L'IA devient-elle hors de contrôle, ou s'agit-il d'une stratégie pour brider les modèles open source ?
Au cours des derniers jours, les responsables des géants de l'IA se sont pliés à un exercice d'auto-analyse assez saisissant, impliquant une possible perte de contrôle de leurs modèles les plus avancés. Des annonces dystopiques qui ne parviennent toutefois pas à convaincre, face à ce que certains présentent comme une stratégie destinée à endiguer une crise concurrentielle en provenance des modèles open source. Mais cela ne revient-il pas à tirer sur l'ambulance ?
L'IA face à ses scénarios dystopiques
Après l'euphorie et l'emballement des premiers temps, le secteur de l'intelligence artificielle semble traverser sa première véritable crise existentielle, à base de scénarios dystopiques distillés depuis quelques jours par ceux-là même qui alimentent sa course effrénée largement incontrôlée depuis des mois, réclamant dans le même temps un ralentissement de son développement aussi improbable qu'inattendu.
Dans ce contexte anxiogène, le géant du secteur OpenAI (ChatGPT) vient en effet de publier une présentation de son « nouveau cadre pour le suivi, l'analyse et la divulgation des cas de désalignement des modèles » qu'il développe actuellement, accompagné de « six rapports consacrés à des cas de comportements désalignés que nous avons observés au cours de l'entraînement ou de l'évaluation de nos modèles ces six derniers mois ».
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Une apparente volonté de transparence qui ne convainc pas, d'autant plus du côté de la société Hugging Face victime d'un piratage coordonné des agents IA d'OpenAI en juillet dernier. En effet, l'un de ses ingénieurs, Niels Rogge, est récemment monté au créneau en dénonçant « une désinformation importante » de la part de ce géant de l'IA et des déclarations alarmistes des principaux acteurs du secteur qui répondraient à « un autre agenda ».


Fin du monde, ou fin du monopole ?
Pendant ce temps, un récent article de Reuters explique comment « les agents IA voyous d'OpenAI » auraient préparé leur attaque coordonnée du site Hugging Face près de deux mois avant le piratage effectué au mois de juillet dernier, impliquant une activité bien plus complexe et étendue que le rapport officiel ne semble vouloir l'admettre.
Des révélations qui poussent l'expert en cybersécurité Olivier Laurelli à réagir sur le réseau X - sous le pseudonyme Bluetouff - en expliquant qu' « avant de demander aux patrons de l'IA quand leurs machines vont détruire l'humanité, demandons-leur les rapports d'incident complets, car fin du monde se prête admirablement aux conférences, mais la chronologie des alertes ignorées, un peu moins ».
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Mais alors quel serait cet « autre agenda » secret visé par les géants de l'IA ? L'hypothèse la plus répandue concerne une stratégie de concurrence visant à freiner le développement des modèles open source, en imposant des exigences réglementaires au secteur de l'intelligence artificielle que seuls les géants actuels seraient en mesure de financer.
Une situation que l'ancien rédacteur en chef de Numerama, Guillaume Champeau, compare à l'industrie pharmaceutique, qui possède « un monopole garanti de 20 ans avant que les médicaments génériques puissent débarquer, alors qu'OpenAI ou Anthropic n'ont que quelques mois avant que les Chinois fassent chuter les prix avec des modèles open weights ».
C'est intenable et c'est la raison du dooming actuel. L'avenir d'OpenAI et Anthropic passe par la capacité des USA à dissuader d'une manière ou d'une autre de recourir à des modèles open weights, qui seront vus comme bien moins sûrs que les modèles ayant subi tels et tels contrôles certifiés avant leur mise sur le marché.


Faut-il arrêter de tirer sur l'ambulance ?
Un scénario qui pose toutefois un problème de taille : le risque de passer à côté d'une véritable crise en ignorant les avertissements émis par les principaux intéressés.
Une stratégie visant à tirer sur l'ambulance qui vient de se heurter à une nouvelle alerte, cette fois consignée par 42 mathématiciens de renom dans une lettre à l'attention de Paul Nurse, président de l'une des plus prestigieuses académies scientifiques au monde, la célèbre Royal Society.
Il est très probable que ces systèmes soient tout aussi performants dans d'autres domaines techniques (que les mathématiques, ndlr) tels que, par exemple, la cybersécurité, le contrôle d'armes autonomes, le développement d'agents biologiques et chimiques ou encore la diffusion ciblée de désinformation. (...) Et, lorsque la situation deviendra évidente aux yeux du grand public, il sera peut-être déjà trop tard pour agir.
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Alors, faut-il se méfier d'une manipulation mise en place par les géants de l'IA ou paniquer face à l'imminence d'une perte de contrôle aux conséquences dramatiques pour l'humanité ?
Rien de tout cela, selon le patron de Meta, Mark Zuckerberg, qui estime que la concurrence et la responsabilité donnent aux entreprises IA suffisamment de raisons d'agir individuellement en matière de sécurité, sans avoir besoin d'un ralentissement coordonné du secteur.
Meta a retardé le lancement de Muse de plusieurs mois pour se concentrer sur la sécurité et la sûreté. Nous n'avons pas exigé que tout le monde fasse de même avant nous. (...) Je crois que la clé pour construire un avenir positif pour tous est de maintenir le bon équilibre des pouvoirs.


Sources : Reuters, Timothy Gowers, Mark Zuckerberg
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