pire encore, le gouvernement semble bel et bien minimiser l'ampleur de la menace qui s'intensifie comme le précise Cédric Fontaine, PDG de Lima Protection :
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Actuellement, le calcul coûts-bénéfices favorise les criminels. L'État ne pourra rien faire à son niveau tant qu'on aura une justice qui sera laxiste.
En conséquence de l'inefficacité du pays à protéger ses concitoyens, certains des investisseurs les plus fortunés en crypto se sont tournés vers des sociétés de protection privée laissant place à un paysage à deux vitesses concernant la sécurité au sein du pays.
Vraisemblablement, la demande en matière de sécurité privée a explosé, notamment parmi les entrepreneurs et les investisseurs gérant d'importants portefeuilles. Jethro Pijlman, PDG d'Infinite Risks International, une société de protection spécialisée basée aux Pays-Bas, a partagé à Bloomberg son observation :
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Nous avons reçu davantage de demandes, signé plus de contrats à long terme et constaté une augmentation des sollicitations proactives de la part d'investisseurs en cryptomonnaies qui ne veulent pas être pris au dépourvu. Ils comprennent que des mesures de sécurité intelligentes font désormais partie intégrante de leurs coûts opérationnels.
Toujours selon Bloomberg, Coinbase aurait dépensé jusqu'à 6,2 millions de dollars pour la sécurité personnelle de son PDG, Brian Armstrong, rien qu'en 2024. Un exemple emblématique du fait que les « crypto VIP » doivent désormais débourser un budget conséquent à 7 chiffres concernant leur sécurité.
Au-delà des services de protection rapprochée, il existe des solutions moins onéreuses comme celle que propose Perimeter Lab. Cette startup française fondée par 3 anciens de Ledger, proposent un audit complet permettant aux investisseurs crypto d'identifier leurs vulnérabilités avant qu'elles ne soient exploitées.
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Ainsi, voici venue l'ère où la protection de l'État est insuffisante et où seuls les plus riches peuvent se permettre une sécurité à l'image de la menace grandissante, reflétant un effondrement de la France en matière de sécurité publique.
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La situation de la France s'aggrave avec ces menaces, on est sur une pente croissante. Nous, on le voit au niveau de nos demandes, on le voit au nombre des personnes qui sont agressées ajoute Cédric Fontaine
En effet, entre le potentiel piratage de millions données du Ministère de l'intérieur, l'impuissance du gouvernement face à l'entité de cybercriminalité BreachForums, et la mise en application de DAC8 avec sa base centralisée, la France semble placer une cible évidente dans le dos des français sans se rendre compte de l'impact de ses actions.
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