Le pétrole explose à la hausse : quel impact pour Bitcoin ?
Le Brent est repassé au-dessus des 100 dollars ce jeudi, une première depuis près de 6 semaines, pendant que Bitcoin tente de défendre les 65 000 dollars. À première vue, les 2 marchés semblent déconnectés. Ils sont pourtant reliés par une chaîne de transmission assez directe : le pétrole alimente l'inflation, laquelle soutient le dollar, et un billet vert fort complique la progression de Bitcoin.
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Pourquoi le baril s'est remis à flamber
Pour comprendre ce retour du pétrole autour des 100 dollars, il faut revenir au détroit d'Ormuz. Ce passage maritime étroit, situé entre l'Iran et Oman, voit transiter environ 20 millions de barils par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole.
Depuis le début du conflit avec l'Iran, fin février, son niveau d'activité sert donc de thermomètre au marché. Lorsque le trafic ralentit ou que la sécurité des navires est menacée, les investisseurs ne regardent pas seulement les volumes de pétrole effectivement bloqués. Ils intègrent aussi le risque qu'une partie de l'approvisionnement mondial puisse disparaître du jour au lendemain.
C'est cette prime de risque géopolitique qui fait bouger le baril aussi brutalement.
À la fin du mois de juin, la reprise du trafic maritime et les signes d'apaisement avaient permis au marché de relâcher la pression. Le Brent avait alors perdu 8,8 % en une semaine, jusqu'à revenir autour de 73,6 dollars.
Mais cette accalmie n'a pas duré. Washington a depuis déclaré caduc le protocole signé avec Téhéran, les frappes ont repris et le risque d'une nouvelle perturbation des exportations est revenu au premier plan. Le Brent a dépassé les 95 dollars en début de semaine, avant de franchir les 100 dollars ce jeudi.
Graphique représentant le cours du Brent, en données journalières
Savoir si ce type d'événement doit réellement modifier votre portefeuille dépend néanmoins de votre horizon, de votre exposition et de votre capacité à supporter la volatilité. Ce test permet de déterminer en quelques minutes quel type d'investisseur vous êtes.
Du baril à l'indice des prix, le mécanisme en 2 temps
Une hausse du pétrole ne se transforme pas instantanément en inflation. La transmission se fait progressivement, par 2 canaux.
Le 1er est le plus visible : l'énergie consommée directement par les ménages. Lorsque le baril augmente, les prix de l'essence, du diesel et du fioul finissent par suivre. L'énergie représente environ 8 % du panier utilisé pour calculer l'indice des prix à la consommation américain. Une variation importante suffit donc à faire bouger l'inflation globale.
Le second canal est plus diffus, mais également plus durable. Le pétrole intervient dans le transport des marchandises, l'aviation, l'agriculture, la production industrielle et une partie de la fabrication des plastiques et des produits chimiques.
Quand les coûts augmentent, les entreprises ont 3 possibilités : réduire leurs marges, gagner en productivité ou répercuter la hausse sur leurs clients.
Dans la pratique, elles commencent souvent par absorber une partie du choc. Mais plus le pétrole reste cher longtemps, plus il devient difficile de ne pas relever les prix. C'est à ce moment-là que la hausse de l'énergie commence à se retrouver dans les billets d'avion, les frais de livraison, les produits alimentaires ou les biens vendus en magasin.
Ce phénomène explique pourquoi l'impact du pétrole peut apparaître avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois de retard dans les statistiques.
En mai, l'inflation américaine avait atteint 4,2 % sur 1 an, son niveau le plus élevé depuis 3 ans. Le chiffre de juin, publié le 14 juillet, a ensuite rassuré les marchés en retombant à 3,5 %, notamment grâce au recul des prix de l'énergie.
Le problème est que cette statistique décrivait essentiellement la période observée en juin, lorsque le Brent évoluait autour de 73 dollars.
L'indice des prix de juillet, attendu le 12 août, intégrera une énergie nettement plus chère. Et plus cette situation dure, plus le risque dépasse la simple hausse du prix à la pompe.
Bruit de fond ou vrai signal ? Faites le testPourquoi une inflation persistante soutient le dollar
Lorsque l'inflation reste élevée, les investisseurs revoient leurs anticipations de politique monétaire. Ils considèrent que la banque centrale aura moins de marge pour baisser ses taux et qu'elle pourrait même être obligée de les relever davantage.
La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux en juin, mais les projections publiées à cette occasion ont montré un net durcissement du comité. Neuf responsables anticipent désormais une hausse avant la fin de l'année 2026, tandis qu'un seul envisage encore une baisse.
Pour les marchés, le message est clair : si l'inflation repart, la Fed ne pourra pas assouplir sa politique monétaire.
Des taux américains attendus plus hauts rendent alors les obligations et les placements en dollars plus rémunérateurs. Une partie des capitaux internationaux se dirige alors vers les États-Unis pour profiter de ces rendements, ce qui augmente la demande de dollars et soutient sa valeur.
Graphique représentant les estimations de hausse de taux en 2026, par les traders de Polymarket
La hausse du pétrole ajoute un second effet. L'Europe et le Japon importent une grande partie de l'énergie qu'ils consomment. Lorsque le baril s'apprécie, ces économies doivent dépenser davantage pour acheter la même quantité de pétrole, généralement facturée en dollars.
Leur facture énergétique augmente, leur balance commerciale se dégrade et leurs monnaies ont tendance à s'affaiblir. Le dollar peut donc progresser sans que l'économie américaine soit particulièrement brillante : il lui suffit parfois d'être moins pénalisé que l'euro ou le yen.
C'est ce double mouvement, hausse des anticipations de taux américains et fragilisation des devises importatrices d'énergie, qui a permis à l'indice dollar de signer en juin sa meilleure progression mensuelle depuis un an.
Quel investisseur êtes-vous face à un dollar fort ?Un dollar fort agit comme un plafond sur Bitcoin
Le rapport entre le dollar et Bitcoin ne repose pas sur une seule mécanique. La 1re est purement monétaire : Bitcoin est principalement coté en dollars.
Lorsqu'un européen, un japonais ou investisseur d'un pays émergent veut en acheter, il doit convertir sa monnaie locale. Si celle-ci se déprécie face au dollar, le même Bitcoin lui coûte davantage, même lorsque son prix en dollars ne bouge pas.
Cela réduit mécaniquement le pouvoir d'achat d'une partie de la demande mondiale.
Le 2e effet passe par la liquidité. Un dollar fort accompagne généralement des taux plus élevés et des conditions financières plus strictes. Emprunter devient plus coûteux, les obligations sans risque deviennent plus attractives et les investisseurs sont moins incités à aller chercher du rendement sur des actifs volatils.
Bitcoin se retrouve alors en concurrence avec des placements en dollars qui rapportent davantage tout en présentant moins de risques.
Le 3e effet concerne l'endettement mondial. Une grande partie de la dette internationale est libelle en dollars. Lorsque celui-ci s'apprécie, rembourser cette dette devient plus difficile pour les entreprises et les États dont les revenus sont perçus dans une autre monnaie.
Cette tension absorbe la liquidité et pousse les investisseurs à réduire leur exposition aux actifs risqués.
Cela ne signifie pas qu'un dollar fort empêche systématiquement Bitcoin de monter. En revanche, il réduit la marge de manœuvre du marché et rend chaque progression plus difficile à soutenir.
Bitcoin peut-il malgré tout rejoindre les 70 000 dollars ?
En données hebdomadaires, la structure de Bitcoin reste baissière. Le rebond actuel n'a pas encore remis en cause la succession de sommets et de creux descendants qui définit la tendance de fond.
C'est la vue d'ensemble, celle qui permet de savoir dans quel environnement le marché évolue réellement.
En données journalières, la situation s'est néanmoins améliorée. La structure est repassée haussière et Bitcoin a pénétré franchement le nuage Ichimoku le lundi 20 juillet. Depuis, le cours évolue à l'intérieur de cette zone :
Graphique représentant le cours du BTC, en données journalières
La prochaine zone importante se situe entre 68 000 et 70 000 dollars. Elle correspond à la borne supérieure du nuage en données journalières et devrait agit comme un aimant pour le prix.
Cette zone gagne encore en importance lorsque l'on repasse en données hebdomadaires. On y retrouve la Tenkan et la moyenne mobile à 20 semaines, 2 niveaux suivis par de nombreux intervenants.
L'analyse de Théo (Crypto Stratège)
Un rejet rapide confirmerait que le mouvement actuel n'était qu'une respiration à l'intérieur de la tendance baissière. À l'inverse, une cassure au-dessus des 70 000 dollars commencerait à fragiliser ce scénario.
Lire ce graphique est une chose. Savoir s'il faut renforcer, alléger ou simplement ne rien faire en fonction de son propre portefeuille en est une autre. Votre profil d'investisseur donne déjà une grande partie de la réponse.
Et vous, quel investisseur êtes-vous vraiment ?
Mon scénario central reste celui d'une désescalade négociée entre les États-Unis et l'Iran. Mais ce n'est pas parce qu'un scénario paraît plus probable qu'il faut construire l'intégralité de son portefeuille autour de celui-ci.
Une désescalade ferait probablement retomber une partie de la prime géopolitique intégrée au pétrole. Une aggravation du conflit, pourrait, à l'inverse, provoquer un mouvement beaucoup plus violent sur le baril, l'inflation le dollar et les actifs risqués.
Face à ce type de configuration, la travail d'un investisseur n'est pas de deviner parfaitement l'issue diplomatique. Il consiste à dimensionner son exposition de manière à pouvoir tenir dans les 2 scénarios.
La vraie question n'est donc pas seulement de savoir si vous croyez encore en Bitcoin. Elle est de savoir ce que vous ferez si le pétrole reste à 100 dollars, si l'inflation repart et si le dollar continue de grimper.
Allez-vous réduire votre exposition, profiter du repli pour renforcer ou ne rien toucher parce que votre horizon est suffisamment long ?
Nos membres ne passent plus leurs soirées à essayer de déterminer seuls si ce qu'ils observent relève d'un simple bruit de marché ou d'un véritable changement de fond.
Chaque semaine, nous séparons les événements qui justifient une action de ceux qui n'en justifient aucune, afin qu'ils puissent gérer leur portefeuille avec un plan plutôt qu'avec leurs émotions.
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