Les échanges crypto / stablecoins bientôt taxés en France ?

Trois dirigeants français de la crypto, issus de Deblock, Waltio et Lyzi, demandent la taxation des échanges entre cryptomonnaies et stablecoins. Une proposition qui va à rebours de l'un des rares avantages fiscaux du secteur en France, et qui interpelle le reste l'écosystème, à quelques semaines du débat budgétaire.

Les échanges crypto / stablecoins bientôt taxés en France ?
Illustration générée avec OpenAI
block aim icon Droit de réponse
À la suite de cet article, Jean Meyer, Damien Patureaux et Pierre Morizot ont demandé la publication d'un droit de réponse. Celui-ci a été publié le 4 octobre 2026 à 14h35 et est disponible à la fin de cet article.

Une tribune signée par trois acteurs du paiement et de la fiscalité

Le 18 mai 2026, trois dirigeants de la crypto française signent une tribune dans Le Monde, intitulée « La France a six mois pour ne pas rater la prochaine vague industrielle de l'IA agentique ». Il s'agit de Jean Meyer (Deblock), Damien Patureaux (Lyzi) et Pierre Morizot (Waltio). Deux acteurs du paiement, un éditeur de logiciel de déclaration fiscale.

Sous ce titre, il est peu question d'intelligence artificielle. Le texte porte sur la fiscalité des échanges entre cryptomonnaies et stablecoins. « Un détenteur français qui convertit ses bitcoins en [stablecoin] ne déclenche aucune imposition », écrivent les auteurs. « Ce n'est pas un avantage compétitif. C'est une singularité fiscale qui se paie en recettes manquées et en infrastructure non construite. »

Les signataires visent aussi le calcul de la plus-value, qui se fait sur la valeur totale du portefeuille. Pour dépenser 10 euros de bitcoin, un utilisateur doit prendre en compte la valeur globale de son portefeuille et son prix total d'acquisition, afin d'isoler la part de bénéfice soumise à la flat tax. Une règle qui pèse d'abord sur ceux dont le métier est de faire payer en crypto.

Un intérêt général ou individuel ?

Selon eux, cette complexité freine l'usage des cryptomonnaies comme moyen de paiement. Interrogés par Cryptoast, les trois dirigeants défendent une réforme d'intérêt général. Chacun parle aussi depuis son propre marché.

Damien Patureaux, patron de Lyzi, voit le problème depuis les magasins. Sa solution permet d'accepter les paiements en cryptomonnaies et stablecoins dans plus d'un million de points de vente en France et en Europe, dont Citadium, Beaugrenelle et le Printemps. « Au moment de payer en crypto, les clients posent de nombreuses questions aux commerçants sur la fiscalité », explique-t-il. « On se retrouve à faire du SAV pour le client du marchand au lieu de faire des ventes. »

Pierre Morizot, PDG de Waltio, vend un logiciel de calcul et de déclaration des plus-values. Pour lui, « la non-taxation des transactions crypto/stablecoin est une épée de Damoclès » au-dessus des entreprises. Il souhaite s'inspirer du Royaume-Uni, où la Finance Bill 26-27 pourrait traiter les stablecoins comme des monnaies à part entière, et donc taxer le passage crypto/stablecoin. Avec, à la clé, autant de nouvelles opérations à déclarer pour les particuliers. Autre avantage à ses yeux : les rendements sur stablecoins seraient considérés comme des intérêts d'épargne plutôt que comme des plus-values.

« Certains reconnaissent que la taxation des transactions crypto/stablecoin serait bien pour leur entreprise, mais que ça les embêterait personnellement. Moi aussi », admet Jean Meyer, PDG de Deblock. « Mais on va y aller, quoi qu'il arrive. » prophétise-t-il, invoquant la direction que prend la régulation mondiale.

L'homme propose donc un marché à Bercy : abandonner le calcul de plus-value pondéré sur l'ensemble du portefeuille, « en échange de la taxation des transactions crypto/stablecoin, tout en gardant l'exonération sur les pairs crypto/crypto ». Le fondateur de cette entreprise de paiement voudrait donc déplacer la complexité fiscale au niveau des utilisateurs et des plateformes d'échange. Un deal qui ne convainc pas le reste de l'écosystème.

Une vision isolée dans l'écosystème crypto

À l'Association pour le développement des Actifs numériques (Adan), la ligne est inverse. « On ne peut pas payer ses impôts en crypto, qu'il s'agisse de bitcoin ou de stablecoins : ils sont payés en euros » pose Claire Balva, sa directrice générale. « C'est donc au moment de la conversion en monnaie fiat que la taxation doit intervenir. »

Taxer le passage crypto/stablecoin aurait surtout, selon elle, un effet pervers : « Si convertir de l'ETH en EURC déclenche une taxation, l'utilisateur aura tout intérêt à le convertir plutôt en USDT pour l'éviter. » Elle poursuit : « c'est précisément l'inverse de l'objectif : nous voulons favoriser les stablecoins en euros et, plus largement, les stablecoins régulés. »

Faustine Fleuret, responsable des affaires publiques de Morpho et ancienne directrice générale de l'Adan, rappelle que cette exonération est le seul avantage de la fiscalité crypto française. « Tous les sujets qui sont ouverts pour toucher à la fiscalité crypto ne sont jamais des sujets positifs pour le secteur ni pour les investisseurs », regrette-t-elle. Elle concède pourtant un point aux signataires : depuis que les réglementations européenne et américaine ont rapproché les stablecoins de la monnaie électronique, l'exonération des échanges crypto/stablecoin est devenue difficile à défendre sur le plan technique.

Ne rien céder sans contrepartie

Sur le plan politique, en revanche, pas question de céder sans contrepartie. « Si une discussion doit s'ouvrir dans le prochain débat budgétaire qui commence dans quelques semaines, pour remettre en cause ce maigre acquis fiscal que nous avons en France, qu'est-ce qu'on peut avoir en face de bénéfique pour le secteur ? »

Encore faut-il que le débat ait lieu. « À notre connaissance, aucune modification du régime fiscal des cryptos n'est prévue dans le projet du gouvernement », indique Claire Balva, sans exclure des amendements parlementaires. Quant à l'initiative des trois signataires, sa réponse est diplomatique, mais le mot est lâché : « Les acteurs restent libres de suivre leurs intérêts individuels mais nous les encourageons naturellement à se coordonner avec le reste de l'industrie pour trouver des compromis et soutenir des mesures faisant consensus dans le secteur. »

👉 Sur le même sujet – Deblock franchit les 100 millions de dollars déposés grâce à la DeFi

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Sources : Le Monde

Droit de réponse

À la suite de cet article, Jean Meyer (Deblock), Damien Patureaux (Lyzi) et Pierre Morizot (Waltio) ont demandé la publication du droit de réponse ci-dessous, reproduit intégralement.

Suite à l'article de Cryptoast du 2 octobre reprenant notre tribune publiée dans Le Monde le 18 mai 2026, une précision s'impose : nous sommes les derniers à vouloir un impôt supplémentaire. La fiscalité crypto française est déjà trop lourde et trop complexe.

Le problème est le suivant : MiCA assimile déjà les stablecoins régulés (EMT) à de la monnaie électronique. La BCE pousse l'euro numérique. La Cour des comptes a demandé d'adapter la fiscalité en 2023. L'Italie et le Royaume-Uni viennent de changer. Le fait générateur de l'imposition finira par se déplacer vers la conversion en stablecoin régulé. La question n'est plus de savoir si, mais quand.

Si le secteur ne fait rien, elle arrivera sans lui et sans contrepartie : c'est le pire scénario. Il nous semble préférable de prendre les devants et de négocier dès maintenant.

Notre appel est une prise de conscience de cette situation et un accompagnement des institutions dans leur volonté de déplacer le moment de l'imposition, du passage stablecoin régulé → euro au passage crypto → stablecoin régulé. Ce n'est d'ailleurs ni une nouvelle taxe, ni un nouveau taux, pour qui déclare ses gains, c'est le même gain, au même taux, imposé une seule fois.

En contrepartie, une révision complète du régime fiscal, incluant notamment un calcul actif par actif, comme pour les actions doit être étudiée. Les échanges entre cryptos et les échanges crypto → stablecoins non régulés (ex. USDT, DAI) restent en sursis d'imposition. D'autres contreparties, qui n'ont pas été obtenues par le passé, devraient aussi l'être, comme le report des moins-values sur plusieurs années et l'augmentation significative du seuil d'exonération des paiements en crypto.

Ouvrons la discussion avec l'Adan et tout l'écosystème : mieux vaut négocier ensemble que subir séparément.

Jean Meyer (Deblock), Damien Patureaux (Lyzi), Pierre Morizot (Waltio)

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Commentaires (15)

M
malojelo5 Oct 2026

Waltio c'est le donneur de leçon qui n'est même pas capable de sécuriser sa plateforme et qui a des failles de sécurité c'est ça ?
Commence par être irréprochable dans ton business avant d'essayer de créer la Loi !

J
Jeanlebon3 Oct 2026

Pour info, Waltio a été victime d'un piratage dont les données ont servi à cibler des détenteurs de cryptos, ce qui a conduit à des séquestrations et à plusieurs tentatives d'enlèvement.
Le petit club Waltio, Lyzi, Deblock devient sérieusement problématique. Pierre Morizot devrait faire profil bas et indemniser les victimes au lieu de prendre la parole, surtout avec le conflit d'intérêts que cela pose

W
Waltio3 Oct 2026

Voici les affaires que la presse relie à la fuite Waltio, par ordre chronologique :
Fin février – mars 2026 : un homme, Jonathan, a subi deux tentatives d'enlèvement à son domicile par deux commandos distincts en dix jours ; il affirme que son nom figurait dans la fuite.
Mai 2026, Paris 10e : un investisseur crypto a échappé à une tentative d'enlèvement par deux individus. Un jeune de 17 ans a été arrêté le 27 juillet en Essonne, et la victime avait déclaré ses cryptos via Waltio.
5 juin 2026, Ételfay (Somme) : trois hommes cagoulés et armés ont visé une grand-mère, puis ont fui avant d'aller au bout. L'affaire a été jugée à Amiens.
13 juillet 2026, Taverny (Val-d'Oise) : la mère et son enfant de 10 ans ont été ligotés, et le père attaqué au pistolet à impulsion électrique. La mère a été forcée à faire deux virements pour 450 €. Six suspects ont été mis en examen et trois écroués le 11 septembre ; le commanditaire présumé serait déjà détenu à Auxerre.
Lien moins direct ou incertain :
19 septembre 2026, Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) : une famille a été ligotée et le père forcé de transférer environ 40 000 €. Les enquêteurs citent une fuite fiscale plus ancienne, aggravée par celle de Waltio.
Rion-des-Landes (Landes) : un couple a été enlevé et séquestré, et une source évoque des commanditaires ayant utilisé les données Waltio, sans plus de précision.
Une affaire est souvent associée à tort : à Voiron (Isère), le 25 janvier, un père a été séquestré 16 heures, mais la victime avait été repérée via LinkedIn, pas via Waltio.
Cette liste se limite à ce qui est sorti dans la presse. Il peut y avoir d'autres cas non médiatisés ou non encore reliés publiquement à la fuite.

O
OuiCMoi3 Oct 2026

Les mon***** qui utilisent encore ces platformes, vous savez ce qu'il vous reste a faire

A
Alex3 Oct 2026

La guerre est déclarée... Le mal est fait, même s'ils changent d'avis ces entreprises sont à faire couler par un boycott massif et une publicité permanente de leurs agissements jusqu'à liquidation

P
Pascal123 Oct 2026

Waltio finit. Je quitte.

B
Beersheva3 Oct 2026

Incroyable ! Etant chez Waltio je suis vraiment déçu. En fait ils veulent nous taxer encore plus juste pour leurs petits profits. 31,4 % d'imposition n'est pas suffisant à leurs yeux ?

J
Jeanseb3 Oct 2026

À qui profite le crime ?

L
Libre3 Oct 2026

La liberté commence par le renseignement si vous etes dans une plate-forme qui ressemble a BFM TV fuyer c’est un cartel qui appartient a un sous cartel de la delinquance politique.

A
Anonyme2 Oct 2026

Ce sont des énormes traîtres, boycot massif de Deblock, Waltio et Lyzi !!!

L
Libre3 Oct 2026

C est fait pour le boycott

B
Batman2 Oct 2026

De plus la sanction va tomber sur le Google Play Store !!!!

B
Batman2 Oct 2026

Je supprime mon Compte Deblock de ce pas ! C'est quoi ce délire !?? Ils sont tombé sur la tête !!!??

M
Mimid2 Oct 2026

Punaise c'est très dur de rester polie face à ces 3 dirigeants. Qu'ils nous laisse faire notre petit bout de chemin sans taxe pour le moment. On est pas autant peter de tune qu'eux. Je vais retenir de ne pas aller chez Waltio lorsque j'aurai besoin de déclarer mes plus-values.

P
PetitPorteurDépité2 Oct 2026

Oui, et quid de la sécurité numérique sur ces applications tierces? J'étais chez waltio. Petit investisseur, l'abonnement minimal annuel représente 8% de la somme que j'ai investi. Je suis rentré au top de 2025. Si je n'avais pas effectué des conversions cryptos/stablecoins il me resterait un tiers du capital initial. On n'est pas tous multimillionnaire... Puis waltio s'est fait hacker... Email, identité, montants et cryptos détenues dans la nature... Leur tribune n'est pas dans l'intérêt du petit porteur... Mais dans le leur! Vu la complexité déclarative, obliger les petits porteurs à souscrire des abonnements coûteux à leurs sociétés à la cyber sécurité hasardeuse...

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