OpenAI et Anthropic appellent l'ONU à encadrer l'IA : la Chine visée ?
Sam Altman et Dario Amodei ont appelé l'ONU à instaurer des standards internationaux pour encadrer l'intelligence artificielle. Derrière les arguments de sécurité, ces nouvelles règles pourraient aussi avantager OpenAI et Anthropic face à la montée en puissance des modèles open source chinois.
Deux rivaux sur la même ligne à New York
Le patron d'OpenAI, Sam Altman, et le cofondateur d'Anthropic, Dario Amodei, ont défendu la nuit dernière une position commune devant le Conseil de sécurité de l'ONU : la mise en place de standards internationaux pour encadrer l'intelligence artificielle et limiter ses risques.
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Sam Altman est intervenu en personne, tandis que Dario Amodei s'est exprimé par visioconférence. Leur prise de parole intervient après plusieurs semaines d'appels à ralentir le développement de certains systèmes d'IA, y compris au sein de leurs propres entreprises, à la suite d'incidents impliquant des agents devenus difficiles à contrôler. Certains auraient notamment compromis les systèmes informatiques d'autres sociétés.
« L'IA pourrait représenter un risque pour l'humanité tout entière », a averti Dario Amodei, qui la considère comme « le problème de sécurité mondiale le plus important » du moment. De son côté, Yoshua Bengio, lauréat du prix Turing, a estimé devant le Conseil qu'il s'agissait d'une menace « qu'aucun ne peut contenir seul ».
Évaluer, signaler, vérifier
Sam Altman a plaidé pour des normes communes permettant de mesurer les capacités des modèles, d'évaluer leurs risques, de vérifier l'efficacité des garde-fous et de préserver une supervision humaine.
Sam Altman says humans could lose control of the future to AI at UN Security Council.
and that OpenAI has deliberately slowed AI development before and will do it again
"we could lose control of the future to AI. The risk is that it moves so fast that people can no longer… pic.twitter.com/Ve3aPd1rv2
— Rohan Paul (@rohanpaul_ai) September 23, 2026
Il souhaite également mettre en place des mécanismes de signalement rapide et des canaux sécurisés entre gouvernements afin de partager les incidents.
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Dario Amodei a avancé trois pistes : des accords internationaux ciblés (notamment pour empêcher l'utilisation de l'IA dans la conception d'armes biologiques), des mécanismes de vérification des engagements pris par les États et des standards communs pour tester les modèles et signaler les incidents de sécurité.
Aucun accord formel n'est attendu à ce stade. Un responsable d'OpenAI a présenté la réunion comme l'occasion de semer le « germe d'une idée ».
Des règles qui pourraient freiner la concurrence open source
Derrière l'argument sécuritaire, ces propositions pourraient aussi servir les intérêts d'OpenAI et d'Anthropic. Des normes internationales exigeantes en matière de tests, de vérification et de conformité favoriseraient les entreprises disposant déjà des moyens humains, techniques et financiers nécessaires pour s'y conformer.
À l'inverse, elles pourraient compliquer la progression des modèles open source, en particulier ceux développés en Chine. Sam Altman souhaite par ailleurs que les décisions les plus importantes soient confiées à des institutions démocratiques et à des gouvernements « responsables devant les peuples qu'ils servent », une approche susceptible d'exclure certains États du processus de gouvernance.
Le risque pour les acteurs ouverts serait donc de devoir supporter des contraintes plus lourdes dans un cadre largement façonné par les entreprises déjà dominantes.
La concurrence chinoise se rapproche
Cette question est d'autant plus sensible que l'écart entre les meilleurs modèles ouverts et ceux d'OpenAI ou d'Anthropic se réduit. Depuis 2024, plusieurs des modèles open source les plus performants proviennent de laboratoires chinois.
Cette montée en puissance commence aussi à se traduire commercialement. Thomson Reuters a développé son propre modèle à partir d'une architecture dérivée de Qwen afin de réduire sa dépendance aux modèles propriétaires comme Claude, sans pour autant abandonner Anthropic. Perplexity a également intégré DeepSeek-R1 à son infrastructure. Aux États-Unis, des élus ont par ailleurs interrogé Airbnb, Anysphere (la société derrière Cursor) et DoorDash sur leur recours à des modèles d'IA chinois.
La distillation, qui consiste à entraîner un modèle à partir des réponses d'un système plus puissant, cristallise également les tensions. Anthropic affirme que certains laboratoires chinois y ont recours, mais cette technique n'explique pas à elle seule leur rattrapage.


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