Crypto-rapts en France : deux nouvelles séquestrations révélées à Nice et à Rennes
Deux nouvelles séquestrations liées aux cryptomonnaies viennent d'être révélées en France, à Nice et près de Rennes. Ces affaires augment encore le nombre de 135 crypto-enlèvements recensés depuis 2023 par le parquet national anti-criminalité organisée. Retour sur une année 2026 déjà marquée par une explosion de ces violences ciblées.
Nice et Rennes : deux nouvelles affaires en quelques jours
Le phénomène des crypto-rapts ne montre décidément aucun signe d'accalmie en France. Dimanche 6 septembre 2026, une mère et son fils ont été séquestrés à leur domicile à Nice par deux individus cagoulés. Les malfaiteurs ont dérobé un portefeuille, un passeport et deux téléphones portables. Selon FranceInfo, un de ces téléphones contenait les codes d'accès à un compte de cryptomonnaies d'une valeur de 25 000 dollars.
Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour « extorsion avec arme » et « séquestration ». Une somme relativement modeste au regard d'autres affaires récentes, mais qui témoigne d'un élargissement du profil des victimes ciblées.
Deux semaines plus tôt, le 22 août, une famille avait été prise pour cible à Vern-sur-Seiche, une petite commune située au sud de Rennes. Des individus se sont rendus dans une habitation isolée pour séquestrer et violenter les locataires, alors qu'ils visaient en réalité le propriétaire des lieux, détenteur de cryptomonnaies. Selon Ouest-France, qui a révélé l'affaire ce 4 septembre, les agresseurs se seraient donc trompés de cible.
135 crypto-enlèvements recensés en France depuis 2023
Ces deux affaires s'ajoutent à un bilan devenu plus qu'inquiétant. Le Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) avait en effet recensé, en avril dernier, pas moins de 135 enlèvements ou tentatives d'enlèvements liés aux cryptomonnaies dans l'Hexagone depuis 2023. Un chiffre déjà dépassé depuis, qui continue d'augmenter presque semaine après semaine, et qui a poussé les autorités à structurer leur réponse.
Créé en janvier 2026, le PNACO a rapidement fait des crypto-rapts l'une de ses priorités. En avril dernier, la procureure annonçait déjà 88 suspects mis en examen dans le cadre de ces affaires de crypto-rapts. Et derrière le chiffre brut, un profil se dessine avec netteté. Sur les 88 personnes mises en examen, 75 ont été placées en détention provisoire et plus de 10 sont mineures. Les tranches d'âge documentées dans les dossiers connus confirment cette jeunesse : 25 suspects de 16 à 23 ans mis en examen dans le volet Paymium, ou encore trois hommes de 25 à 30 ans, déjà condamnés, interpellés à Chambéry pour un rapt à Challes-les-Eaux.
Une note confidentielle du SIRASCO (service de renseignement de la Police judiciaire) éclaire la mécanique. Les commanditaires opèrent depuis l'étranger, et s'appuient sur des intermédiaires basés en France qui jouent le rôle de recruteurs, ciblant des personnes de moins de 30 ans, souvent déjà connues pour des faits de vol, de violence ou de trafic de stupéfiants. Une configuration confirmée par l'arrestation (et la condamnation) au Maroc d'un Franco-Marocain présenté comme l'un des cerveaux de ces affaires.
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Réseaux sociaux, fuites de données : comment les ravisseurs identifient leurs cibles
Les affaires d'agressions de possesseurs de cryptomonnaies reposeraient largement sur des signaux publics. Selon une note confidentielle du SIRASCO, les victimes sont très souvent repérées par leurs agresseurs sur les réseaux sociaux, où elles affichent leur train de vie luxueux et leur enrichissement rapide sur TikTok, YouTube ou Instagram, ce qui permet aux ravisseurs d'en apprendre plus sur leurs habitudes et celles de leurs proches.
Le second vecteur, ce sont les fuites de données, qui se multiplient de façon alarmante. Ledger a confirmé le 5 janvier 2026 que des informations clients avaient été exposées via une brèche chez Global-e, son prestataire de paiement, un incident qui rappelle la fuite de 2020 ayant exposé les noms et adresses postales de 272 000 clients. La fuite de données du service français de déclaration fiscale, Waltio, a également été citée comme source potentielle d'identification dans le crypto-rapt de Vaujours en juin 2026.
Cette combinaison entre exposition volontaire d'une part, et ces fuites de données personnelles vendues au marché noir d'autre part, explique pourquoi les criminels ne visent plus uniquement les baleines : toute personne identifiée comme détentrice, même modeste, devient une cible potentielle.
2026, année noire pour les crypto-rapts en France, qui s'étendent au-delà des grosses fortunes
L'année 2026 n'est pas encore terminée, mais elle détient déjà un triste record d'agressions de possesseurs de cryptomonnaies, et a été marquée en plus par plusieurs faits divers d'une extrême violence.
En avril 2026, un homme a été mis en examen après la séquestration d'un couple à Dompierre-sur-Mer, en Charente-Maritime. Ligoté, frappé et menacé, l'un des deux membres du couple, investisseur en cryptomonnaies, avait été forcé sous la contrainte de réaliser un virement de 8 millions d'euros. Plus tôt dans l'année, l'enlèvement du père d'un influenceur crypto français avait défrayé la chronique, révélant un véritable circuit de blanchiment international derrière ces opérations.
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Et l'affaire de Nice marque donc un tournant encore plus préoccupant. Avec un butin de 25 000 dollars, on est loin des millions extorqués dans les affaires précédentes. Les criminels semblent désormais viser toute personne soupçonnée de détenir des cryptos, peu importe le montant supposé.
Cette insécurité pèse même désormais sur les comportements des investisseurs. Selon Robbie Mitchnick, responsable des actifs numériques chez BlackRock, la multiplication des enlèvements pousse les baleines à privilégier les ETF Bitcoin comme IBIT, plutôt que la détention en auto-garde, jugée trop risquée physiquement.
Sources : Franceinfo, Ouest-France
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Commentaires (2)
Merci pour cet article, en particulier de donner le nombre :
" Le Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) avait en effet recensé, en avril dernier, pas moins de 135 enlèvements ou tentatives d’enlèvements liés aux cryptomonnaies dans l’Hexagone depuis 2023"
(même approximatif, et certainement en-dessous de la réalité car toutes les "affaires" ne sont pas révélées ... )
Et surtout, de mentionner que même des "petits porteurs" (25000 euros) sont visés, ça c'est flippant.
Merci, ça peut toujours disuader :)



