Actions tokenisées : quels impôts et quelle fiscalité en France ?
Les actions tokenisées séduisent de plus en plus les investisseurs, mais leur traitement fiscal reste complexe en France. Entre crypto-actifs et titres financiers, leur qualification peut changer le moment où l'impôt devient exigible, notamment lorsqu'elles sont achetées avec des cryptomonnaies.
Un statut fiscal ambigu pour les actions tokenisées
Depuis que Robinhood a lancé son service de tokenisation d'actions en juin 2025, les actions tokénisées ont gagné en visibilité auprès des investisseurs français.
🔎 Où acheter des actions tokenisées ?
D'autres offres se sont depuis développées, comme les xStocks proposés notamment sur Kraken et Bybit, qui permettent de s'exposer à des actions comme Apple, Nvidia ou Tesla ainsi qu'à certains ETF directement sous forme de tokens. Kraken propose aujourd'hui plus de 100 actions et ETF tokenisés, adossés 1:1 aux titres sous-jacents.
Cette évolution soulève une question importante pour les investisseurs français : ces jetons relèvent-ils de la fiscalité des actifs numériques ou de celle des titres financiers ?
La réponse n'a rien d'anecdotique. En France, les plus-values réalisées par les particuliers sur les actifs numériques sont soumises au PFU de 31,4 %. Surtout, les échanges sans soulte entre actifs numériques bénéficient d'un sursis d'imposition. Or ce mécanisme pourrait ne pas s'appliquer lorsqu'une cryptomonnaie est échangée contre une action tokenisée.


Le principe « substance-over-form » au cœur du débat
Interrogé par Cryptoast, Alexandre Lourimi, Partner Tax au sein du cabinet ORWL, précise le cœur du problème. « Les actions tokenisées soulèvent des difficultés puisque deux qualifications se confrontent : le contenant est un crypto-actif mais le contenu est un titre financier », explique-t-il.
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Cette lecture rejoint le cadre réglementaire européen. L'AMF rappelle que les instruments financiers, comme les actions ou les obligations, restent des instruments financiers lorsqu'ils sont enregistrés au moyen d'une blockchain. Ils sont donc exclus du champ du règlement MiCA et restent soumis à la réglementation financière existante.
« La qualification de crypto-actif étant subsidiaire et compte tenu du principe substance-over-form, il est fort probable que les actions tokenisées relèvent tout simplement de la catégorie des titres financiers », poursuit Alexandre Lourimi.
Autrement dit, la technologie utilisée pour représenter l'actif ne détermine pas à elle seule son traitement juridique ou fiscal. Un token donnant une exposition à une action Apple, Nvidia ou Tesla peut ainsi relever du régime des instruments financiers plutôt que de celui des crypto-actifs.
Un fait générateur d'imposition inattendu
La conséquence peut être importante pour les détenteurs de cryptomonnaies. « L'achat d'une action tokenisée en crypto-actifs pourrait constituer une cession imposable de ces derniers, puisque la contrepartie n'est pas un crypto-actif », souligne Alexandre Lourimi.
Concrètement, un investisseur qui utiliserait ses ethers pour acquérir une action tokenisée pourrait déclencher l'imposition de la plus-value réalisée sur ses ETH, contrairement à un simple échange ETH contre BTC ou contre un autre actif numérique bénéficiant du sursis d'imposition.
La question devient d'autant plus importante que ces produits peuvent être achetés, échangés ou conservés directement aux côtés de cryptomonnaies. Kraken permet par exemple d'acheter, vendre et convertir les xStocks depuis la même interface que les actifs numériques.
Le juriste tempère toutefois. « Cette difficulté tenant à l'existence de faits générateurs on-chain n'est pas propre aux actions tokenisées ; on la retrouve pour plusieurs types de jetons tels que les jetons immobiliers, les RWA et, il y a un temps, les NFT. À ce stade, nous ne constatons toutefois pas un tel niveau de granularité dans l'analyse des services vérificateurs en cas de contrôle », nuance-t-il.
Un risque fiscal à anticiper
Le développement rapide des actions tokenisées rend donc la question de leur qualification de plus en plus concrète. Robinhood, Kraken, Bybit et d'autres acteurs proposent désormais ce type d'exposition, tandis que des institutions financières traditionnelles s'y intéressent également. Le London Stock Exchange prévoit par exemple de lancer, avec Payward, la maison mère de Kraken, une offre d'actions britanniques tokenisées à partir de 2027, sous réserve d'approbation réglementaire.
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Pour les investisseurs français, le principal risque consiste à considérer automatiquement ces produits comme de simples crypto-actifs parce qu'ils circulent sur une blockchain. En pratique, la qualification peut dépendre des droits attachés au token et de sa structure juridique.
Documenter les achats, ventes et échanges réalisés contre des cryptomonnaies reste donc essentiel, notamment lorsque ces opérations mélangent BTC, ETH, stablecoins et actifs financiers tokenisés.


Sources : Alexandre Lourimi, propos recueillis par Cryptoast, La Chronique Agora, Finary
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