Jusqu'à 6 % de l'aide de la Banque mondiale finirait en bitcoins, selon une étude
Un rapport publié par le National Bureau of Economic Research (NBER) estime qu'entre 2 et 6 cents par dollar d'aide versée par la Banque mondiale finiraient dans des portefeuilles crypto, plus précisément sur la blockchain de Bitcoin (BTC), qui est la seule étudiée ici. En effet, les analystes observent des pics d'activité on-chain dans le même mois où les tranches d'aide arrivent dans les pays bénéficiaires.
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Des pics d'activité sur Bitcoin le mois où l'aide de la Banque mondiale arrive
Un document de travail publié par le National Bureau of Economic Research tente de démontrer que, quand l'argent de la Banque mondiale (World Bank Group) arrive dans un pays en développement, l'activité Bitcoin s'emballe.
Les chercheurs ont analysé 238 milliards de dollars de décaissements de la Banque mondiale vers 94 pays bénéficiaires entre 2018 et 2024, avec une méthodologie qui combine trois sources de données. En l'occurrence, les transactions on-chain sur le réseau de Bitcoin, les registres hors blockchain des plateformes d'échange, et le trafic web lié aux adresses IP par pays.
D'après leurs croisements d'informations, dans le mois même de l'arrivée de l'aide, le volume de transactions anonymes sur les plateformes situées dans des paradis fiscaux bondit d'environ 137 %, et ce phénomène s'estompe ensuite en un à deux mois.

Le volume de transactions et les nouveaux wallets semblent connaître un pic à la suite des versements d'aide de la Banque mondiale. (NBER)


Entre 1,7 et 4,4 milliards de dollars détournés vers la crypto ?
Sur un échantillon analysé de 328 tranches d'aide de la Banque mondiale, les auteurs estiment une fuite nette comprise entre 2 et 6 cents par dollar d'aide détourné vers la cryptomonnaie. Rapporté aux 78 milliards de dollars de cet échantillon, cela représenterait entre 1,7 et 4,4 milliards de dollars partis sur la blockchain de Bitcoin.
Quatre secteurs concentreraient particulièrement les détournements d'aide soupçonnés vers la crypto : le transport (le plus touché), l'eau et l'assainissement, la protection sociale et la gouvernance.
L'entrée dans l'écosystème on-chain se ferait presque exclusivement via des portefeuilles anonymes et récemment créés. Après les versements, les mixers (les mélangeurs de transactions blockchain) gagnent du terrain dans ces transactions par rapport aux plateformes classiques.


Le paradoxe de la transparence blockchain
Les chercheurs soulignent un paradoxe sur l'utilisation d'une blockchain ici. En effet, si la cryptomonnaie semble faciliter le détournement d'aide, ses registres publics laissent des traces exploitables. Contrairement à l'opacité du système bancaire traditionnel, chaque transaction Bitcoin reste visible et potentiellement traçable, ce qui facilite la détection de fonds détournés.
Suite aux résultats de leur étude, les auteurs plaident pour un changement de méthode côté donateurs. Plutôt qu'à l'approbation des projets ou lors d'audits a posteriori, ils recommandent une surveillance au moment même du versement, avec des libérations échelonnées des tranches d'aide.
L'étude reconnaît également ses propres limites, car elle ne peut pas identifier les acteurs derrière les portefeuilles anonymes, ni déterminer si la crypto remplace partiellement ou s'ajoute aux canaux de blanchiment traditionnels en devises fiduciaires. Et surtout, le rapport ne couvre que Bitcoin, alors que les stablecoins représentent désormais une large part des flux illicites transfrontaliers dans les pays en développement.
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Source : rapport du NBER
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