L'empire immobilier à Dubaï de cette française était-il financé par des manipulations de la crypto Verasity ?
Une centaine d'appartements, trois villas et plus de 50 millions d'euros dépensés à Dubaï en une seule année. Une Française de 45 ans vient d'être écrouée à Paris, car la justice la soupçonne d'avoir financé ce patrimoine grâce à la manipulation du cours d'une cryptomonnaie, le token Verasity (VRA).
Une mise en examen pour escroquerie en bande organisée
Selon une récente publication de Le Monde, Svetlana A., née russe et naturalisée française en 2017, a été interpellée en juillet dans les Alpes-Maritimes. Une juge d'instruction parisienne l'a ensuite mise en examen et placée en détention. Le Parquet national financier (PNF), chargé des grandes fraudes financières, a déclaré que cette mise en examen était due « notamment pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé de fraude fiscale, et association de malfaiteurs ».
L'enquête a été confiée aux policiers de la Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale (BNRDF). Ce service de police judiciaire, spécialisé dans les fraudes fiscales complexes, réunit des policiers et des agents issus de l'administration fiscale. Le recours à cette brigade spécialisée correspond au volet « blanchiment aggravé de fraude fiscale » retenu par le PNF, qui vise le recyclage de sommes soustraites à l'impôt.
Selon une source judiciaire citée par le quotidien, elle et son conjoint britannique, Robert H., sont soupçonnés d'escroquerie « au travers de la manipulation du cours d'une cryptomonnaie ». Les gains sont soupçonnés d'avoir servi à acheter ces biens immobiliers.

Un petit empire immobilier dubaïote aux origines scrutées par la justice
Sur LinkedIn, cette femme de 45 ans se présente comme cheffe de projet dans la branche niçoise d'une multinationale du tourisme. Sur la seule année 2022, elle a pourtant dépensé plus de 50 millions d'euros à Dubaï pour acquérir une centaine d'appartements et trois villas de luxe.
La plupart de ces biens sont loués et ont rapporté au moins 4 millions d'euros de loyers cumulés entre 2022 et 2025.
Son patrimoine immobilier dubaïote comprenait notamment un immeuble entier de 73 logements acheté pour 68 millions de dirhams, soit environ 17,4 millions d'euros.
Verasity (VRA), un token soupçonné de manipulation de cours
La cryptomonnaie visée par la présente enquête serait le VRA de Verasity, lancé en 2018. Le projet promettait de rémunérer les créateurs vidéo et de vérifier que les publicités sont vues par des humains, et non par des robots.
D'après Le Monde, Robert H. s'est appuyé sur des recherches menées avec sa compagne pour lancer Verasity. Les registres de brevets américains confirment ce lien technique. Plusieurs brevets détenus par la société Verasity Limited, dont un système de vidéos récompensées et un module de vérification des vues (Proof of View), désignent Svetlana A. et Robert H. comme co-inventeurs.
Au printemps 2021, le cours du VRA a été multiplié par 65 en deux mois et demi, avant de s'effondrer. Le jeton vaut aujourd'hui 0,00001642 dollar, soit 99,98 % sous son ATH (plus haut historique) de 0,0868 dollar du 1er novembre 2021. Sa valorisation actuelle n'est plus que de 1,52 million de dollars, contre un pic à plus de 360 millions de dollars fin 2021, selon les données de CoinMarketCap.

Une offre en tokens VRA qui a très fortement gonflé
La variation de l'offre en circulation de jetons alimente également les interrogations, car si le projet avait été présenté à l'origine avec un plafond de 10 milliards d'unités, elle affiche désormais 93,17 milliards de VRA en circulation. Verasity justifiait la hausse par 90 milliards de jetons techniques non échangeables.
Le 4 avril 2024, le projet promettait sur X de sortir ces jetons du décompte du VRA en les plaçant sur un smart contract séparé. Mais la fondation a finalement renoncé à cette migration et a officiellement relevé l'offre maximale à 200 milliards de VRA en décembre 2025.

Officialisation de l'explosion de l'offre maximale de VRA. Source : Compte X @verasitytech
À ce stade, ces évolutions de l'offre ne sont toutefois pas reliées publiquement à l'enquête, qui porte sur une manipulation présumée du cours autour du printemps 2021. Ce type de manipulation, de « pump and dump », consiste à gonfler artificiellement le cours d'un actif, puis de le revendre au sommet sur le dos des petits investisseurs. Les enquêteurs n'ont pour l'instant pas publié de preuves transactionnelles de la manipulation présumée, et les deux suspects restent présumés innocents. L'ensemble de ces coïncidences semble cependant avoir été suffisant pour conduire à cette mise en examen.

Sources : Le Monde, crypto.news, Justia Patents, CoinMarketCap, @verasitytech sur X
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