Immobilier tokenisé : RealT en liquidation, 14 000 Français concernés
RealT annonce sa liquidation volontaire lors d’un community call. Près de 14 000 investisseurs français sont concernés par ce dossier explosif.
RealT annonce sa liquidation lors d’un community call
C’est par un appel communautaire sur YouTube et un message publié sur son canal Telegram le 2 juillet 2026 que RealT a officialisé sa décision d’engager une procédure de liquidation volontaire, qui concernerait également les LLC (Limited Liability Companies) et les INC associées au montage juridique du projet.
Contaté, RealT n'avait pas donné suite au moment de la rédaction. L'avocat charge de protéger les intérêts des investisseurs n'avait pas non plus donné suite.
Les informations publiques disponibles à ce stade ne permettent pas de confirmer formellement que la société mère elle-même est placée en liquidation, la procédure semblant d’abord viser les entités détentrices des biens.
Aucun bandeau d’information n’a été publié sur le site officiel de RealT et aucun mail formel n’a été envoyé aux détenteurs de tokens. L’annonce a fuité via les canaux communautaires, ce que plusieurs investisseurs jugent problématique au regard des obligations d’information dues aux souscripteurs.
Selon les éléments partagés lors du community call, les propriétés disposant déjà d’un certificat de conformité (CoC) seront confiées à un autre property manager le temps de leur mise en vente. Les biens plus dégradés devraient être écoulés en priorité, probablement avec une décote significative.
Un pionnier de la tokenisation immobilière fragilisé
Fondée en 2019 par Rémy et Jean-Marc Jacobson, RealT s’était imposée comme l’un des acteurs de référence des Real World Assets (RWA). Son modèle repose sur des LLC américaines détenant chacune un bien immobilier, dont les parts sont fractionnées en tokens ERC-20 émis sur Ethereum, puis plus récemment sur Gnosis. Les investisseurs percevaient une partie des loyers en stablecoins USDC, avec un ticket d’entrée souvent compris entre 50 et 100 dollars.
Le portefeuille de RealT ne se limite d’ailleurs pas à Détroit : la plateforme proposait aussi des biens à Chicago, Cleveland ou Atlanta. C’est bien la concentration de son parc dans le Michigan, et les difficultés qui en découlent, qui ont précipité la crise actuelle.
Un dossier judiciaire déjà lourd à Detroit
Cette annonce intervient dans un contexte judiciaire très tendu. Depuis juillet 2025, la ville de Détroit poursuit RealT pour violations du code immobilier et arriérés d’impôts sur près de 408 propriétés. En avril 2026, un accord a conduit à la nomination d’un fiduciaire indépendant, Charles Bullock, chargé de gérer les quelque 700 biens du portefeuille.
Le fiduciaire dispose de pouvoirs étendus. Il peut ordonner des rénovations financées via un compte séquestre, vendre des biens pour lever du cash, ou faire démolir des bâtiments jugés dangereux. Le compte séquestre de la ville ne contient toutefois qu’un peu moins de 640 000 dollars, une somme modeste face à l’ampleur des travaux. Sa seule intervention a déjà coûté 178 000 dollars sur ses deux premiers mois.
Selon RealT, une personne aurait récemment affirmé au fiduciaire que les frères Jacobson étaient des « escrocs », le poussant à se rémunérer directement sur les revenus des propriétés plutôt que via les fondateurs. Ce serait cet épisode qui aurait précipité la décision de liquidation volontaire.
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14 000 Français potentiellement concernés
D’après le cabinet Delomel, qui coordonne une action collective en France, RealT compterait environ 22 000 clients dans le monde, dont près de 14 000 Français. Le règlement des intérêts hebdomadaires, historiquement présentés au-delà de 10 % annualisés, est stoppé depuis plusieurs mois.
Une plainte pénale a été déposée auprès du procureur du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris. Les deux gérants de RealT, Rémy et Jean-Marc Jacobson, seraient établis entre la France et le Panama. L’inscription au collectif pénal est facturée 360 euros par plaignant.
Pour les investisseurs français, la récupération des fonds s’annonce longue et incertaine. Des taxes impayées, d’importants frais administratifs et des frais juridiques pèsent déjà sur les différentes LLC du groupe, réduisant d’autant les montants susceptibles d’être restitués aux détenteurs de tokens. L’affaire illustre aussi une limite bien connue du secteur RWA : la blockchain ne supprime pas les risques immobiliers traditionnels, qu’il s’agisse de vacance locative, d’entretien ou de conformité réglementaire.
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Sources : Compte-rendu du community call RealT via @1peumoinspauvre sur X, Outlier Media – Accord fiduciaire RealT/Détroit, Cabinet Delomel – Action collective RealT, Immo2.pro – Accusations de fraude contre RealT
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