Un monde où la DeFi supplante la finance traditionnelle

Notre projection nous amène au 20 juin 2026. Dans cinq ans, jour pour jour. C’est la période nécessaire qu’a définie Anastasia Melachrinos pour ce renversement. Ce jour où la DeFi pourrait remplacer dans les usages la finance traditionnelle.

« En 2026, ça me paraît conservateur, » s’amuse Marc Zeller. « En 2016, la DeFi n’était même pas un concept. Tout va très vite. Surtout qu’avec l’arrivée d’ETH 2.0 (qui offrira à la blockchain mère de la DeFi une plus grande capacité de traitement des transactions et à très faible coût, ndlr), la scalabilité ne sera plus un problème au développement des nouveaux projets. »

Mais de quoi parle-t-on ? La finance décentralisée, popularisée à l’été 2020, propose plus que des rendements à plusieurs décimales qui lui ont valu l'explosion qu’on lui connaît.

C’est également un nouveau moyen d'échanger de valeur entre les individus.

« La DeFi permet d'échanger des produits financiers identifiés dans la finance traditionnelle, mais de manière automatisée, plus efficiente et ouverte à tous, » définit Anastasia Melachrinos.

Un témoin de cet Internet de la valeur ; le fameux Web 3.0.

Une meilleure intégration des services

Au début de l’ère DeFi et de l’explosion des capitaux, cette pratique était réservée aux passionnés et curieux. MetaMask était de mise et l’interaction avec les contrats intelligents était fastidieuse. Les hacks de protocoles courants ; des millions de dollars ont ainsi été dérobés à certains participants, refroidissant investisseurs et institutionnels. L'écosystème était en construction.

« En 2026, une partie de la DeFi restera réservée aux connaisseurs, avec des produits complexes. Mais une autre partie, plus régulée et portée par les acteurs traditionnels, offriront des produits de base, comme des livrets avec des intérêts bien plus alléchants que le livret A, le tout avec une facilité déconcertante, » imagine Anastasia Melachrinos.

L’intégration aux services financiers se poursuit. En 2026, le protocole Aave aura son application mobile et il sera possible de déposer des euros sur l’application et de dépenser ses intérêts via son téléphone. Sans signer une seule transaction dans la blockchain.

« Demain, on aura un IBAN et une carte bancaire directement associée à la DeFi. Les protocoles en place depuis des années seront toujours les mêmes ; ce sont les surcouches qui leur donneront de la valeur, » confie Marc Zeller.

Un monde plus efficient 

On entend çà et là que la finance décentralisée apportera une meilleure efficience des marchés, comprendre une meilleure capacité à offrir un rendement.

Mais pour quelles raisons ce marché sera-t-il en capacité d'offrir des résultats plus intéressants ?

« On est plus efficace que la finance traditionnelle. Chez Aave, nous sommes 40 pour 22 milliards de dollars dans le protocole. Uniswap c’est 17 personnes pour 9 milliards de dollars dans le protocole. On ne sera jamais des milliers à gérer nos protocoles parce que nous n’avons pas besoin de ça ; les smart-contracts le font bien mieux que nous. »

Car ce qui régit la finance décentralisée, ce sont les smart-contracts, ou contrats intelligents.

Un smart-contract, traduit en français par contrat intelligent ou contrat autonome, est un programme ou code informatique dont l’exécution ne nécessite pas l’intervention d’un tiers de confiance. Dans le contexte de la blockchain, il s’agit d’un programme qui s’active automatiquement sur un réseau distribué lorsque certaines conditions sont remplies sur le registre partagé.

Au début de l’ère DeFi grand public en 2020, les premiers utilisateurs se pressaient aux portes des protocoles qui pouvaient offrir de gros taux d'intérêt : de 10% à 300% sur des stablecoins. Si cette pratique sera plus rare en 2026, elle sera remplacée par d'autres manières de générer un revenu passif. Parmi elles, la tokenisation des biens immobiliers et des actions notamment, qui permettra au protocole Aave d’offrir des prêts grâce à cette nouvelle manière de garantir ses emprunts.

« Cela ne plaît à personne, mais tout le monde le sait ; plus la DeFi va grossir, moins les rendements seront intéressants. Pour cause ; les institutions sont cash-risk et non pas crypto-risk. Ils vont arriver avec des valises entières d’USDC. Et si on a beaucoup plus d'offres que de demandes, les taux d’intérêt seront plus faibles. »

Dans la finance décentralisée de 2021, la quasi-totalité des prêts est garantie par un apport supérieur en cryptomonnaies. Demain, ses tokens RealT, sa maison, ses actions et d’autres stocks pourraient servir de garantie.

« Dans le cadre d’un emprunt traditionnel, le collatéral c’est la fiche de paie. Et à partir de cette dernière, en France, l'emprunteur peut s'endetter à hauteur de 33% de ses revenus. Il faut donc 300% de collatéralisation dans la finance traditionnelle, contre 150% dans la DeFi, avec des crypto-actifs volatiles. Chez Aave, depuis 2020, il est même possible d'émettre une délégation d’emprunt entre deux particuliers ou des institutionnels, à partir des fiches de salaires. N’importe quel acteur peut prêter de l’argent. »

Des prêts uniquement dans la DeFi ?

Mais si les banques privées sont aujourd’hui en capacité de créer de la monnaie lors de la contraction d’un prêt, comment la DeFi sera-t-elle en capacité de créer de la monnaie si un collatéral doit toujours être apporté en face ?

« Imaginons que la BCE émette un DAI EURO comme monnaie numérique de banque centrale. Leur manière de créer de la valeur, c’est de jouer sur les taux d'intérêt. Ils peuvent décider que l'intérêt du DAI EURO ne dépasse pas 2,5%. Comment faire ? Créer du DAI EURO et le déposer dans les protocoles de la DeFi. De fait, en augmentant la masse monétaire, le coût d’un emprunt dans les protocoles comme Aave baisse, et l'objectif est atteint, » décortique Marc Zeller. 

Et ce n’est pas de la science-fiction. Une proposition de gouvernance du protocole Maker DAO pousse déjà dans ce sens ; définir par la gouvernance un taux directeur ciblé, et l'atteindre grâce à une émission controlée de DAI à déposer sur le protocole Aave. Le tout, géré par des smart-contracts.

La régulation, seul frein à cette évolution ? 

Si l’arrivée d’Ethereum 2.0 résout une grande partie des problèmes liés à la scalabilité et aux frais sur la blockchain, le frein pourrait venir de la régulation.

Par sa nature, il est compliqué de réguler les activités de la DeFi et ses flux ; les protocoles, une fois déployés, ne peuvent être arrêtés par un simple bouton on/off. Et cibler les équipes de développement ne permet pas non plus d’arrêter la machine. C’est le principe d’une application décentralisée, distribuée sur une blockchain répliquée sur des milliers de machines.

Alors, que reste-t-il ? Cibler les points de centralisation, qui alimentent la DeFi.

Parmi eux, les stablecoins. Chez Aave, ces derniers représentent 50% des dépôts, avec une surreprésentation de l'USDC et de l'USDT, deux stablecoins centralisés.

« Je pense que les stablecoins dollars sont des bonnes choses, même s'il existe des risques de dollarisation pour les pays émergents qui veulent utiliser la DeFi, » poursuit Anastasia Melachrinos. « Les stablecoins centralisés peuvent également être un danger pour la régulation, mais les alternatives décentralisées comme le DAI ne devraient pas être menacés.».

Pour alimenter tout ce système, les oracles devront continuer de se perfectionner et être en capacité de fournir de nouvelles données à la blockchain. Et puisque la DeFi a fait ses preuves, il ne lui reste plus qu’à devenir accessible à tous. Ça sera le défi de l'écosystème pour que cette projection devienne un prophétie.

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A propos de l'auteur : Valentin Demé

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Passionné par la technologie Blockchain et les crypto monnaies, je suis la voix du podcast de Cryptoast. J'écris également beaucoup sur les sujets DeFi.
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Boux

Du coup, il va falloir mettre un sérieux coup de frein sur les projets du type thoreum, apeswap, bananaswap et consort ... Qui ne sont que des scam

Pour avoir essayé , j'espère ne jamais être obligé de passer par ce genre de projet qui sont encore pire que les banques ... Et qui sont clairement des escroqueries en bande organisees