L’effet Kodak : vers une tokenisation des grandes entreprises ?

 

Le 9 janvier 2018 Kodak a annoncé le lancement (avec Wenn Digital) d’une plateforme de gestion des droits d’auteurs sur des photographies grâce à l’utilisation de la blockchain. Cette plateforme fonctionnera avec des KodakCoin, tokens utilisés pour acheter les droits d’utilisation des photographies disponibles sur la plateforme et rémunérer les auteurs.

Pour renforcer la légitimité de cette plateforme à l’égard des auteurs et verrouiller son circuit de distribution, KodakOne prévoit de scanner les images publiées sur le web pour identifier celles utilisées sans droits, à la manière des GoogleBots, les robots d’indexation de Google.

 

 

Kodak et la quête d’un business model à l’ère numérique

Créée en 1881 par George Eastman, la société Kodak est un des piliers de l’industrie de la photographie et du cinéma, secteur mis en péril par la généralisation du numérique. Kodak fait partie de ces entreprises mises en demeure de se réinventer pour perdurer.

Cette société qui porte encore les stigmates de la disparition quasi-totale de la pellicule de photographie argentique a su se positionner comme un précurseur en matière de blockchain parmi les entreprises cotées en bourse. Kodak poursuit deux axes de développements dans le domaine de la blockchain, le projet KodakOne dont il est question dans cet article et le projet Kodak KashMiner, produit hardware se positionnant sur le marché du minage de crypto-monnaies pour tenter de concurrencer les constructeurs de cartes graphiques.




L’annonce du KodakCoin et la flambée de l’action Kodak

Le projet KodakOne a été immédiatement salué par les investisseurs, l’action Eastman Kodak est passée d’un prix de 3,10$ par action le 9 janvier 2018 à 11,5$ par action le 22 janvier 2018, soit une augmentation de plus de 300% en quelques jours. Malgré une correction à la baisse du cours de l’action depuis le 22 janvier 2018, cette augmentation soudaine s’apparente plus à l’augmentation du prix d’une cryptomonnaie qu’à l’évolution du prix d’une action en bourse.

 

 

Le déroulement de l’ICO KodakCoin

Société cotée, Kodak ne peut pas se permettre une approximation juridique dans le cadre de son Initial Coin Offering (ICO). La société a entamé le 31 janvier 2018 sa phase de vérification des investisseurs accrédités, afin de se conformer aux règles de la Securities and Exchange Commission (SEC), équivalent américain de l’Agence des Marchés Financiers (AMF).

Pour autant, les ICO restent, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, dans un flou juridique relatif. En effet, les tokens ne sont pas nécessairement qualifiables de titres financiers. D’autre part, les « investissements » réalisés dans le cadre d’une ICO à partir de portefeuilles de cryptomonnaies d’Ethereum ou de Bitcoin ne peuvent pas être qualifiés avec certitude d’investissements monétaires. Un travail de qualification juridique et l’élaboration d’un régime juridique sui generis seront nécessaires pour assurer une certaine sécurité juridique à ces nouvelles formes de financement.

 

Kodak et tZERO : l’apparition d’acteurs certifiés ?

La question de la certification ne se limite pas aux enjeux de sécurité liés aux plateformes de sites d’échange de crypto-monnaies et aux risques de piratage illustrés par l’épisode Mt. Gox ou plus récemment par le piratage des portefeuilles de NEM/XEM sur Coincheck. En effet, la certification dans le contexte de l’échange de tokens et de levée de fonds en crypto-monnaies porte également sur les informations et les conditions d’utilisations fournies aux consommateurs et investisseurs.

Overstock.com, société américaine de e-commerce créée en 1997 et cotée en bourse a créé une filiale, tZERO, dont l’ambition est de proposer une plateforme d’échange de cryptomonnaies certifiée par la SEC. Le 16 janvier 2018, Kodak et tZERO ont annoncé que les KodakCoin pourraient s’échanger sur cette plateforme.

 

 

L’effet Kodak : vers une tokenisation des grandes entreprises ?

Ces nouveaux acteurs de la blockchain, déjà implantés dans d’autres secteurs d’activités, se regroupent pour limiter leurs risques réglementaires et créer un tissu d’entreprises de confiance dans la blockchain.

 

L’importance de l’expérience Kodak sur l’avenir des ICO

Si l’ICO de Kodak s’avère être un succès financier et juridique, de nombreuses sociétés de premier ordre suivront sans aucun doute son modèle et expérimenteront ce mode de financement par tokenisation, sans ouverture du capital ni crédit.

 

J’espère que cet article vous a plu ❤ N’hésitez pas à réagir dans la rubrique commentaires et à vous abonner à la newsletter 🙂



Matthieu

Matthieu fait partie de l’équipe des rédacteurs de Cryptoast. Il a un doctorat en droit de la propriété intellectuelle et du numérique. Passionné par le fonctionnement des ICOs et le droit des cryptos, il se fera une joie de partager son expertise sur des sujets comme la fiscalité et les régulations.

facebook-cryptoast twitter-soothsayerdata

 



Poster un Commentaire

avatar